Le forum a fermé ses portes (mais les laissera entrouvertes) après des années d'échanges extraordinaires ! Merci d'en avoir fait partie !
 
S'enregistrerAccueilRechercherFAQConnexion

Partagez | 
 

 La lumière déchirée -suite et récap depuis le début

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:11

Pour ceux que cette histoire intéresse...
Suite à la remarque judicieuse de Douxpastel, qui regrettait que le texte soit fragmenté, je reprends ici dans l'ordre, jusqu'au chapitre 9 en cours d'écriture.

Vos remarques demeurent les bienvenues, qu'elles soient positives ou critiques, cela permet d'avancer et d'améliorer... N'hésitez pas.



La lumière déchirée


Chapitre premier


Les soutes emplies de minerais en provenance du système d'Hexter, les lourds cargos de la flotte d'Estel approchaient de la planète Zerdïa. Autour d'eux veillaient les croiseurs de combat et l'Estel vaisseau-amiral, immense cuirassé aux formes torturées. "Estel" représentait tour à tour le vaisseau-amiral, son commandant ou le nom même de cette famille, l'une des plus puissante de la galaxie. Comme chacune des quelque cent quinze familles majeures, l'Estel ne se dispersait jamais; ses vaisseaux voyageaient ensemble pour ne pas se perdre dans les distorsions et les incertitudes temporelles des routes hyperluminiques.

- Zerdïa en visuel, commandant. D'autres vaisseaux sont présents en orbite, probablement une autre famille...
- Envoyez nos codes de reconnaissance.
- Aucune réponse...
- Identification ?
- Toujours pas de réponse... Ils sont en brouillage radio.
- Passez en position de combat. Toujours pas d'identification ?
- C'est l’Elshal, mon Commandant !
- L’Elshal ? Vous êtes sûr ?
- Aucun doute.

Paul d'Estel, le jeune Commandant de la famille n'avait encore jamais eu à affronter une situation aussi délicate. Une ride d'inquiétude barrait désormais son front. Dans quelques instants, il le savait il aurait à prendre des décisions vitales pour l'avenir des siens. L'absence de son père, rendu à l'espace quelques phases plus tôt, se faisait cruellement sentir; qu'aurait-il fait ?

Paul se retourna vers sa sœur, qui poursuivait son apprentissage et secondait aujourd’hui l’officier en charge des systèmes de détection et d’identification :
- Ann, avons-nous jamais eu des problèmes avec l'Elshal ?
- Je ne le crois pas.
- Sois en sure, bon sang !
- Désolé de te décevoir, mais je ne trouve aucune trace de conflit entre nos deux familles. Pas même un ennemi commun...
- Qu'est-ce qui leur prend !?

- Commandant leur flotte se présente en position de combat.
- Option de tir ?
- Elle nous est largement favorable, nous les avons surpris en pleine manœuvre.
- Communication, toujours pas de réponse?
- Négatif.
- Envoyez "Intentions pacifiques, pourquoi voulez-vous combattre ?" et répétez le message sans cesse.

- Commandant il ne nous reste que peu de temps, l’Elshal va tenter de s'abriter derrière Zerdïa et cela annulera notre avantage actuel...
- Simulation de perte ?
- Faible; de 5 à 10 % pour une élimination presque totale de l’Elshal.
- Armement, préparez vous à lancer les torpilles.
- Torpilles prêtes sur tous vaisseaux.
- Communication, passez- moi en contact audio.
- C'est à vous Commandant.
- " Elshal, de l'Estel, nous n'avons aucun motif de vous détruire, mais nous le ferons si vous persistez dans votre attitude, rompez la manœuvre "
- 30 secondes, Commandant.
- " Elshal, de l'Estel, si nous avions vraiment eu envie de tirer cela aurait déjà été fait... Nous ne vous voulons aucun mal, il ne vous reste que quelques secondes pour me croire ... "
- 15 secondes
- À mon signal seulement ...
- Dans moins de 10 secondes, nous les perdons ...
- Attendez encore.

Une voix se fit entendre sur la console de communication audio
« Estel, de l’Elshal, ne tirez pas nous modifions notre position… »
- Commandant ! Ils modifient leur manœuvre... position pacifique...

Paul d'Estel se rendit compte de la douleur dans ses mains, tant il avait serré les accoudoirs de son fauteuil. Il décontracta ses phalanges et prit tout son temps pour laisser se calmer les battements furieux de son cœur.
- Communication, repassez- moi en audio.
- Allez-y, Commandant
- " Elshal, de l'Estel, pourquoi avez-vous autant tardé à répondre ? "
- " Estel, de l'Elshal, retrouvez- moi dans deux heures dans la tour de l'astroport de Zerdïa, je vous en dirais plus. Fin de communication."

Paul repoussa vivement son fauteuil et se leva d'un bond
- Rendez-vous dans vingt minutes au sas d'embarquement, préparez deux navettes et une escouade fortement armée; on ne sait jamais...
- Attendez Comandant ! Le Croiseur BC 15 nous signale que ses scans ont repéré des débris au large du satellite de Zerdïa; probablement plusieurs vaisseaux. Ils sont encore relativement groupés, la bataille doit être récente. Devons-nous aller les inspecter.
- Inutile l’Elshal nous en dira plus; probablement l'œuvre de pirates...

Ann rattrapa son frère dans la coursive
- Paul, tu devrais emmener Milov avec toi ...
- Qui donc ?
- Milov ! Tu sais bien l'émissaire du Conseil de l'Union qui a embarqué avec nous à la dernière escale...
- Quoi ! Ce fou qui n'a cessé de me rebattre les oreilles avec ses envahisseurs extragalactiques. Que viendrait-il faire avec nous ? Remarques tu as raison, avec un peu de chance, il débarquera sur Zerdïa ou alors il ira prêcher la bonne parole du Conseil à bord de l’Elshal !
- Tu es ridicule Paul. Le point de vue du Conseil mérite d'être écouté, ils sont en possession d'informations que nous n'avons pas. Tu l'as dit toi-même la réaction de l’Elshal n'est pas normale.
- Je n'ai que faire des informations des parasites du Conseil. Mais je n'ai pas envie de me disputer avec toi petite sœur. Dis-lui de venir si ça lui chante.

L'Estel était un immense vaisseau, mais son automatisation était telle que l'équipage se réduisait à une centaine d'hommes et de femmes, commandés par dix officiers, et à une centaine de commandos. Mais l'Estel était comme tous les vaisseaux de la flotte l'unique lieu de vie des familles et il fallait rajouter à ce nombre des enfants et des vieillards. Ann se rendit rapidement à la cabine de Milov. Celui-ci l'accueillit un sourire crispé aux lèvres.
- Ann, je suis heureux de vous voir. Que s'est-il donc passé ? Toutes les communications ont été coupées ainsi que l'accès aux autres secteurs.
- Ne perdez pas de temps. Passez une combinaison extérieure et suivez-moi, vous allez débarquer sur Zerdïa avec mon frère. Je vais vous expliquer.

Milov se dirigea vers la console, demanda une combinaison extérieure et attendit quelques instants avant d'ouvrir le compartiment et de s'en saisir. Pour spacieuse qu'elle soit, la cabine qui lui avait été affectée ne comportait qu'une pièce et Milov recherchait désespérément comment se soustraire au regard de la jeune femme. Ann, qui ne semblait pas s'apercevoir de son malaise, commença à narrer les récents événements, en insistant sur leur ressemblance avec les informations en provenance du Conseil de l'Union, que Milov avait en vain essayé de faire admettre à Paul d'Estel. Elle conclut :
- Voilà pourquoi votre présence sur Zerdïa me paraît importante. Mais dépêchez vous donc ! J'ai déjà eu du mal à vous y faire accepter, mais je doute fort que Paul vous attende ...
- Je vous en remercie, mais pour mettre cette combinaison, j'ai d'abord besoin d'ôter mes vêtements actuels et ...
- Peste ! Pardonnez-moi, j'avais oublié la pudeur exacerbée des extérieurs. Je vous attends dans la coursive. Faites vite !
Ann sortit, mais avant que la porte ne se contracte à nouveau, elle se retourna un sourire aux lèvres :
- C'est amusant Milov, je n'avais pas encore remarqué que votre front était aussi rouge !



La navette se posa dans le hurlement de ses réacteurs, sur un emplacement vacant de l'astroport de Zerdïa, sans attendre la moindre autorisation officielle. La soute arrière s'ouvrit pour laisser débarquer une vingtaine d'hommes vêtus de cuirasses noires barrées de deux diagonales blanches. Ceux-ci se déployèrent rapidement sous les ordres du Capitaine Prial, un vieil officier au regard impassible.
Prial fit un geste à peine distinct et Paul sortit à son tour, Milov sur les talons. Les pistes de l'astroport étaient désertes. Les quelques vaisseaux posés sur les divers emplacements étaient inertes, toutes les opérations de chargement, de déchargement ou d'entretien avaient été suspendues. Paul avança sans hésiter vers la tour de l'astroport. Les hommes du capitaine Prial encadraient leur commandant fusil d'assaut à la hanche, prêts à faire face à toute situation; la navette avait braqué son canon énergétique sur les bâtiments zerdïens et l'Estel disposait dans l'espace d'une puissance suffisante pour réduire la planète entière en cendre. Paul avançait serein.

À l'entrée de la tour, un officiel zerdïen, vêtu manifestement à la hâte d'un costume de cérémonie aux couleurs ridicules, tenta de barrer la route à l'escouade :
- Je proteste officiellement et solennellement au nom du gouvernement de Zerdïa, contre de telles méthodes. Notre souveraineté...
Les soldats ne lui laissèrent pas le temps de terminer sa harangue. Ils l'empoignèrent sans ménagement et l'amenèrent devant Paul, non sans avoir consciencieusement vérifié qu'il ne dissimulait pas d'arme. Il réitéra ses protestations officielles.
- Je n'ai que faire de la souveraineté de Zerdïa. J'ai un problème bien plus urgent à traiter. Où est l'Elshal ?
- A l'étage, juste au-dessus de vos têtes. Mais ne soyez pas vexés, j'ai émis les mêmes protestations auprès de l'Elshal.
- Il a dû trembler ! Combien sont-ils ?
- À première vue, à peu prés autant que vous.
- Parfait. Je suppose donc qu'ils ont fait évacuer les forces de police de Zerdïa et que nous pouvons monter tranquilles.
- Exact, mais à ce sujet permettez-moi à nouveau...
- Allons-y Prial. Nous avons assez perdu de temps.

Les commandos entrèrent dans la grande salle où se trouvait déjà l'Elshal. Lorsque Paul et Milov y pénétrèrent à leur tour, les deux escouades se faisaient face. Si le moindre incident éclatait, nul en un tel lieu ne pourrait échapper à la puissance dévastatrice des armes qui y étaient rassemblées. Paul s'avança pourtant et saisit franchement la main que lui tendait l'Elshal. Ce dernier dominait Paul de plus d'une tête et ses cheveux grisonnant trahissaient un âge déjà avancé. Milov s'était également avancé, mais Paul ne prit pas la peine de le présenter.
- Nos deux familles n'ont jamais connu de conflit et nous avons été fort surpris de votre attitude.
- J'en suis sincèrement désolé Estel, mais nous nous sommes présentés devant Zerdïa peu de temps avant vous et deux de nos vaisseaux restés en arrière ont été détruits par un ennemi assez puissant pour qu'ils n'aient pas même le temps de se défendre.
- Des pirates ?
C'est l'une des explications possibles, mais les pirates s'attaquent habituellement à des cargos ayant valeur marchande. Les vaisseaux visés étaient de modestes frégates possédant quelques torpilles pour toute richesse.
- Vos frégates ont peut-être au contraire surpris un vaisseau pirate qui aura riposté.
- Il semblerait que ce soit plutôt l'inverse; nos vaisseaux n'ont rien signalé à l'Elshal et n'ont fait usage d'aucune arme.
- Une autre famille ?
- Possible et c'est bien pour cela que nous étions sur la défensive. Nous avons quelques différents en cours, mais nous n'avons repéré aucun autre vaisseau. Voilà pourquoi je tenais à vous voir en personne. Je ne tiens pas à ce que toute la galaxie soit au courant de cette mésaventure.

C'est ce moment que choisit Milov pour intervenir :
- Des faits semblables et tout aussi inexplicables se sont produits à de très nombreuses reprises. Jusqu'à présent, seuls des navires marchands avaient été détruits, mais sans même être pillés...
L’Elshal regarda durement Milov, mais s'adressa pourtant à Paul d'Estel :
- Qui est-ce ?
- Je suis Milov Ezérian, émissaire du Conseil de l'Union...
- Taisez-vous Milov, l'interrompit brutalement Paul. Je ne vous ai pas autorisé à prendre la parole.
- Que fait un membre du Conseil à votre bord ? Demanda l'Elshal.
- Il m'empoisonne la vie ! J'ai accepté sa présence à notre dernière escale. Il devait me faire des révélations capitales pour la sécurité de la galaxie.
L'Elshal partit d'un rire franc.
Malgré la réprimande de Paul, Milov reprit la parole :
- Les faits qui viennent de se dérouler à proximité de cette planète corroborent les théories du Conseil.
- Balivernes ! Des vaisseaux ont été détruits. J'en suis sincèrement désolé pour l'Elshal, mais la galaxie n'en est pas pour autant en péril. Capitaine Prial, faites reconduire cet homme à la navette et qu'il n'en bouge plus.
Deux hommes empoignèrent Milov et l'entraînèrent à l'extérieur. Paul reprit :
- Revenons à des choses plus sérieuses. Vous êtes arrivés avant nous sur Zerdïa, vous avez donc la priorité dans les échanges.
- Ne vous faites pas de souci pour cela. Si comme je le suppose vous transportez des minerais, vous n'aurez aucune difficulté à les écouler. Nous avons déjà traité avec le gouvernement de Zerdïa et nous n'avons pas satisfait toute sa demande. Par contre vous aurez peut-être plus de mal si vous souhaitez emporter d'autres marchandises; leurs entrepôts sont loin d'être plein.
- Nous n'avons que faire de leurs objets de pacotilles. Nous comptions de toute façon repartir à vide.
- Alors c'est parfait, je vais de suite regagner l'Elshal et faire transborder nos cargos. Nous avons déjà perdu trop de temps. Bon voyage et restez unis.
- Restez unis vous aussi. Conclut Paul.


Dernière édition par Aralf le Ven 26 Nov 2010 - 11:19, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:12

Chapitre 1 (suite et fin)

Durant le vol-retour entre Zerdïa et la flotte, Paul d'Estel ne desserra pas les dents. De retour à bord du cuirassé, il fila directement au poste de commandement et donna des instructions à l'officier responsable du fret, pour les transactions avec Zerdïa. Ensuite, il se cala bien au fond de son fauteuil et demanda à l'ordinateur de le placer en visuel. Le casque se positionna, pivota, descendit sur sa tête et se moula parfaitement aux contours de son crâne et de son visage. Il sentit un instant le délicat contact des électrodes sensorielles sur ses tempes et sur son front; l'obscurité s'anima peu à peu. Un immense disque lumineux apparut d'abord, le soleil de Zerdïa, puis le croissant verdâtre de la planète et juste à sa droite le disque opalescent de son satellite. Les milliards d'étoiles vinrent ensuite, emplissant le vide d'un éclat argenté dans lequel dérivait lentement la flotte d'Estel. Les puissants croiseurs aux formes extravagantes, hérissés de batteries de canons énergétiques, percés de toutes part des bouches noires des lance-torpilles, surveillaient, vigilants, le ballet des navettes sortant sans cesse des soutes des cargos, trop lourds et trop grands pour se poser eux-mêmes sur une planète, et disparaissant ensuite dans la clarté de Zerdïa.
En tournant son regard il voyait l'Estel, son propre vaisseau, le plus puissant des cuirassés de la flotte, et un sentiment d'invincibilité emplissait son âme. Paul se sentait libre. Il laissa longuement ce regard artificiel vagabonder. Sa vue était parfaite; il pouvait fixer le soleil ou les proches étoiles sans être aveuglé, voir le moindre détail ou au contraire, sensation étrange, posséder un champ visuel de trois cent soixante degrés. Paul usait du visuel à chaque grave contrariété. Cela lui permettait de retrouver le calme et la sérénité. C'est ainsi qu'il avait procédé à la mort de son père. Il aurait pu refuser cette fonction, cela s'était déjà vu. Les officiers de la flotte auraient alors dû désigner un autre commandant. Ann étant trop jeune pour assumer valablement cette tâche, c'est vraisemblablement son cousin Jéshom qui serait devenu commandant. Jéshom était sans aucun doute un excellent officier, actuellement responsable du premier groupe de croiseurs, le plus exposé en cas de combat, mais Paul le jugeait trop orgueilleux. Ce jour-là, seul au milieu de l'espace, embrassant en un clin d'œil le monde de son père, sa famille, il avait su quel était son destin et n'avait plus jamais douté de la justesse de sa décision.
Milov posait quant à lui un tout autre problème. Paul aurait pu sans le moindre problème le débarquer de force sur Zerdïa, le laissant moisir sur ce monde attardé et pauvre, perdu sur une quelconque branche mineure de la galaxie. Il n'avait que faire d'une possible colère du Conseil de l'Union. Quand apprendraient-ils la nouvelle ? Les distorsions temporelles liées aux voyages hyperluminiques ne pouvaient lui donner aucune certitude. Les reproches du Conseil ne rattraperaient peut-être l'Estel que dans une ou deux générations et n'auraient de toute façon aucune incidence.
Non, en réalité et bien qu'il s'en cache, Paul admirait son courage. Milov venait de la vieille Terre où il avait laissé une famille avec la quasi-certitude de ne jamais la revoir. Même si aujourd'hui, Paul prenait la décision absurde de rallier directement la Terre, Milov n'y retrouverait personne de connu, ou alors peut être des amis devenus vieillards. Tout cela pour remplir une mission confiée par le Conseil. Oui, Paul admirait secrètement, presque avec superstition, ce courage que ni lui ni aucun membre de l'Estel n'aurait jamais. Mais cette attitude lui faisait peur. Quel genre d'homme pouvait accepter de se couper ainsi des siens. Paul, qui avait grandi dans la hantise de la séparation, du se faire violence pour se rappeler que Milov était un planétaire et que les principes régissant sa vie ne pouvaient être les mêmes. Mais malgré le respect qu'il portait à cet homme, il ne pouvait accepter l'attitude qui avait été la sienne sur Zerdïa.

Paul demanda à sortir du visuel; les lumières et les formes s'estompèrent. Paul sentit le casque s'assouplir et se soulever. À ses cotés, les officiers de quart surveillaient le déroulement des opérations. Tout vacillait, il avait encore au fond des yeux la lueur envoûtante des étoiles qui se superposait à la réalité. Il ferma les yeux quelques instants et attendit que le vertige se dissipe.
- Convoquez Milov, le gars du Conseil. Dans ma cabine, immédiatement.

Paul sortit du poste de commandement pour se rendre à sa cabine qui se trouvait à deux pas. À son approche, la porte se dilata, mais alors qu'il allait la franchir sa sœur l'interpella:
- Je reviens de chez Milov, il est furieux de la façon dont tu l'as traité sur Zerdïa
Mais Paul n'avait pas envie de discuter avec elle. Il poursuivit son geste, se retournant juste avant la contraction de la porte:
- Ne te mêle pas de ça, Ann. Si ce Milov veut rester à notre bord, il devra en respecter les lois. Je le lui dirais très clairement dans quelques instants ...

Lorsque Milov se présenta, il semblait calme, serein; comme un homme qui a volontairement ravalé sa rancœur pour s'en tenir à des arguments rigoureux, sans laisser ses sentiments le dépasser.
- Je vous remercie de m'avoir convoqué, je souhaitais de toute façon vous rencontrer.
- Tant mieux pour vous, mais ce que j'ai à vous dire risque fort de ne pas vous satisfaire. Comment vous appelez vous ?
- Je vous demande pardon, Commandant ?
- Vous m'avez bien compris. Quel est votre nom ?
- Milov Ezérian ...
- Faux ! Ezérian n'existe plus. C'était juste le nom d'un planétaire, lié à l'existence d'une famille. Or cette famille n'existe plus. Combien de dizaines d'années ont bien pu s'écouler sur votre vieille Terre durant ces quelques mois d'absences et de voyages hyperluminiques. Sur Hexter, lorsque vous avez demandé à embarquer avec nous, vous aviez déjà trop voyagé pour pouvoir espérer revoir les vôtres. En mettant le pied à bord de l'Estel, vous avez définitivement perdu votre nom. Ezérian n'est plus qu'un souvenir anachronique; vous n'êtes plus que Milov de l'Estel. La seule famille à laquelle vous pouvez prétendre appartenir est constituée par tous ceux et celles qui vivent sur ces vaisseaux, qui en voyageant de façon coordonnée restent unis dans le même cycle temporel. Une famille reste unie par la nécessité même de sa survie; elle parle donc d'une seule voie, la mienne ! En prenant la parole devant l'Elshal sans mon accord, vous avez trahi cette règle et avez sali notre nom ...
- Je comprends votre colère, Commandant. Mais l'unité de vos familles risque rapidement de devenir une illusion si comme le pense le Conseil de l'Union, une menace extragalactique pèse sur nous tous.
- Foutaises ! Je croyais vous avoir déjà donné mon avis sur la question.
- Vous m'avez toujours écouté d'une oreille distraite. Les faits sont pourtant incontestables et les exemples se multiplient. Quand admettrez-vous enfin que les données collectées par le Conseil ces dernières années ont une valeur ?
- Votre idée de menace extragalactique ne tient pas debout. Même en vitesse hyperluminique, il faudrait des centaines d'années pour franchir le vide intergalactique; le décalage temporel à la sortie d'un tel périple serait incommensurable.
- Les théories sur l'Ansible ...
- N'ont jamais abouties concrètement. L'Hyperespace n'existe que dans de magnifiques modélisations mathématiques, enseignées dans toutes les bonnes académies de . Mais toutes les voies de recherche ont conduit à une impasse!
- Dans les premiers siècles de la conquête spatiale, aucun scientifique ne croyait à la possibilité de franchir la vitesse de la lumière. Jusqu'à ce que Jason Woo construise son premier moteur.
- Je vous remercie de ce cours d'histoire, mais je connais l'histoire spatiale aussi bien que vous et celle de votre propre planète peut-être mieux encore ...
- Excusez- moi Commandant, mais je croyais que les spatiaux ne s'intéressaient qu'à leur famille et à leur monde clos. Vous admettrez donc qu'il n'y a rien d'impossible et qu'une autre civilisation a peut-être réussi à utiliser l'Ansible, là où nos propres savants ont échoué.
- Ce ne sont que de vagues suppositions.
Paul se dirigea vers la console et lui commanda deux verres d'un cocktail épicé de sa propre composition. Il en tendit un à Milov et poursuivit :
- Asseyons nous, nous serons aussi bien. Hormis débiter vos balivernes, Milov, ne croyez-vous pas qu'il serait temps pour vous de me dévoiler votre véritable mission et les objectifs du Conseil ?
Avant de répondre, l'émissaire prit le temps de savourer la boisson. Il en but lentement une longue gorgée, les yeux mi-clos, comme pour trouver davantage de détermination dans la puissance des arômes.
- Le Conseil de l'Union a jadis été conçu pour centraliser le gouvernement et coordonner les efforts humains durant la conquête de la galaxie, en évitant autant que possibles les conflits.
- Milov je vous en prie, cessez ces banalités, allez au fait !
Mais il poursuivit impassible sa démonstration :
- Peu à peu, et notamment du fait de l'immensité de notre galaxie, des distorsions temporelles, et de l'avènement des grandes familles, l'influence du Conseil a faibli. Les spatiaux ont ainsi récupéré le pouvoir militaire et financier, avec les conflits que nous connaissons tous et qui aujourd'hui encore jettent certaines familles les unes contre les autres. Le système a évolué comme il a pu, mais la menace que nous avons décelée et que nous prenons très au sérieux, remet en jeu toute ce schéma. L'humanité n'est pas prête à résister à une agression extérieure. Nous sommes trop désorganisés.
Paul d'Estel se leva du fauteuil dans lequel il s'était installé :
- Seriez-vous en train de me dire, que sur la foi de théories de pure fiction, simplement basées sur quelques carcasses dérivant dans l'espace, je devrais remettre les commandes de l'Estel et de toute la flotte de ma famille à ces incapables du Conseil ? À moins que vous-même ne soyez là pour ça ! Dites- moi que j'ai mal compris, vous n'avez tout de même pas fait un tel voyage pour cette farce !
- Vous allez trop vite en besogne. Nul ne songe à usurper votre commandement ... simplement votre mode de vie n'est pas adapté au péril qui nous menace. Les Familles se déplacent à travers la galaxie de façon erratique. Vos vaisseaux assument plus de quatre-vingt pour cent des transports de marchandises et de matières premières. Ce quasi-monopôle, lié à votre puissance militaire, plonge régulièrement des portions entières de la galaxie dans des crises économiques gravissimes, simplement parce que les hasards de vos déplacements n'y conduisent aucune Famille durant plusieurs années. Sur un plan strictement militaire, c'est exactement pareil. La galaxie est un véritable gruyère ... Certaines familles, je vous le concède mineures, ont déjà accepté de se voir affecter un secteur bien précis, avec des routes commerciales fixes et définies. Ces familles ont un système planétaire de base, où un officier du Conseil sert de coordinateur, pour que la famille assure la surveillance et la protection de son secteur.
- Assez Milov ! J'en ai assez entendu pour aujourd'hui. Regagnez votre cabine. Je ne vous ferais pas l'affront de vous débarquer sur Zerdïa, parce que c'est un trou pourri. Mais à la prochaine escale, nous serons sur une route plus fréquentée et je vous y déposerais avec plaisir.
Tout en parlant, Paul s'était approché de la porte et son visage était suffisamment expressif pour que Milov n'éprouve aucune envie de poursuivre. Il sortit sans un mot de plus.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:12

Chapitre 2


Les opérations de transbordement des cargaisons de minéraux de la flotte se poursuivaient à bon rythme. Les navettes chargeaient les containers à l'intérieur des cargos, puis filaient vers l'astroport de Zerdïa. Plusieurs cycles planétaires étaient ainsi nécessaires pour que se vident les soutes des grands cargos.
Pour tous ceux qui n'étaient pas directement concernés par ces opérations commerciales, la vie se poursuivait paisiblement. Certains profitaient de l'occasion pour quitter la flotte et visiter la planète. Peu de chose, à vrai dire. Zerdïa était un monde pauvre, isolé sur un bras de la galaxie et manquant cruellement de matières premières, notamment de minerais et de métaux. Ses rares richesses provenaient de ses manufactures, produisant des objets sans grande valeur marchande, mais qui en d'autres temps, avaient tout de même connu un certain succès. Le climat était plutôt chaud; la flore exubérante et une faune indigène originale pouvaient présenter quelque intérêt pour les passionnés de biologie et de nature.

Milov se sentait loin de chez lui. Attablé devant un verre d'alcool fort, dans le bar du carré des officiers où il était magnanimement toléré, il se sentait inutile. Paul d'Estel l'avait bien entendu mais ne l'avait pas véritablement écouté. Comment un homme pourtant intelligent pouvait-il refuser d'admettre des arguments logiques et évidents ? Pourquoi ne pouvait-il accepter de remettre en cause ses certitudes ?
La gravitation artificielle des vaisseaux lui pesait. Il n'avait qu'une envie, quitter l'Estel et aller sur Zerdïa; poser le pied sur une terre solide. Mais les instructions du commandant avaient été claires et nul ne le laisserait plus débarquer sur la planète. Sa mission était dans une impasse et il ne lui resterait plus qu'à regagner la Terre et à expliquer son échec à des supérieurs, qui n'étaient peut-être que des enfants lorsqu'il avait entamé son périple. Cette simple idée, plus encore que l'alcool lui donnait des nausées.
Le visio-portable de Milov fit alors entendre une discrète sonnerie. Il le posa sur la table. L'image tridimensionnelle du visage d'Ann apparut.
- Où êtes vous passé, Milov ?
- A deux pas de ma cabine, j'attends le nez dans un verre que votre frère me débarque sur une quelconque planète.
- Voilà bien une attitude qui ne vous ressemble pas. Je vous ai connu plus réaliste. Je viens d'appeler Paul, il m'a résumé votre entrevue. Si effectivement vous avez évoqué la possibilité d'une tutelle, même partielle du Conseil sur l'Estel ... Je m'étonne presque que vous soyez ressortis vivant de sa cabine !
- Vous ne m'appelez certainement pas que pour me ridiculiser. Qu'avez-vous à me dire.
- Rien pour l'instant. Rejoignez moi dans ma cabine. Je vous emmène faire un voyage qui devrait vous plaire.
- Un voyage ? Qu'entendez vous par là ?
Ann éclata de rire :
- Vous êtes bien curieux ! Nous allons faire un petit tour dans l'espace. Dépêchez vous, je vous attends...
Le visage disparut.

Milov prit le temps de finir son verre avant de se lever. La jeune sœur du commandant le troublait. Pas seulement parce qu'il la trouvait jolie et qu'elle lui plaisait; elle était très élancée comme la plupart des spatiaux, et ses cheveux bruns qu'elle portait courts, encadraient un visage toujours rieur qui gênait le terrien. Même les sujets sérieux semblaient l'amuser. Les rares tentatives qu'il avait faites pour l'aborder, s'étaient soldées par une boutade et un éclat de rire. Il s'était senti ridicule plus d'une fois et aurait perdu tout espoir si elle n'avait été la seule à s'intéresser à son histoire. Mais même cet intérêt lui semblait ambigu. Jamais elle n'avait acquiescé à ses propos, jamais elle n'avait abondé dans son sens. Elle se contentait de l'écouter, toujours un sourire aux lèvres et faisait tout ce qu'elle pouvait pour lui permettre de mener sa mission auprès de son frère. Milov avait la désagréable impression que son histoire constituait tout au plus, pour la jeune fille, une distraction passagère. A moins que ... L'espoir enflamma ses sens un bref instant, juste le temps de réaliser que son séjour à bord de l'Estel serait désormais extrêmement bref.

Lorsque Milov atteignit la cabine d'Ann, celle-ci l'attendait juste devant sa porte. Lorsqu'elle tourna la tête et le vit sortir de l'ascenseur, un grand sourire illumina son visage. Etait-elle heureuse de le voir, ou simplement satisfaite d'avoir trouvé une occupation pour quelques heures ?
Elle ne lui laissa pas le temps de s'approcher de la porte de sa cabine. En quelques grandes enjambées souples, elle le rejoignit et sans même s'arrêter, le prit par l'épaule et le fit pivoter pour l'entraîner en sens inverse.
- Puis-je tout de même savoir, où vous m'emmenez ?
- Mon pauvre Milov, vous cherchez toujours à tout savoir. N'avez-vous donc aucun goût pour le mystère ?
- Je n'en ai en tout cas pas le temps.
- Pas le temps !! Voilà bien une conception digne d'un extérieur...
- Vous vous moquez encore de moi. Pourtant, vous savez très bien que dans quelques phases, je devrais quitter ce bord, en ayant perdu tout espoir de convaincre votre frère.
- Voilà pourquoi nous allons de ce pas emprunter une navette, pour nous rendre à bord du croiseur BC 15. Ce sont ses scans qui ont repéré les débris des vaisseaux de l'Elshal, au large de la lune de Zerdïa. Le Capitaine Jaxom est un ami, il a accepté de nous y conduire. Peut-être que leur observation vous fournira quelques arguments.
- Peut-être. Mais pourquoi diable prenez-nous cette peine. Je suis persuadé que vous même n'êtes pas entièrement convaincus par mes propos.
- Taisez-vous donc Milov et dépêchez vous un peu, notre navette vient d'arriver.

Le capitaine Jaxom était un tout jeune officier, aux cheveux bouclés et au visage poupin. Les regards qu'il jetait à la dérobée sur Ann, en disaient long sur son incapacité à lui refuser quelque service que ce soit. Il n'en était pas moins mal à l'aise.
- Pourquoi tenez-vous tant à approcher ces épaves ? Vous n'y trouverez rien d'intéressant.
- Nous verrons bien, lui répondit Ann. Cela ne sera de toute façon pas très long...
- Suffisamment pour que nous soyons obligé de quitter la formation actuelle, sans en avoir reçu l'autorisation formelle de l'Estel.
- J'en prends la responsabilité.
- Soit. Nous serons sur place dans moins d'une heure.

Ann et Milov attendirent dans un sas que le grand vaisseau termine ses manoeuvres d'approche. Lorsqu'enfin il fut totalement immobilisé, les portes blindées coulissèrent et ils se retrouvèrent face à l'espace. Ann, d'un léger coup de talon se propulsa hors du vaisseau. Pour le terrien, il s'agissait d'une toute nouvelle expérience à laquelle il n'avait jamais été préparé. La peur au ventre, il réussit tant bien que mal à s'extraire du sas. Il n'avait encore jamais porté de combinaison spatiale. Malgré les conseils d'Ann il fut incapable de coordonner ses mouvements et son regard pour faire fonctionner correctement les propulseurs. Les mouvements saccadés et désordonnés du terrien provoquèrent chez Ann une crise de rire. Et ce n'est qu'à grand peine qu'elle réussi à lui adresser la parole:
- N'avez-vous donc jamais utilisé de casques digitaux commandés par les mouvements de la pupille ?
- Si, lorsque j'étais gosse, pour les jeux virtuels.
- Vous avez pourtant du faire de longues études pour avoir la confiance du Conseil de l'Union. Vous deviez utiliser des visionneurs.
- Bien sur, mais dans un tel cas, on se contente de naviguer à travers des menus et des informations. Il n'y a aucun autre mouvement à effectuer.
- Bon ce n'est pas grave. Si vous continuez comme ça vous allez finir par vous écraser contre les épaves. Coupez tout et prenez ma main, je vous tire.

Les deux frégates de l'Elshal dérivaient dans l'espace. Leurs carcasses éventrées étaient auréolées d'innombrables débris qui s'en éloignaient peu à peu. Il fallut toute l'adresse de la jeune fille pour éviter les plus dangereux d'entre eux, et même s'il se sentait ridicule, Milov était fort satisfait de n'avoir qu'à se laisser faire.
A l'intérieur, la brusque dépressurisation n'avait laissé aucun corps intact et le terrien dut se forcer à ne pas oublier qu'il portait une combinaison étanche, pour s'empêcher de vomir. Ann se dirigea habilement vers la salle de commandement; Milov la suivait tant bien que mal. Le spectacle macabre y était le même, mais Ann et Milov n'avaient qu'un seul objectif: les mémoires de l'ordinateur central. Celui-ci n'était bien sur plus en état de fonctionner, mais ses mémoires de masse recelaient peut-être quelques informations intéressantes sur la fin des deux frégates.
Milov, plus à l'aise avec un système informatique qu'avec une combinaison spatiale, démonta adroitement les différents carters de protection et récupéra les précieux modules.
Les moteurs atomiques des vaisseaux n'avaient pas explosé lors de l'impact, mais ils étaient suffisamment endommagés pour déverser des flots de radioactivité. Les alarmes des combinaisons, se déclenchèrent, indiquant que leurs boucliers anti-radiations arrivaient à saturation.
- Si vous avez fini, il est plus que temps de nous éloigner, dit Ann.
- Allons y. De toute façon nous n'en tirerons rien de plus.
- Ne vous faites pas trop d'illusions, les mémoires ont probablement été effacées de manière automatique. C'est en tout cas ce qui se serait passé à bord de l'un de nos vaisseaux.
- Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ?
- On ne sait jamais. L'attaque a été subite, une défaillance est toujours possible.

L'ordinateur du croiseur BC 15 confirma les craintes d'Ann. Lors de la destruction de la frégate visitée, les mémoires informatiques avaient été entièrement écrasées.
- J'en suis sincèrement désolée, lui dit-elle.
- Nous aurons essayé. Et puis ainsi, vous aurez vu de vos propres yeux que ces vaisseaux ont bien été détruits, sans avoir pu de défendre.
- Avez-vous la moindre idée de l'identité des agresseurs ? Demanda le capitaine Jaxom.
- Oui, mais si je vous en parle, je crains fort que l'Estel ne me jette dans le vide... En tout cas soyez extrêmement vigilant.
- Nos systèmes de détections sont en alerte monsieur. Aucun vaisseau ne pourrait nous surprendre.
- C'est sans doute ce que pensaient les officiers responsables de ces frégates. Supposons maintenant qu'un vaisseau soit dissimulé derrière la lune de Zerdïa, ou soit posé à sa surface, le détecteriez-vous ?
- Non, du moins pas s'il prend quelques précautions élémentaires. Mais le temps qu'il sorte de l'orbite du satellite, nous l'aurions largement repéré.
- Le vaisseau inconnu s'y est peut-être caché après son forfait, intervint Ann. Pourrions-nous aller voir ?
- Au point où nous en sommes, cela ne fera guère de différence.

Le croiseur BC 15 se rapprocha du satellite stérile de Zerdïa et se laissant capter par son attraction, il entreprit d'en faire le tour.
- Capitaine, un vaisseau inconnu vient de décoller de la surface de la lune.
- Direction ?
- Droit sur nous capitaine.
- Identification ?
- Aucune réponse à nos recos. Très forte accélération, il nous vient dessus.
- Il ne nous laisse pas le choix. Détruisez le.
- Torpilles lancées, Capitaine. Impact dans trente secondes.

Le mur informatique, sur lequel s'affichaient toutes les informations relatives à la bonne marche du croiseur, s'étaient transformé en partie en écran visuel. La masse sombre du satellite emplissait le bas de cet écran. Le vaisseau ennemi n'était qu'un point reflétant la lumière, artificiellement repéré grâce à l'ordinateur par une flèche rouge. Les deux torpilles filèrent dans sa direction et ne furent très vite plus repérable, que par les flèches vertes que l'ordinateur y avait accolées.
- Aura t il le temps de franchir le seuil luminique, demanda Jaxom à ses officiers.
- Son accélération serait très largement suffisante, mais il s'agit d'un petit vaisseau; la masse critique n'est pas atteinte.
- Vous en êtes certain ?
- Oui capitaine. Il ne pourra franchir le seuil.
- Aucune riposte ?
- Non capitaine et aucune manœuvre d'évitement ou tentative d'interception. Impact dans dix secondes.

Sur l'écran, flèche rouge et flèche verte se rapprochaient à une vitesse vertigineuse.
- Impact dans 5 secondes. Il n'a plus aucune échappatoire.
Mais sur l'écran, la course effrénée de la flèche rouge avait cessée et celle-ci clignotait fébrilement. Les deux torpilles la dépassèrent et poursuivirent leur course sans exploser.
- Que se passe t il, hurla Jaxom ?
- Je n'y comprend rien capitaine. Si j'en crois les scans, le vaisseau a tout simplement disparu.
- Ne dites donc pas de bêtise. Il a du brouiller nos scans. Il a évité nos torpilles et poursuit son approche. Retrouvez sa trace !
- Capitaine, intervint calmement Milov, un système de brouillage aussi élaboré soit-il pourrait-il tromper le visuel ? Sur l'écran le vaisseau devenait bien visible, il a également disparu ...
- Comment serait-ce possible !
- Avez-vous entendu parler de l'Ansible, capitaine ?
- Oui bien sur, mais jamais ...
- Jamais est un mot que vous pouvez dés aujourd'hui rayer de votre vocabulaire.

Ann, agrippée au dossier du fauteuil de l'un des officiers était livide:
- Vous aviez donc raison. C'est impossible, je n'arrive pas à le croire.
- Si vous pensiez vraiment les conclusions du Conseil de l'Union "impossibles", alors pourquoi m'avoir aidé ?
Ann ne lui répondit pas, mais elle dit:
- Nous devons immédiatement rejoindre la flotte et prévenir mon frère. Allons-y Jaxom, ne perdons pas de temps.
- Nous avons déja entamé la manœuvre de retour, mais j'aimerais en savoir plus sur ce vaisseau. De quelles théories parlez-vous ?
Alors que Milov se préparait à répondre, Ann le coupa vivement:
- Paul n'apprécierait pas que l'on divulgue de telles informations. Il communiquera sans aucun doute celles qu'il juge utile à l'ensemble des officiers de la flotte.
- Désolé, intervint tout de même Milov. Jaxom a risqué son vaisseau, à notre demande il a le droit de savoir. Depuis déjà quelques cycles, des vaisseaux tels que celui que nous venons d'affronter apparaissent dans toute la galaxie. Ils détruisent des cargos, maintenant des frégates. Nous ignorons leur but, mais ils agissent comme s'ils testaient nos moyens de défense, tout en procédant à une reconnaissance détaillée de la galaxie.
- Est-ce à dire, que vous pensez sérieusement que ces vaisseaux ne sont pas issus de notre propre galaxie.
- Exact. Car même s'il ne possède plus la puissance militaire ou politique, le Conseil reste le seul élément fédérateur de notre civilisation et une découverte telle que la possibilité de voyager dans l'hyperespace, n'aurait pu échapper à ses sources d'information.

De retour à bord du vaisseau amiral de la flotte, Ann et Milov se rendirent directement au poste de commandement. Paul les y attendait
- Paul, nous avons quelque chose de très important à te dire. Nous avons été inspecter les deux frégates perdues par l'Elshal. Nous n'y avons rien trouvé de vraiment intéressant, mais lorsque nous sommes revenus...
- Epargne moi tes explications. Votre départ m'a été immédiatement signalé et les ordinateurs du BC 15 m'ont retransmi les évènements comme si j'y étais.
- Alors cette fois vous me croyez, intervint Milov.
- Je crois que vous avez gravement mis en danger la sécurité d'un croiseur de la flotte. Je sais que vous vous êtes suffisamment éloigné de la flotte pour mettre son unité en jeu...
- Tout de même Paul, tu as bien vu la disparition de ce vaisseau !
- Probablement un astucieux système de camouflage.
- Mon frère, ta mauvaise foi m'exaspère. Le vaisseau avait également disparu en visuel. Et peux-tu nous dire d'où pourrait provenir un vaisseau incapable de franchir le seuil, mais assez puissant pour détruire deux frégates et suffisamment sur de lui pour affronter un croiseur armé jusqu'aux dents ?!
Aprés un long silence, Paul d'Estel répondit à sa sœur:
- Je l'ignore, mais j'ai fait accélérer les opérations et nous quittons Zerdïa sans tarder.
- Lorsque nous étions enfants, tu te moquais de moi parce que j'avais peur des fantômes. Tu disais que notre père inventait des histoires pour nous empêcher de traîner la nuit dans les coursives. Depuis quand as-tu peur des fantômes à ma place?
Paul d'Estel ne répondit pas. Au bout d'un long silence il reprit la parole:
- Rejoignez vos cabines et restez y. D'ici moins d'une heure, toutes les navettes auront regagné leurs vaisseaux et nous mettrons le cap sur Janus IV. C'est un axe commercial très important et Milov n'aura aucun mal à trouver un vaisseau qui le ramène vers la vieille Terre; ensuite nous serons tranquilles.

Ann allait répliquer, mais Milov la prit par la main et l'entraîna à l'extérieur de la salle de commandement.
- C'est inutile, il est décidé à m'expulser et vous n'arriverez pas à lui faire entendre raison.
- Mais c'est absurde ! Pas après ce que nous avons vu. Cela prouve que vous aviez raison et il ne doit pas vous chasser ainsi !

Milov lui tenait toujours la main et la jeune fille, loin de protester semblait s'y agripper. Il s'aperçut alors qu'elle pleurait. Il dégagea doucement sa main et l'attira contre lui :
- Ne pleure pas, Janus IV est encore loin ...
Ann se serra davantage. Elle releva la tête et trouvant les lèvres du terrien, elle s'abandonna à son baiser.

Plusieurs officiers passèrent alors dans le couloir et virent la scène. Milov comprit alors qu'il venait de fournir à l'Estel une nouvelle raison de le jeter hors de son bord. Ann confirma ses pensées :
- Mon cher frère ne va pas apprécier le rapport de ses officiers. Moi, sa sœur, dans les bras d'un extérieur ! Viens vite Milov, nous allons bientôt appareiller et nous avons déjà trop perdu de temps ...

Dans la salle de commandement de l'Estel, tous les officiers de navigation étaient présents. La manœuvre bien que courante, était toujours prise avec un extrême sérieux. La coordination des vaisseaux, dans leur accélération et leur franchissement du seuil luminique devait être parfaite. L'automatisation était telle que les hommes n'avaient pratiquement pas à intervenir; cependant ils devaient veiller et être prêt à pallier toute défaillance des ordinateurs. La moindre erreur pouvait entraîner la destruction ou la perte d'un navire, ce qui dans l'esprit des spatiaux était quasiment identique.
Ann aussi, aurait du être présente, mais Paul savait désormais que les craintes qu'il nourrissait depuis quelques temps étaient fondées. Il enrageait d'avoir accepter sans trop savoir pourquoi d'embarquer ce type. Il ferait tout son possible pour demeurer à bord et convaincre la famille d'accepter les directives du Conseil de l'Union. Il avait séduit Ann. Paul savait que désormais sa propre sœur s'opposerait à lui.

La tête posée sur la poitrine du terrien, Ann sanglotait doucement :
- Je t'aime Milov. Je t'aime et je crève de devoir te perdre bientôt.
Il riait doucement; d'un rire qui sonnait faux.
- Je ne suis pas encore parti. Pourquoi ne viens-tu pas avec moi ? Des millions de mondes nous attendent, nous pourrions passer le restant de nos jours à visiter la galaxie, sans jamais en faire le tour. Nous aurions tellement de choses à voir. On commencerait par la Terre. Tu y as déjà été ? Bien sur aujourd'hui c'est une planète presque morte, mais c'est là que notre race est née et il y a encore tant de chose à y voir ...
- Arrète toi Milov, tu sais très bien que c'est impossible.
- C'est seulement un choix à faire ...
- Si je te laisse partir, j'accepte ta mort. Si je te suis, je provoque la mort de tous mes amis, de toute ma famille.
- La séparation ne signifie pas la mort
- Bien sur que si Milov, ouvre donc les yeux ! Tu aurais raison s'il nous restait alors une chance, même infinitésimale de nous retrouver, mais à l'instant même où nous serons séparés, nous nous serons définitivement perdus; nous ne ferons plus parti du même temps, donc du même univers; n'est-ce pas la définition de la mort?
- Tu as sans doute raison, mais nous allons trouver un moyen.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:13

Chapitre 3


Après de longs cycles de voyage hyperluminique, la flotte décélérait rapidement et s'apprêtaient à couper ses moteurs Woo. La manœuvre de franchissement du seuil luminique était tout aussi délicate dans un sens que dans l'autre. Paul nota une nouvelle fois qu'Ann n'était pas présente à son poste et avait du être remplacée par un officier subalterne. Il ne connaissait que trop les raisons de ces absences répétées; mais il avait décidé de patienter au risque de paraître partial aux yeux de beaucoup. D'ici peu les premières navettes se rendraient sur l'immense astroport de Janus IV et le terrien quitterait le bord de gré ou de force. Paul laisserait même quartier libre à sa sœur, pour qu'elle puisse passer les quelques jours d'escale en compagnie du terrien dans les luxueux quartiers touristiques de cette planète. Après elle regagnerait le bord et oublierait bien vite Milov Ezérian; elle était jeune et belle et il ne doutait pas un instant que bien des officiers de la flotte sauraient l'aider à trouver cet oubli. L'idée qu'Ann pourrait choisir de rester sur Janus en compagnie de son amant n'avait fait que traverser l'esprit du jeune commandant. Les liens de la famille étaient trop ancrés au fond de chacun de ses membres pour qu'une telle hypothèse puisse être envisagée.

"Passage en vitesse sub-luminique dans 10 secondes"
Paul et tous ses officiers se crispèrent instinctivement en entendant la voie froide de l'ordinateur central et le long compte à rebours qui s'en suivit. Lorsque retentit conjointement dans les nombreux vaisseaux qui composaient la flotte d'Estel, le signal d'alarme précédant l'extinction des moteurs Woo et le franchissement du seuil, tous en firent autant. Malgré l'habitude et des systèmes de compensation aussi sophistiqués que possible, tous avaient dans ces moments là l'horrible sensation que leur corps allait se déchirer. Aucune douleur physique à proprement parler, mais une impression d'écartèlement, d'implosion de chaque cellule du corps à laquelle nul être humain ne pourrait jamais se faire.

Pour les officiers chargés de surveiller la manœuvre, il n'y avait pourtant pas de répit possible. L'allumage des moteurs à propulsion chimique et cet instant du passage en vitesse sub-luminique étaient le point de plus grande vulnérabilité de la flotte. Les conflits entre familles rivales se résolvaient bien souvent par des embuscades tendues au point présumé de franchissement. Les lois physiques régissant les vitesses hyperluminiques ne permettaient pas de détecter un tel traquenard. Et même si l'Estel n'était pas pour l'instant en guerre ouverte, quelques conflits mineurs n'avaient jamais véritablement trouvé solution et Paul se devait d'être aussi prudent que possible. De plus, les événements proches liés au vaisseau de la lune de Zerdïa et à sa disparition soudaine, étaient encore dans tous les esprits. Nul n'avait abordé le sujet ouvertement, car l'Estel avait affirmé haut et fort que l'incident était définitivement clos, mais nul ne pouvait non plus ignorer les théories du Conseil véhiculés par le terrien.

Insensible au malaise des hommes l'ordinateur continuait inlassablement à transmettre à chaque officier les informations le concernant.
- Aucun vaisseau à proximité annonça enfin l'un des officiers.
Paul fit jouer les muscles crispés de sa nuque :
- Position de Janus IV ?
- Très proche de son périhélie, commandant, nous pourrons l'avoir en visuel dans quelques heures.
- Parfait, je vais me reposer dans cabine, prévenez moi lorsque nous serons en approche.

En réalité Paul ne trouva allongé sur sa couchette ni le sommeil, ni même le repos. Les visuels enregistrés par les caméras du BC 15 où l'on voyait sans nul doute possible, disparaître un vaisseau spatial, ne cessaient ne le hanter. Les plus puissants ordinateurs de l'Estel avaient beau analyser les données transmises, ils n'avaient pas pu trouver le moindre début d'explication; pas plus d'ailleurs que les cerveaux humains des meilleurs scientifiques du bord, à qui Paul avaient demandé leur avis dans le plus grand secret. Un seul avait osé formulé l'hypothèse de l'Ansible. La colère de l'Estel fut telle, qu'il en oublia l'hyperespace et se déclara prudemment, tout aussi incompétent que ses confrères. Mais face à l'absence d'autre explication, Paul ne pouvait que douter. En réalité ce n'était pas la prétendu menace extra galactique, qui le terrorisait le plus, mais les implications que pouvait avoir une telle découverte sur le mode de vie de sa famille. Paul se sentait déchiré entre deux attitudes possibles. Il pouvait fort bien refuser la situation et agir comme rien ne s'était passé au large de Zerdïa; sa propre sœur ne l'avait-elle pas accusé de vouloir pratiquer "la politique de l'autruche" selon cette vieille expression dont personne ne semblait connaître l'origine ? Ou alors il pouvait tenter d'en savoir plus, mais d'une part il se refusait à donner raison au terrien et d'autre part il redoutait trop les conséquences qui pourraient en découler.

Paul était dans ces noires pensées, lorsque les signaux d'alarmes résonnèrent à travers tous les vaisseaux de la flotte. Il se leva d'un bond et se tourna instinctivement vers le visionneur holographique qui se trouvait dans un angle de sa cabine. A ce moment précis la silhouette frêle du capitaine Still apparut sur la plate forme du visionneur.
- Commandant ! Un vaisseau vient d'apparaître au beau milieu de notre flotte !!
L'Estel ne prit pas le temps de répondre, il se jeta sur la porte avec une telle violence que celle-ci n'eut pas le temps de se rétracter totalement. Il heurta le panneau sensitif et tomba à moitié dans la coursive lorsqu'enfin le passage se libéra. A peine quelques secondes plus tard, il faisait irruption dans la salle de commandement du grand cuirassé. La mine déconfite de ses officiers l'inquiéta immédiatement
- Que se passe t-il Still ?
Le capitaine jeta aux autres officiers un regard circulaire empli de désespoir, mais nul ne le déchargea de sa lourde tâche. Il répondit donc:
- Le vaisseau est apparu à l'intérieur de la ceinture des croiseurs. Il a lâché deux torpilles sur un groupe de cargos. Il accéléré et disparu quelques secondes après, au moment même où les signaux d'alerte entraient en action. Lorsque ses torpilles ont explosé, il n'était déjà plus dans l'espace visible.
Still fit une pause, au milieu d'un lourd silence, regarda à nouveau les autres et poursuivit résigné:
- Un cargo a été entièrement détruit sans que nous ayons pu faire quoi que ce soit... Prés d'un millier de personnes se trouvaient à bord et le choc a été si soudain et si imprévisible qu'il ne peut y avoir aucun survivant.

Paul ferma brièvement les yeux. Il était responsable de la famille d'Estel, il devait en assurer la sécurité, mais il était aussi le garant de son honneur. Il fut pris de panique à la simple pensée de cette responsabilité. Comment empêcher qu'un tel drame ne se reproduise, comment retrouver et détruire un vaisseau capable d'apparaître et de disparaître sans laisser de trace ?
- Ce vaisseau est-il du même modèle que celui que le croiseur BC 15 a débusqué sur la lune de Zerdïa ?
- Il ne s'agit pas simplement du même modèle, commandant, mais plus précisément du même vaisseau.
- En êtes vous certaine, Sarrah ?
- C'est moi qui supervisait les scans, lorsque le vaisseau est apparu. Sa signature est exactement la même que sur les enregistrement du BC 15. Les seuls risques d'erreur proviennent de la brièveté des enregistrements dans les deux cas et du fait qu'il s'agit d'un modèle totalement inconnu. Je dirais que nous pouvons considérer qu'il y'a quatre vingt quinze pour cent de chance que nous ayons eu à faire au même engin.
- Comment aurait-il bien pu nous suivre ainsi à la trace ?
- C'est une bonne question Still, mais nous tacherons d'y répondre plus tard. Poursuivit Paul d'Estel. En attendant faites resserrer au maximum la disposition de la flotte. Même en utilisant l'Ansible (c'était la première fois qu'il utilisait ce mot tabou devant ses officiers), il ne peut être assez précis pour prendre le risque d'émerger au milieu d'une trop forte densité.

Lorsque Paul se retourna pour quitter le poste de commandement, Ann était sur le seuil:
- Mon frère, quand admettras-tu enfin que Milov a raison et que ces vaisseaux existent ?
- Te voilà ? Où étais-tu donc alors qu'ils avaient besoin de toi ?
- Ma présence n'aurait rien changée, il est d'autres officiers tous aussi compétents ...
- Sans doute, et il est d'autres officiers qui font passer leur devoir et l'intérêt de la famille avant leurs propres désirs. Sais-tu seulement que pendant que tu étais avec lui, nous avons perdu un vaisseau et que beaucoup ont péri ? Le sais-tu ?
- Je suis aussi touchée que chacun d'entre nous par ce qui vient d'arriver. Mais aucun sarcasme ne changera la réalité. Ces vaisseaux existent, Milov et le Conseil de l'Union ont raison !
- Fort bien admettons que tu ais raison, que nous proposes-tu ? Ne me dis pas que tu veux que je mette les vaisseaux de notre famille sous les ordres des fonctionnaires du Conseil, comme l'a laissé entendre ton Terrien ?
- Il n'est pas question de cela ! Le Conseil souhaite simplement coordonner l'action des familles pour préparer la défense de notre galaxie. Ils nous garantissent l'équité entre les familles et toutes les compensations nécessaires seront étudiées.
- Subtile nuance ! Tu nous imagine sérieusement accepter de nous cantonner à certaines lignes commerciales et laisser des vaisseaux de combat en arrière pour assurer la soi-disant sécurité des principales planètes ? Bref tu nous imagine en train de renoncer à notre liberté ?
- Et à quoi nous servira notre liberté si des centaines de vaisseaux suivent les quelques éclaireurs qui repèrent tranquillement nos planètes et s'ils nous détruisent les uns après les autres ?
- De quels éclaireurs parles-tu, Ann ? Jusqu'à présent je n'ai vu qu'un seul vaisseau de ta soi-disant flotte d'invasion ...
- Et celui que nous avons débusqué sur la lune de Zerdïa, nierais-tu son existence ?
- Certainement pas, mais nos instruments sont formels, il s'agit du même appareil que celui qui vient de disparaître sous nos yeux ...
- Comment est-ce possible ?
- J'espérais que tu me le dise. A moins que tu n'oses m'affirmer que tes Extra-Galactiques ont aussi trouvés un moyen de pister des vaisseaux au delà du seuil luminique !
- Je ne sais pas, peut-être ...
- Cesses donc un instant, il n'y a aucun peut-être ! Ce vaisseau nous a suivi parce que quelqu'un l'a informé de notre destination !!
- Tu ne penses tout de même pas que Milov aurait fait cela !
- Et qui d'autre ?!
- C'est absurde, il y'a sans doute une autre explication...
- Tu m'en reparlera lorsque tu l'auras trouvée. En attendant nous allons faire comme si c'était la seule ! Capitaine Still faites placer le Terrien en cellule d'isolement, aucun contact avec l'extérieur.

Still ne fit aucun commentaire et transmis discrètement les instructions de l'Estel, tandis qu'Ann continuait à protester vainement. Finalement, Paul la fit sortir et demanda à l'ordinateur central de lui retirer momentanément les autorisations d'accès réservées aux officiers. Le poste de commandement et toutes les zones sensibles du cuirassé lui seraient désormais automatiquement refusés. Pour la première fois il aperçut de l'inquiétude dans le regard fuyant de ses officiers.

Lorsque le Capitaine Prial pénétra dans la cabine d'Ann, il était accompagné d'une dizaine de ses hommes. Ceux-ci étaient "armés" d'une façon bien inhabituelle pour eux, les fusils d'assaut, les micros-canons à énergie et autres engins de mort, avaient été troqués contre toute une panoplie d'appareil de détection électroniques. Avant même que la jeune fille n'ait pu émettre une protestation, les hommes en noir avaient investis la cabine et s'étaient mis en devoir d'en sonder chaque centimètre carré.
Prial avait dirigé une bonne centaine d'opérations pour l'Estel. Il avait gagné ses galons de Capitaine en prenant d'assaut la citadelle spatiale des rebelles de Hos'in, à la tête de moins de cinquante commandos; il avait combattu sous toutes les pesanteurs, du vide spatial jusqu'aux planètes géantes du système de Cygnus; dans toutes les conditions, dans tous les secteurs de la galaxie. Jamais il n'avait baissé le regard devant ses ennemis, mais lorsque la jeune fille qu'il avait vu grandir se planta devant lui, il ne réussit pas l'exploit de la regarder en face. Gamine, elle passait des journées entières dans le hall d'entraînement des commandos, cachée dans l'ombre de l'officier, regardant avec fascination les combats simulés dans les chaotiques décors planétaires jonchés de mines au plasma et de champs de force, observant le ballet envoûtant et arachnéen des confrontations dans les champs d'apesanteur artificielle. Prial l'avait aidée à enfiler pour la première fois une combinaison spatiale et l'avait accompagnée pour son baptême dans l'obscurité du vide. Les yeux rivés au sol, il n'attendit pas qu'elle le questionne:
- L'Estel nous a demandé de vérifier si le terrien n'avait pas caché dans votre cabine du matériel de transmission.
- Dites plutôt que mon frère me croit complice d'un complot contre la souveraineté de l'Estel ! Et vous Capitaine qu'en pensez-vous ?
Prial trouva la force de relever les yeux pour lui répondre:
- Je ne peux le croire et je ne crois pas non plus que ce soit l'opinion de l'Estel. Mais il peut s'agir de matériel très sophistiqué et suffisamment miniaturisé pour avoir été déposé à votre insu.
- Supposons que Milov ait transmis notre destination et que ce vaisseau s'y soit rendu en utilisant un quelconque mode de propulsion à travers l'Ansible, combien de dizaines d'années aurait-il du patienter sur place avant que nous n'arrivions ? Ni vous, ni moi, ni le plus érudit de nos scientifiques n'est capable de le calculer en trouvant une corrélation entre le temps et la distance franchies à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Tous nos savants avouent leur impuissance à résoudre de telles équations ! Mais mon frêre pense que les mystérieux complices de Milov sont assez fous pour aller directement sur Janus et attendre tranquilement que nous arrivions, dix, vingt ou cent ans !
- S'il avait nos coordonnées, il a fort bien se grouper à notre flotte lors du franchissement...
- La masse de cet engin est environ dix fois trop faible pour lui permettre de franchir le seuil luminique ! La vérité est que n'ayant aucune explication, vous recherchez un coupable...
- Je suis désolé Mademoiselle, il ne m'appartient pas de trouver des explications mais d'obéir aux ordres de l'Estel.
- Je le sais Capitaine, pendant que nous discutions inutilement, il semblerait que vos hommes aient terminé leur besogne.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:13

Chapitre 4


- Bonjour, Madame le Gouverneur.
- Entrez Elezard, vous savez sans doute pour quelle raison je vous ai dérangé aussi tôt?
- Bien entendu, l'Estel, l'une des familles majeures, approche de notre planète en formation de combat serrée. Cela sans raison apparente. « à modifier, ils sont forcément au courant de la destruction d’un cargo… »
- Qu'en pensez-vous ?
- Le gouvernement de Janus, par votre voix, a depuis quelques années investi dans des systèmes de défense ultramoderne. Ces défenses sont destinées à assurer notre souveraineté et sont entièrement opérationnelles. J'ai immédiatement ordonné à notre flotte spatiale de prendre l'air et de se positionner derrière la masse planétaire, en attente de vos instructions.
- Mon cher ministre, qu'est ce qui vous fait dire que notre souveraineté est remise en question ?
- Madame le Gouverneur, les familles se comportent depuis des siècles en maîtres de la galaxie. Leur attitude n'a pas évolué et ils ne font aucun cas de notre existence.
- Nous profitons de leurs cargos, pour nos échanges commerciaux...
- Aux conditions qu'ils nous fixent ! Janus IV est un des points névralgiques du commerce galactique. Il est temps d'imposer nos conditions et pour cela nous devons commencer par faire respecter notre espace stellaire. Avez-vous essayé d'entrer en contact avec l'Estel ?
Le Gouverneur Iliam Jezora, eut un sourire crispé, sachant que son bouillant ministre de la défense connaissait d'avance la réponse:
- Bien sur.
- Ont-ils seulement daigné vous répondre ?
- Non, silence radio.
- Bien, nous n'avons donc pas de temps à perdre...
- Elezard vous exagérez, ce n'est pas la première fois, qu'une Famille débarque sur notre astroport, sans pour autant nous faire des discours !
- Mais l'attitude de l'Estel est menaçante et nous ignorons ce qui peut passer par la tête de ses spatiaux dégénérés. Laissez moi donner des instructions à notre flotte ...
- Ne soyez pas idiot, Elezard ! Nous avons affaire à l'une des plus puissante Famille de la galaxie. Il y'a dans l'espace de quoi rayer des cartes spatiales Janus et tout son système stellaire !
- Nous avons construits ces dernières années, plus de cinquante croiseurs de la classe T. Ils sont en orbite et n'attendent qu'un seul mot. A terre, c'est prés de trois cent intercepteurs légers qui sont prêts à décoller pour fondre sur l'Estel. Et si cela ne suffisait pas à en venir à bout, notre ceinture de satellite de défense à été entièrement réarmé avec les tous nouveaux canons énergétiques longue portée.
- Notre flotte est parfaite pour nous protéger des ambitions de quelques petites familles sans envergure, des pirates où des vaisseaux mystérieux des frères du temps. Mais l'Estel ! La vérité, c'est que vous brûlez d'impatience d'étrenner vos jouets !
- Dois-je comprendre, Madame, que nous allons les laisser entrer dans notre espace planétaire sans réagir.
- Exact, gardez cependant votre flotte en alerte, mais pour l’instant je ne veux voir aucun vaisseau de combat quitter sa base. Ce n'est pas le premier incident de ce type et ils tendent à se multiplier. Il se murmure de drôle de choses dans les astroports de la galaxie, mon cher Elezard. Des murmures qui nous dépassent vous et moi.
- J'entends les mêmes choses que vous, mais si une menace pèse sur nous, nous avons le droit d'en savoir plus.
- Lorsqu'il aura atterri, je convoquerai l'Estel et nous tacherons d'obtenir des informations. Merci Elezard, restez dans les parages, je vous tiendrais au courant.
Le ministre fit volte-face et lança en sortant:
- Ne convoquez pas l'Estel, sollicitez plutôt une audience, vous aurez un peu plus de chance de le rencontrer...

La flotte de l'Estel, avait pris position en orbite de Janus IV en conservant sa position de combat afin de continuer à protéger les cargos par la masse et les canons énergétiques des lourds croiseurs de combats. Les navettes de reconnaissances et les systèmes de surveillance de l'Estel avaient également repéré les gesticulations des forces armées de Janus. Il n'était pas si fréquent qu'une famille entre de façon aussi belliqueuse dans un espace planétaire. Paul comprenait d'autant plus leur réaction, qu'il avait jusqu'au bout respecté le silence radio, pour ne pas donner plus d'information au microbe malfaisant qu'il imaginait tapis quelque part dans l'obscurité.
- Ne fais pas cette tête, Milov, les soutes sont vides et mon frère a prévu de faire une escale d'au moins cinq jours sur Janus. Profitons de ce répit comme s'il devait durer l'éternité, nous pleurerons le dernier jour.
- La seule éternité qui me fasse peur c'est celle où tu vas t'engloutir en me laissant ici. Mais tu as sans doute raison, Ann, je ne vais pas gâcher nos derniers jours.
- A la bonne heure! Je suis déjà venu deux fois sur Janus IV, il y'a un complexe de loisir au fond d'un lac volcanique. Tu n'as jamais rien vu de pareil.
- N'en as-tu pas assez d'être enfermée !?
- Enfermée ? Le complexe est composé d'immenses coupoles de plexi, avec des poissons venus de toute la galaxie. C'est fascinant.
- Ce qui me fascine c'est que tu puisses encore avoir envie de respirer de l'air en boîte! C'est de vent et de soleil que j'ai envie.
Ann haussa les épaules, et braqua ses yeux rieurs sur Milov, qui se sentit prêt à s'enfermer dans une boîte de conserve, pour peu qu'elle le lui demande ainsi.
- Mon pauvre amour, l'air y est certainement plus pur que sur cette Terre à moitié morte dont tu rêves jour et nuit. Mais nous ferons comme tu veux.

Ils se rendirent aux guichets du ministère du tourisme de Janus et Milov choisit de faire une excursion à travers le parc des cratères de Jaslor. Le parc était dominé par un volcan dont l'activité était étroitement contrôlée par les ingénieurs janusiens. Les accidents étaient parait-il rares, et les spatiaux en escale ou les riches touristes en vacances, pouvaient admirer de très prés les jaillissements de plasma et les rivières de lave en fusion. Ann et Milov abandonnèrent rapidement le petit glisseur biplace qu'ils avaient loué, pour ne conserver du matériel du parfait touriste, que l'holographe fourni par le centre. Leur guide virtuel était une fort jolie janusienne, commentant avec force sourires, le moindre bout de rocher qu'ils croisaient. Mais les deux amoureux n'avaient que faire d'un cours de géologie, et ils avaient beau savoir que l'hologramme n'était qu'un enregistrement sophistiqué réagissant à leurs déplacements, la belle janusienne leur volait leurs précieux instants de solitude... Ann déconnecta l'holographe et ils s'avancèrent en silence vers le géant de basalte qui crachait lentement ses ruisseaux de lave. Le volcan domestiqué rappela à Milov ce tigre terrien, l'un des derniers de sa race, faisant les cent pas derrière la paroi de la cage de plexi du parc de la Sauvegarde, où les terriens s'obstinaient à vouloir garder en vie un écosystème épuisé. Il conçut de la comparaison un sourire amer, car comme les fauves de chair ou de feu, il était en train de se résigner à son inévitable destin. Ann ne lui demanda pas d'où lui venait ce sourire vaincu.

Ils rentrèrent ensuite à l'hôtel qu'ils avaient choisis, dans la capitale de Janus IV, mais le plus loin possible de l'astroport, exténués mais sans avoir prononcé une seule fois le nom de l'Estel. Prétextant non sans raison, que le terrien avait décidé du programme de la journée, Ann choisi le restaurant où ils devaient poursuivre la soirée. Une de ces auberges qui à force de se vouloir typique, finissait par ressembler à toutes les auberges typiques de la galaxie ! Mais l'ambiance y était chaleureuse et la musique suffisamment assourdissante pour les empêcher d'entretenir trop longtemps une conversation sérieuse. La mélancolie de Milov se noyait peu à peu dans ce joyeux vacarme et dans les verres d'alcool que ne cessaient de remplir et de re-remplir avec une générosité toute commerciale les serveuses du restaurant.
Ann savait fort bien que Milov aurait à nouveau des larmes à retenir dés que cesserait la musique et les rires embrumés des tables voisines. Ils s'attardèrent, ne quittant qu'au dernier moment cette atmosphère protectrice et sortirent étroitement enlacés ; Ann frissonna dans l'air humide de Janus et le terrien resserra son étreinte. Milov leva la tête vers le ciel, mais la nuit saturée des lumières de la ville ne laissait paraître aucune étoile. Pourtant il les savait là, tapies derrière l'aura fluorescente des enseignes lumineuses, prêtes à lui ravir pour toujours le seul bien précieux qu'il avait jamais cru posséder. Quelques instants avant, des dizaines de personnes gesticulaient autour d'eux, le temps de sortir dans la rue, de lever les yeux vers le ciel et de faire quelques pas hésitants, et la marée humaine s'était dispersée; n'avait peut-être jamais existé. Seuls quelques dos tournant au coin des rues voisines où entrant dans des glisseurs privés démentaient cette illusion de vide.
Lorsque le glisseur blanc s'immobilisa à coté d'eux et qu'en sortirent quatre hommes, ni Ann , ni Milov n'eurent l'esprit encore assez vifs pour tenter de réagir. L'instant d'après, ils se trouvaient dans le véhicule anti-g qui redémarra dans le plus parfait silence, encadrés par leurs ravisseurs.
Ann et Milov eurent beau protester, ils n'obtinrent aucun renseignement des quatre hommes. Rien, ni dans leur habillement, ni dans le véhicule, ne permettait de savoir qui ils étaient.


- Si je vous comprends bien Prial, vous êtes en train de me dire que ma propre sœur s'est fait kidnapper, au nez et à la barbe de vos hommes, et qu'ils n'ont rien fait !
- Monsieur, mes hommes n'étaient pour ainsi dire pas armés. Vous redoutiez seulement que votre sœur ne tente de s'enfuir avec le terrien. Nous ne pouvions imaginer un tel scénario.

L'Estel était furieux et il avait à peine entendu les explications gênées de son vieil officier. Il se retourna vers le poste de commandement et hurla :
- Mettez moi immédiatement en communication avec le gouverneur de Janus.

Au bout de seulement quelques instants une jeune femme se retourna vers Paul:
- Il fait pleine nuit et les janusiens refusent de réveiller Madame le gouverneur. Ils nous demandent de patienter jusqu'à demain.
- Dites à ces imbéciles, que si dans moins de dix minutes je ne suis pas en contact avec le gouverneur, la capitale de Janus sera mieux éclairé qu'en plein jour, grâce au champignon nucléaire qui fleurira au dessus des ruines de leur palais.


Moins de cinq minutes après, le contact holographique était établi et Madame le Gouverneur de Janus IV se présentait dans le poste de commandement du cuirassé.
Son visage encore marqué de sommeil contrastait de manière étonnante avec les complexes et luxueux vêtements des officiels janusiens que le programme informatique du transmetteur recomposaient fidèlement autour de sa silhouette.
- Puis-je savoir, Monsieur, quelles sont les raisons qui me valent un tel réveil et vos menaces de destruction ?

Paul d'Estel fut immédiatement impressionné par la prestance de cette femme. Il n'avait pas connu sa mère, disparue peu de temps après sa naissance dans l'accident stupide d'une navette de liaison, mais c'est ainsi qu'il pouvait y penser. Son père avait toujours refusé de lui en montrer le moindre enregistrement holographique et en avait même effacé toute trace avant de disparaître. Paul avait cependant toujours imaginé une grande femme belle et fière comme le gouverneur de Janus. Il lui fallut quelques secondes avant de retrouver son aplomb :
- Janus est une planète bien peu sure, Madame le gouverneur. Ma propre sœur vient d'être enlevée a quelques pas de votre palais et j'attends vos explications.
- Je suis désolé de cet incident, mais je ne vois pas quelles explications je pourrais vous fournir. Dés que vous m'aurez donné tous les détails, je les transmettrai à notre police qui mettra tout en œuvre pour retrouver votre sœur.
- Je vous tiens vous et votre gouvernement de tout ce qui pourrait lui arriver de néfaste sur la planète que vous administrez.
- Selon le rapport qui m’a été transmis juste avant l’établissement de notre connexion visuelle, le secteur a été entièrement bouclé par nos forces de police ; mais je vous le répète nous manquons d’éléments. N’avez vous pas idée de ce qui aurait pu motiver une telle action ?
- Pas la moindre. Nos hommes ont assisté à la scène sans avoir le temps d’intervenir. Il s’agissait d’une opération parfaitement préparée.
- Ne connaissez vous donc personne qui aurait bien pu en vouloir à votre sœur ?
- Non
- Qui est l’homme qui l’accompagnait ?
- Aucune importance
- Monsieur, nous ne pouvons négliger aucune piste. Si ce n’est pas votre sœur qui était visée, c’est peut-être cet homme et vos services de sécurité ont déjà refusé de nous communiquer son identité. Pourquoi un tel mystère ?
- Qu’importe son nom. Un tel incident ne s’est jamais produit, nous n’avons pas pour habitude d’annoncer nos déplacements à l’avance. Qui pourrait guetter ainsi notre arrivée sur une planète dont la destination n’a jamais été annoncée et où personne, pas même nous, ne pouvait savoir exactement quand nous y arriverions ?

Paul d’Estel n’avait pas pour habitude de se laisser autant aller, mais malgré leur récentes disputes, il était sous le choc de la disparition d’Ann et à travers sa représentation holographique il en était arrivé à faire confiance au gouverneur de Janus.
- Madame le gouverneur, je ne souhaiterais pas m’entretenir avec vous plus longtemps sur ce canal. Je préfère que nous discutions face à face, je serais à votre palais dès que possible.

Le gouverneur prit tranquillement le temps de mettre de l’ordre dans ses cheveux et de passer une tenue plus « officielle » que ses vêtements de nuit, puis elle se rendit à son bureau de réception au dernier étage du palais. De la baie vitrée elle pouvait contempler une grande partie de la ville endormie, lumineuse et sereine, en apparence du moins. Elle soupira profondément et s’installa à son bureau, alors que son secrétaire particulier, à moitié endormi, faisait son entrée. Le Gouverneur ne pu que sourire en voyant son air hagard et ses yeux rougis.
- Désolé mon cher, mais notre nuit est terminée !
- Que se passe t-il Madame le Gouverneur ?
- La sœur de l’Estel a été enlevée en sortant d’un restaurant et la Famille nous tient pour responsable… Contactez les services de sécurité du Palais et prévenez les du débarquement imminent d’une escouade de l’Estel ; qu’ils se tiennent à distance et les laissent passer, nous n’avons pas besoin de fournir de nouveaux prétextes à une action plus agressive. Ensuite, trouvez-moi le Ministre Elezard et faites en sorte qu’il soit ici avant la venue de l’Estel, avec tous les éléments qu’il pourra réunir sur cet enlèvement. Dites lui bien que je veux que les forces de sécurité fassent de cette affaire leur seule priorité…

Iliam Jezora se cala bien au fond de son fauteuil, ferma les yeux et écouta les pas de son secrétaire tandis qu’il sortait de son bureau. Elle aurait s’acquitter elle-même de ces tâches, mais elle préférait profiter encore des quelques moments de silence et de calme qui demeuraient avant l’entrevue avec l’Estel ; entrevue qu’elle pressentait mouvementée et délicate.

En réalité, il fallut moins d’une heure pour que l’Estel et son escorte ne se présentent aux portes de son bureau. Plusieurs soldats de l’Estel y pénétrèrent armes à la main, sans se soucier le moins du monde d’étiquette diplomatique ou même d’élémentaire politesse. Ils étaient vêtus d’impressionnantes cuirasses de combat d’un noir si dense qu’elles n’accrochaient pas le moindre reflet lumineux ; seules deux fines diagonales blanches qui les rayaient de l’épaule gauche à la hanche droite, venaient leur donner un peu de vie. Un officier, dont le visage que l’on devinait buriné derrière la visière de plexi de son casque, tranchait avec la jeunesse des autres soldats ; entra à leur suite et toujours sans un mot pour le Gouverneur, il inspecta soigneusement la pièce et en scanna chaque recoin. Lorsqu’il eut terminé sa tâche, Paul d’Estel pénétra à son tour et s’approcha du bureau.

Regardant le Gouverneur Jezora droit dans les yeux il lui dit
- Madame, vous voudrez bien excusez les méthodes directes de mes hommes, mais sur une planète où l’on kidnappe les miens, je me dois à cette prudence.

Certes elle avait déjà eut ce sentiment durant leur entretien holographique, mais ce fût le contraste entre le ton assuré et l’extrême jeunesse de son interlocuteur qui frappa le gouverneur en premier.

- Monsieur, je vous assure à nouveau que le gouvernement de Janus mettra tous ses moyens en œuvre pour retrouver votre sœur et son compagnon.
Iliam Jezora, depuis longtemps rompue aux joutes oratoires, n’eut aucune difficulté à noter la légère crispation des machoires de l’Estel, lorsqu’elle prononça le mot « compagnon ». Elle choisit de ne pas insister pour l’instant sur cet aspect des choses et reprit.
- Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’ai convié M. Elézard, notre ministre de la défense à cet entretien. C’est lui qui coordonne l’ensemble de nos forces de défense et de police…
- Et où est-il donc ?
- Je n’en ai pas la moindre idée, reprit-elle en forçant sur ses lèvres un léger sourire. Laissez-moi quelques secondes.

Le gouverneur de Janus connecta le clavier virtuel de son bureau et envoya un message écrit à son secrétaire particulier en lui demandant de lui répondre de la même façon, plus discrète et confidentielle qu’une conversation orale.

Cela fait, elle releva rapidement la tête vers ses « invités » et reprit :
- Il est certainement en route, si vous le voulez bien nous commencerons sans lui.
- Bien, fit Paul d’Estel, venons en au fait. J’ai donné ordre à ma flotte de combat d’interdire à tout vaisseau de quitter votre planète, quel que soit son statut, sa nationalité ou ses raisons…
- Vous voulez instaurer un blocus ?!
- Non, du moins pas pour l’instant, j’ai seulement parlé des vaisseaux souhaitant quitter la planète…
- Bien, j’apprécie la nuance. Janus est une planète relativement calme, sa population totale ne dépasse guère les six cent millions d’habitants, dont plus de la moitié vivent dans la capitale et sa périphérie. Agriculture de subsistance et industrie de pointe y font bon ménage et le niveau de vie est excellent, largement au dessus de la moyenne des systèmes de l’Union. La délinquance est extrêmement rare et les crimes majeurs encore moins en dehors de quelques crimes passionnels ou de quelques accidents douteux. Quant aux enlèvements crapuleux comme celui dont les vôtres ont été victimes, il me faudrait faire des recherches dans nos archives pour savoir à quand remonte le dernier. Je suis donc extrêmement surprise de ce qui s’est passé. Il ne s’agissait manifestement pas de petits voyous en manque d’aventure, mais d’une opération réalisée avec sang froid et précision. Ils n’ont donc sûrement pas été enlevé par hasard et c’est bien eux qui étaient visés. Aussi je vous repose la même question que lors de notre première conversation, êtes vous sur que personne n’avait de raison d’en vouloir personnellement à votre sœur ou à cet homme autour du quel vous semblez vouloir faire tant de mystère…
- Et je vais devoir vous faire une réponse identique, ma sœur est officier à bord du vaisseau amiral de notre flotte et n’a aucun ennemi sur cette planète. J’ai vérifié, nous sommes régulièrement venus commercer sur Janus. La dernière fois, c’était il y’a environ trois de nos années courantes, et nous avons beaucoup voyagé depuis en vitesses hyperluminiques. J’ai comparé avec votre calendrier, cela correspond à plus de quinze de vos années planétaires. Qui aurait pu… Mme le Gouverneur, vous écoutez ce que je vous dis ?
- Euh oui, bien sur…
Vous semblez troublée…
- En effet, je viens de recevoir un message m’indiquant que le ministre Elézard demeurait introuvable et qu’il était apparemment injoignable.
- Est-ce fréquent ?
- Non, non bien sur et c’est cela qui m’étonne. D’autant plus que la situation exigeait qu’il demeure disponible…

Le vieil officier qui était entré en tête de l’escouade de l’Estel fit brusquement un pas en avant et ignorant tout protocole il saisit l’Estel à l’épaule et interrompit sa conversation avec Iliam Jezora.
- Monsieur, dit-il, je reçois une communication prioritaire de la flotte. Plusieurs vaisseaux viennent de décoller d’une base aérienne militaire et montent rapidement en altitude.
- Combien de vaisseaux ? Quels types ?
- Nous n’avons pas encore d’information précise,

Paul d’Estel fusilla des yeux le Gouverneur de Janus
- Madame, avez-vous une explication à ces manœuvres ?
- Je ne comprends pas, j’ai personnellement donné des instructions pour que nos vaisseaux de combat demeurent en alerte, je pense que cela ne vous surprendra pas, mais aussi et surtout pour qu’ils demeurent à quai !
- Et puis-je savoir, Madame, à qui vous avez donné ces instructions ?
- Et bien à notre ministre de la défense, Monsieur Elé… Par les étoiles, vous ne pensez tout de même pas que…
- Je pense la même chose que vous… Capitaine Prial, nous avons du nouveau ?

Un grand silence se fit dans le bureau du gouverneur de Janus. Après de longues secondes, Prial reprit la parole :
- Oui Monsieur, treize vaisseaux ont pris l’air, dont douze sont identifiés, selon les plus récentes informations que nous ayons sur la flotte de Janus, comme étant des croiseurs de classe T ; les plus modernes dont dispose cette planète.


Iliam Jezora, qui était resté debout durant tout l’entretien comme la délégation de l’Estel, s’effondra dans son fauteuil et marmonna la tête entre les mains
« l’imbécile, ah l’imbécile ! »

Paul d’estel la regarda brièvement puis se retourna à nouveau vers son capitaine :
- Prial, vous avez parlé de douze croiseurs, mais de treize vaisseaux…
Le capitaine soutint le regard de l’Estel, mais ne répondit pas de suite
Et bien parlez, Prial. Est-il identifié ?
- J’en ai peur Monsieur, il s’agit sans le moindre doute du petit appareil qui nous a faussé compagnie sur Zerdia et qui nous a attaqué et détruit un cargo à notre arrivée dans ce système…

L’Estel, posa ses deux mains sur le bureau du Gouverneur et se pencha en avant jusqu’à ce que leurs visages se touchent presque. Il dit d’une voix glaciale :
- Votre ministre n’est pas un « imbécile » Madame, c’est un assassin qui a détruit l’un de mes vaisseaux et tué de nombreux membres de la famille d’Estel. C’est un vulgaire pirate qui a déjà sévi dans d’autres systèmes. Il reste une question à régler, est-ce envers votre gouvernement un traître ou agit-il en concertation avec vous, voire sur les ordres de votre gouvernement.
- Comment osez-vous insinuer cela ? La présence de vos soldats armés dans mon bureau ne vous donne pas le droit de remettre en cause mon honneur et les positions pacifiques de mon gouvernement, simplement parce qu’un homme…
- UN homme dites-vous ? Ne me dites pas que cet homme pilote de ses propres mains douze croiseurs de combat et un navire à la technologie jusqu’alors inconnue !

Iliam Jezora, qui s’était peu à peu tassée dans son fauteuil sembla reprendre ses esprits. Elle répondit aussi calmement qu’elle le pût :
- Il est ministre de la défense, il a parfaitement pu donner des ordres directement aux équipages des croiseurs… Si vous cessez de hurler quelques instants, je vais prendre contact avec le commandement militaire et leur demander de rappeler les croiseurs avant qu’il ne soit trop tard.

Paul d’Estel ne lui répondit pas, il soutint un instant son regard puis se retourna à nouveau vers le capitaine Prial.
- Capitaine, comment se présente la situation.
- La flotte se repositionne de façon à intercepter les vaisseaux janusiens le plus rapidement possible. Leur puissance de feu est importante et ils risquent de nous causer quelques dommages, mais ils n’ont aucune réelle chance de s’enfuir. Quels sont vos ordres ?
Ils ne cherchent pas à s’enfuir ; du moins pas les douze croiseurs. Ils servent juste d’escorte à l’autre navire pour qu’il ait le temps d’utiliser son système de bond et de disparaître.
Même avec l’escorte des croiseurs, nous pouvons tenter de le détruire en premier. Je présume qu’il lui faut atteindre une certaine vitesse ou au minimum sortir de l’atmosphère ou de l’attraction planétaire pour passer en hyperespace.
- Prial, ne comprenez vous pas ? Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas le détruire ! Ann est certainement à son bord ! Et s’ils réussissent à prendre la fuite, nous ne la retrouverons jamais. Notre seule chance consiste à l’aborder et à en prendre le contrôle dès sa sortie de l’atmosphère ; mais avec son escorte de croiseurs cela sera extrêmement délicat. Je vous laisse donner des consignes en ce sens à la flotte…

Dès que son regard croisa celui d’Iliam Jezora, Paul compris que la situation ne s’améliorait pas. Sa mâchoire était crispée, ses traits tirés et ses mains tremblaient légèrement au dessus du clavier virtuel. Elle prit le temps de consulter les dernières notes qui lui parvenaient puis releva les yeux vers lui :
- Je suis désolée, il semblerait que l’emprise d’Elezard sur l’équipage de nos croiseurs soit plus important que celui de notre haut commandement ; ceux-ci n’obéissent à aucun des ordres de retour immédiat à leur base et ne prennent même pas la peine de répondre.
- Il semble que vous ne soyez plus face à la trahison d’un seul homme, mais face à une vraie conspiration.
- Il y’a encore autre chose Monsieur. Un homme dont la description correspond parfaitement à celle du mystérieux compagnon de votre sœur, a été retrouvé drogué dans un local technique de la base spatiale d’où sont partis les croiseurs. Il dit s’appeler Milov et exige de vous parler dans les meilleurs délais...
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:14

Chapitre 5


- Commandant Jhesom, selon leur accélération actuelle, les vaisseaux hostiles sortiront de l’atmosphère dans huit minutes et nous sommes d’ores et déjà à portée de tir.
- Très bien Lieutenant, mais souvenez-vous que les instructions de l’Estel sont claires : la seule priorité que nous ayons est l’arraisonnage du treizième vaisseau. Où en est la frégate d’abordage ?
- Elle devrait nous rejoindre juste à temps et compte tenu du temps de préparation dont elle a disposé, c’est un exploit…
- Lieutenant, gardez vos commentaires pour vous et concentrez vous sur l’essentiel
- Oui Commandant
- Bien, mettez-moi en audio avec les commandants de tous les croiseurs du groupe.
- Ils vous écoutent Commandant.
- Parfait. Ici le Commandant Jhésom, je n’ai pas le temps de vous faire un laïus sur l’importance et la difficulté de notre mission. Verrouillez les douze croiseurs à abattre et vérifiez bien qu’aucune torpille ne parte en mode de visée autonome, le risque de toucher le treizième vaisseau serait trop important ; compte tenu de leur trajectoire de sortie d’atmosphère, nous devrions les abattre comme à l’exercice, mais il faut les submerger pour couvrir l’approche de la frégate. Ensuite, contrairement à la doctrine que nous avons apprise dans les manuels, nous ne pratiquerons pas les manœuvres d’évitement habituelles ; nous convergerons à pleine vitesse vers leur formation pour détourner leur attention de la frégate et la protéger durant l’abordage. Des questions ?

Quelques instants plus tard, les vingt croiseurs lourds commandés par le Commandant Jhésom lançaient des nuées de torpilles d’attaque. Les navires janusiens étaient en pleine accélération sur une trajectoire de sortie d’atmosphère et n’avaient que très peu de marge pour manœuvrer. Ils ne modifièrent donc pas leur course, mais leurs tourelles de défense lancèrent des salves de missiles d’interception, d’obus cinétiques et de rayons d’énergie pour tenter de stopper les torpilles qui venaient droit sur eux. Leur barrage défensif crépita et s’illumina de violentes explosions à chaque torpille interceptée.
Mais surclassés en nombre, en tonnage et en puissance de feu par l’escadre de l’Estel, il n’avaient aucune chance d’en réchapper. Les premières torpilles percutèrent les coques blindées des croiseurs janusiens en causant des dégâts énormes. Quatre d’entre eux touchés de plein fouet par plusieurs engins explosèrent et se disloquèrent immédiatement. Deux touchés au niveau des systèmes de propulsion se mirent à tournoyer et à dériver en attendant d’être à nouveau happés par l’attraction de Janus. Deux autres enfin encaissèrent des impacts violents, mais réussirent à maintenir leur position, même si les violents jets de matière qui s’échappaient de leurs coques tordues laissaient peu de doute sur l’aspect critique de leur situation. Les janusiens encore en état de manœuvrer firent comme ils le purent mouvement pour faire face aux croiseurs de l’Estel qui continuaient leur charge, tandis que le treizième vaisseau poursuivait sa course et sa démentielle accélération pour s’arracher à l’attraction planétaire. Une seconde nuée de torpilles se ruait à l’assaut et pendant que les janusiens tentaient une nouvelle fois de les intercepter, la frégate d’abordage venant de l’espace et profitant donc d’une vitesse initiale bien plus élevée, se positionnait sur une trajectoire d’interception du treizième vaisseau. Pour tenter de le protéger, un seul des croiseurs janusien, dont pourtant c’était probablement la mission, eût alors la lucidité et le courage de lancer des torpilles sur la frégate. Mais l’accélération et la position de celle-ci était telle que son pilote n’eût qu’une correction mineure à effectuer pour leur échapper.

La voix du pilote résonna dans les casques des vingt hommes des troupes d’assaut harnachés à l’arrière de la frégate.
- Tenez-vous prêts, interception dans moins d’une minute. Les croiseurs janusiens sont presque tous détruits et ceux qui restent sont trop occupés à essayer de sauver leur peau pour protéger efficacement leur bébé.
L’équipage de la frégate d’abordage maîtrisait parfaitement la manœuvre souvent répétée à l’entraînement et grandement facilitée par les puissants ordinateurs du bord. Le plus délicat était d’amener la frégate à hauteur de la cible et à calquer sur elle, à la perfection, vitesse et trajectoire; ensuite la frégate était conçue pour coller littéralement son dessous de coque renforcé à sa proie afin de permettre à l’équipe d’intervention de déployer un sas souple entre les deux navires, de découper la coque et de monter à l’assaut.
- Accrochez vous les gars, vitesse et trajectoire stabilisées, impact contre la coque dans vingt secondes.
A peine avait-il finit sa phrase qu’une violente lueur envahit l’habitacle de la frégate, dans le même temps, couvrant presque les cris de stupeur de l’équipage, tous les appareils électroniques se mirent à grésiller allumant plusieurs incendies électriques. Puis ce fut le black-out.

La base de défense spatiale janusienne était en pleine effervescence lorsque la navette de l’Estel atterrit . Les hommes de Prial débarquèrent immédiatement sur le tarmac, armes au poing, et se retrouvèrent face à face avec des militaires janusiens particulièrement nerveux. Un jeune officier à l’uniforme impeccable prit les devants et s’adressa à Prial d’une voix aussi sure qu’il le put :
- Je dois m’assurer avant de vous laisser débarquer que Madame le Gouverneur est bien avec vous comme cela nous a été annoncé durant votre vol d’approche et qu’elle consent librement à cette opération.
- Elle est bien avec nous mon garçon, et ce sont vos armes qui sont pointées dans sa direction. Alors si vous voulez assurer sa sécurité, commencez par dire à vos hommes de rengainer leurs pétoires…
Tandis qu’un silence tendu s’installait, Iliam Jezora, gouverneur de Janus IV, descendit vivement la passerelle de la navette sans se soucier de l’opinion de Paul d’Estel, qui quelques instants auparavant lui avait demandé fermement de demeurer auprès d’elle et n’eût pas le temps d’esquisser le moindre geste pour la retenir. Elle écarta avec autorité les hommes de troupe de l’Estel, qui la dépassaient tous d’une bonne tête et fit irruption aux cotés du Capitaine Prial. Sans un regard pour ce dernier, elle s’adressa au jeune officier des troupes de défense janusienne.
- Tout va bien Lieutenant. Dites à vos hommes de baisser leurs armes et conduisez-nous d’urgence auprès de cet homme. Je veux également que le commandant de la base vienne me faire un rapport complet sur ce qui s’est passé ici durant les dernières heures.

Puis sans plus attendre elle s’avança en direction des bâtiments obligeant Prial à redéployer son escouade pour la suivre, alors qu’il avait pour ordre de l’escorter. Paul était furieux mais admira une fois de plus le cran du Gouverneur qui venait de reprendre la main. Il dut presser le pas pour la rejoindre et lança au passage un regard noir à son capitaine.

Les deux troupes, (sans que l’on ne sache plus très bien qui escortait qui, et qui suivait qui !),
pénétrèrent dans un immense hangar qui abritaient plusieurs avions de chasse atmosphérique et un
grand croiseur spatial, du même type que ceux impliqués dans les évènements qui venaient de se dérouler loin au dessus de leurs têtes. Plusieurs plaques de blindage étaient manquantes au niveau des propulseurs et des ouvriers s’afféraient autour de l’engin. Paul admira à la dérobée les formes lisses et aérodynamiques du croiseur. A la différence de celui-ci, les vaisseaux de sa flotte avaient étaient assemblés dans des chantiers orbitaux et n’avaient aucun besoin d’atterrir ou de décoller d’une base planétaire. Leur esthétique d’aspect anarchique était donc radicalement différente de ces beaux engins fuselés. A ce simple détail, Paul mesura une nouvelle fois le gouffre culturel qui séparait les spatiaux des planétaires…

Au fond du hangar un escalier métallique, conduisait à une pièce vitrée permettant d’avoir une vue d’ensemble du hangar. Plus encore que dans le reste du bâtiment, régnait ici des odeurs de cambouis, de métal chaud et de carburant. Au fond de la pièce, surveillé par deux soldats janusiens, un homme était assis, recroquevillé sur une chaise ; la tête dans les mains. A … voir description physique … Paul reconnut immédiatement Milov Ezérian.

A sa droite un officier bedonnant, engoncé dans un uniforme de cérémonie qu’il n’avait pas du porter depuis longtemps, s’approcha raidement des nouveaux arrivants et s’adressa au Gouverneur figé dans un salut impeccable :
- Madame le Gouverneur, je suis le Colonel Adaliaz, commandant de cette base et je tenais à vous dire…
Paul l’interrompit vivement
- Mme le gouverneur entendra vos excuses et vos justifications plus tard. En attendant taisez-vous !
Puis il se planta face à Milov, qui toujours assis sur sa chaise, regardait fixement ses chaussures :
- Debout Milov, immédiatement !
Une jeune femme, qui se tenait jusqu’à présent en retrait fit un pas en avant et dit d’une voix timide :
- Pardonnez-moi, Monsieur, je suis le médecin qui a examiné cet homme. Il a été fortement drogué et reste encore très faible.
Paul d’Estel la fusilla du regard ce qui eut pour effet de la rendre plus pâle encore, puis il reporta à nouveau son attention sur Milov
- Restez assis si cela vous chante, mais dites-moi ce qui est arrivé à ma sœur
Milov, mit plusieurs secondes à répondre d’une voix pâteuse :
- Je suis désolé, tellement désolé… je ne me souviens…. pratiquement de rien. On est sorti de ce restaurant, après tout est flou ; le glisseur, plusieurs hommes armés. Je ne sais plus, ils m’ont fait une piqûre, j’ai perdu connaissance… Ce sont les vibrations qui m’ont réveillé
- Quelles vibrations ?
- C’était terrible, j’étais enfermé dans le noir, ça sentait l’ammoniac et tout vibrait, comme un tremblement de terre… Ann ! Où est-elle, vous l’avez retrouvé ?
- J’espérais que vous pourriez m’aider à le savoir. Les vibrations qui vous ont fait reprendre connaissance, ont été provoquées par des croiseurs de combats qui décollaient de cette base.
- Des croiseurs ?
- Oui, douze croiseurs ont pris l’air quelques heures seulement après votre enlèvement, en obéissant apparemment aux ordres d’un ministre janusien.
Paul se retourna brièvement vers le colonel Adaliaz et le Gouverneur et poursuivit
- Après nous devrons avoir une conversation des plus sérieuses sur les responsabilités de ce drame.
Milov s’accrocha au bras de l’Estel, se leva péniblement et riva son regard bleu dans les yeux du jeune commandant de la flotte.
- Que s’est-il passé ?
- Nous avons intercepté, la formation hostile, et nous l’avons détruite.
La voix de Milov tremblait lorsqu’il reprit :
- Et vous pensez qu’Ann …
- Se trouvait à bord de l’un de ces croiseurs ? Non, je ne le pense pas, Milov. Mais ce n’est guère mieux, il y avait un treizième navire. Vous savez, ce fameux vaisseau venant de je ne sais quelle galaxie pour nous envahir. Et bien figurez-vous qu’il n’a pas décollé de l’autre bout de l’univers, mais de la surface même de Janus !
- Et Ann…
- Cette fois vous pensez bien. Je suis persuadé qu’elle était à bord.
Milov tremblait sur ses jambes et s’agrippait à la cuirasse de combat de Paul d’Estel pour demeurer debout.
- Ce vaisseau, vous l’avez détruit ?
- Bien sur que non ! Nous avons essayé de l’intercepter, mais il nous a filé entre les doigts au dernier moment. Comme d’habitude, ajouta t-il avec dépit.
Paul poursuivit en hurlant :
- Que me cachez Milov ? Vous débarquez dans ma famille, soi disant envoyé par le Conseil de l’Union, porteur de théories farfelue sur ce maudit navire fantôme et voyez ce qui se passe aujourd’hui ! Pourquoi ?! Parlez, Milov, parlez !
Milov se laissa lourdement retomber sur sa chaise :
- Je n’en sais rien, je vous le jure. J’ai accompli en toute bonne foi, la mission que mes supérieurs m’ont confiée. Je n’y comprends rien…

Le Colonel Adaliaz tenta à nouveau de reprendre la parole :
- Madame le Gouverneur, Commandant, si vous me permettez…
Paul l’interrompit vivement :
- Je vous ai dit de vous taire, Colonel. Nous aurons l’occasion plus tard de parler de votre incompétence et de l’attitude de vos officiers navigants…
Cette fois, ce fut le gouverneur Jezora qui intervint avec autorité :
- Monsieur, nous compatissons à la disparition de votre sœur, mais nous voulons tout autant que vous faire la lumière sur ce qui s’est passé. Il n’est pas question de nier nos responsabilités, mais n’oubliez tout de même pas que la grande majorité des personnels navigants des douze croiseurs abattus par votre flotte, n’étaient ni des lâches, ni des traîtres. Ils ont obéi jusqu’à la mort à des ordres qu’ils devaient penser légitimes, et eux aussi laissent derrière eux des frères et des soeurs. Nous sommes dans cette affaire, tout aussi éplorés que vous pouvez l’être, et nous recherchons la même vérité. Maintenant si vous voulez bien écouter quelques instants le colonel Adaliaz. Il me semble qu’il cherche à nous communiquer des informations qui pourraient être importantes.
Le colonel, rouge et transpirant, profita du silence surpris de Paul d’Estel :
- Lorsque notre personnel de maintenance a découvert cet homme, il était encore inconscient et ceci se trouvait à ses cotés.
Le commandant de la base sortit de l’intérieur de sa veste une enveloppe blanche, sur laquelle un seul mot manuscrit figurait : « Estel »
Paul tendit la main pour s’en saisir, mais le Colonel Adaliaz se tourna d’abord vers le Gouverneur de Janus :
- Que dois-je en faire Madame ?
Le Capitaine Prial posa la main sur la crosse de son arme de poing et fit mine d’avancer. Les soldats de l’Estel et ceux de la base se faisaient face, quelques-uns dans le bureau, la plupart dans les escaliers et dans le hangar. La moindre étincelle mettrait le feu aux poudres et engendrerait un véritable bain de sang.
Iliam Jezora demeura aussi calme que la situation le lui permettait et sourit à Paul :
- Il me semble que cela est pour vous.
Puis s’adressant à son officier :
- Colonel, veuillez remettre cette enveloppe à son destinataire.

Paul la prit vivement des mains du colonel Adaliaz, déchira le papier et en sortit une feuille qu’il déplia vivement. Au bout d’une minute qui sembla durer une éternité, il replia le document et transperça le Colonel Adaliaz d’un regard ou la colère et le chagrin semblaient se disputer.
- Colonel, que s’est-il passé ici ?
Adaliaz, tourna à nouveau la tête vers le Gouverneur, réclamant son assentiment.
- Vous pouvez parler librement, Colonel, nous avons tous besoin de connaître la vérité.
- Bien Madame. Le Ministre Elézard est venu ici dans le cadre d’un exercice de défense qu’il avait programmé hier en nous demandant d’en conserver le secret ; il souhaitait tester la réactivité de nos équipages en cas d’attaque surprise de notre planète. Il a lui-même choisi le nom des officiers devant commander les navires, s’est rapidement entretenu avec eux dans une salle de briefing. Peu avant le commencement de l’exercice, j’ai souhaité lui faire part de quelques observations, mais il était introuvable. Comme il avait bien insisté sur le minutage, nous avons fait procéder aux décollages à l’horaire prévu. Quelques minutes après, alors que les croiseurs étaient déjà hauts dans l’atmosphère, nous avons vu sur les radars un treizième vaisseau se joindre à nos croiseurs; nous ignorons d’où il a décollé, mais vu sa faible masse, cela peut-être de quasiment n’importe où, à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde. Ensuite, nous avons repéré les modifications de comportement d’une escadre de combat de l’Estel qui semblait se mettre sur une trajectoire d’interception. Cela nous a surpris, le ministre nous ayant affirmé que l’Estel était au courant de ces manœuvres. Lorsque nous avons tenté de contacter nos croiseurs pour obtenir des explications à la présence du treizième vaisseau et pour leur demander de cesser l’exercice et de rentrer à la base avant le contact avec l’Estel, nous n’avons obtenu aucune réponse. Nous pensons que les systèmes de communications ont été volontairement occultés. Vous connaissez la suite…
- Nous ne la connaissons même que trop bien, conclut Paul.
- Votre sœur… ? hasarda le Gouverneur
- … se trouvait bel et bien à bord du treizième vaisseau, comme je l’ai soupçonné lorsque vous m’avez appris que cet homme, il montra Milov d’un geste du menton, était ici.
-
L’envoyé du Conseil de l’union se leva en s’appuyant sur le rebord d’une table et dit :
- Ann, nous devons la retrouver ! Je vous en prie, nous devons retrouver votre sœur !
- Ne comprenez vous donc pas qu’elle est perdue ? Si par chance nous la retrouvions un jour, avec les décalages temporels de nos vols hyperluminiques, quel âge aurait-elle ? Et il est même très probable qu’elle ne soit plus en vie.
- Vous ne pouvez pas abandonner comme cela ! Il doit y avoir un moyen…
- Vous savez très bien que je ferai tout ce qui en mon pouvoir pour retrouver ma sœur et si pour une fois vous avez une bonne idée, Milov, c’est le moment de nous en faire part.
- Et cette lettre ?
Paul marqua un instant d’hésitation et reprit :
- Nous en parlerons plus tard.
Puis s’adressant au gouverneur Jezora :
- Madame, nous allons regagner notre flotte le plus rapidement possible et vous laisser ici. Je suis sur que vous avez beaucoup de choses à mettre au point avec votre hiérarchie militaire. Mais nous n’en avons pas fini pour autant. Je vous demande d’enquêter avec tous les moyens dont vous disposez sur cette affaire ; je veux tout savoir sur votre ministre, sur son passé et sur ces relations. Il disposait à l’évidence de nombreux complices et tous ne sont pas partis en fumés dans la bataille…
- Nous ferons le nécessaire pour éclaircir rapidement tous ces points, mais je me dois moi aussi de vous interroger sur cette lettre ; je présume qu’elle contient des éléments susceptibles de nous donner des pistes…
Paul hésita de longues secondes, le regard rivé à cette femme qu’il connaissait à peine, mais à qui il était finalement parvenu à faire confiance.
- En effet. Lorsque j’aurais rejoint mon bord, je me mettrai en contact avec vous sur une ligne sécurisée et je vous donnerais des précisions.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:15

Chapitre 6

« Nous vous attendrons avec votre sœur, sur la lune de Dénéria. Pour elle, les jours qui passeront, seront des mois, ne la faites pas trop attendre »

Suivait une signature manuscrite dans laquelle on pouvait deviner le nom d’Elézard et juste à sa droite un dessin stylisé représentant un bâtiment carré, encadré de deux colonnes et surmonté d’un chapiteau triangulaire.

- Et c’est tout ? demanda Milov, les yeux écarquillés.

Paul d’Estel qui avait longuement hésité à convier Milov au cercle restreint des officiers présents dans sa cabine, prit tout son temps pour répondre en détachant bien les syllabes :
- Oui, c’est tout…
- Mais qui sont-ils donc ? Cette figure en bas à droite me rappelle quelque chose.
- Elle vous rappelle sans aucun doute les cours d’Histoire de votre université terrienne. Pour vous et les vôtres ce sont déjà des évènements anciens, pour nous c’était hier. Faites donc un effort Milov…
Celui-ci fronçait les sourcils au dessus de la lettre qu’il tenait à bout de bras, comme si cela pouvait l’aider à retrouver le souvenir fugace qui lui avait traversé l’esprit. Puis au bout de quelques instants , il bredouilla :
- C’est … c’est le symbole du Temple ? les frères du temps… C’est bien cela.
Levant la tête, il parcourut la cabine du regard et comprit aux regards fermés des officiers, qu’il avait vu juste. Le Capitaine Priam, qui était resté debout, appuyé contre une cloison, avait les mâchoires serrées, les yeux perdus dans des souvenirs qui semblaient revenir le torturer. Ce fut finalement Paul qui reprit la parole :
- Oui les frères du temps, ou le Temple, c’est comme vous voulez. Toujours est-il qu’ils sont de retour…
- Mais je croyais que la secte avait été éradiquée suite à une bataille spatiale à … Ossine ? Austin ?
Prial desserra les lèvres et sans que son expression, ni son regard ne change le moins du monde, il prononça :
- Ho’sin, c’était à Ho’sin…
- Pardonnez moi Capitaine, mais vous y étiez ? Cela me semble si vieux, enfin je veux dire.
La bouche de Prial se tordit en un simulacre de sourire qui accentua les rides de son visage :
- Et oui, je ne suis plus tout jeune et j’ai passé bien plus de temps dans un vaisseau filant plus vite que la lumière, que les deux pieds sur une planète. Et j’étais bien à Ho’sin, oh oui j’y étais…
- Que s’est-il passé ?
Le vieil officier regarda l’Estel pour quémander son approbation. Celui-ci inclina la tête en signe d’approbation et Prial reprit.
- L’année 3002, temps terrestre de référence, cela vous dit quelque chose jeune homme ?
- La loi sur l’interdiction des religions ?
- Exactement. Pendant la seconde moitié du troisième millénaire les grandes de guerres de religions ont embrasé l’humanité, détruit nombreuses de nos jeunes colonies et mené la population terrienne, elle-même, au bord de l’extinction. En 3002, le tout jeune Conseil de l’Union a fait voter cette loi d’interdiction stricte des religions et de toute forme de « croyance non avérée par des faits scientifiques ». Toutes les familles spatiales qui s’étaient peu à peu constituées autour de leur flotte de navires ont signé une charte avec le Conseil en s’engageant à faire respecter cette loi partout dans la Galaxie. Et c’est ce que nous avons fait…
- Toutes les anciennes grandes religions ont peu à peu disparu, mais une nouvelle Eglise est apparue sur leurs ruines et a rassemblé, ou plutôt aggloméré certains de leurs anciens fidèles…
- Exactement. Ils se nommèrent les frères du Temps et leur secte fût dénommée le Temple. Leur hiérarchie était secrète, ils bénéficiaient de réseaux occultes implantés sur presque tous les mondes connus. Il a fallu dénouer l’écheveau centimètre par centimètre, mais peu à peu les efforts conjugués du pouvoir central de l’Union, des gouvernements locaux et des familles spatiales en sont venus à bout. Il y’a maintenant près de cent cinquante ans, leurs derniers adeptes se sont regroupés sur un immense vaisseau, qu’ils avaient dénommé l’Arche et qui était en vérité une puissante forteresse spatiale. L’Estel et deux autres familles de moindre taille et qui se trouvaient toutes dans le secteur galactique ou l’Arche avait été repérée, se sont alliées et ont attaqué la forteresse. Elle était fortement défendue, mais nous avons fini par submerger ses systèmes de défense et nous avons donné l’assaut, une horrible boucherie, puis nous avons fait sauter l’épave…
- Pourquoi ne pas l’avoir simplement détruite avec les armes de vos vaisseaux ?
Prial marqua un temps d’hésitation puis finit par répondre :
- Telle fut la décision de l’Estel, nous avons suivi ses ordres.

Milov, se retourna vers Paul :
- Votre père ?
- Oui, c’est lui qui avait alors cette charge. Nous n’étions alors avec Ann que de jeunes enfants, mais ce sont sans doute les pires moments dont je me souvienne. Ne me demandez pas ce que j’aurais fait à la place de mon père, je l’ignore. Toujours est-il que la bataille d’Ho’sin était censé avoir marqué la fin du Temple. A priori nous nous sommes trompés et il faudra dire à vos amis de l’Union de réviser leurs livres d’Histoire. Maintenant Milov, je vous repose la question, il faut que vous me disiez à quoi rimait votre stupide mission et la soi-disant origine extra galactique de ce vaisseau.
- Je ne peux vous apporter aucune autre réponse que celle que je vous ai déjà donnée. Le Conseil de l’Union a demandé des volontaires pour embarquer en tant qu’émissaires à bord des vaisseaux amiral des principales familles de la Galaxie. Quant aux informations qu’ils nous ont chargé de vous communiquer, je suis incapable de vous dire si ma hiérarchie a agit de bonne foi, a été manipulé ou nous a tous volontairement induit en erreur…
- Pourquoi auraient-il fait ça ?
- Je l’ignore complètement et je ne peux que vous assurer à nouveau de ma propre sincérité et de ma volonté de tout mettre en œuvre pour retrouver Ann
- Pour l’instant je devrais me contenter de ça ; mais si vous m’avez trompé volontairement d’une façon ou d’une autre ou si je découvre que vous déteniez des informations que vous nous avez cachées, je vous balance dans un sas sans autre forme de procés…
- C’est bien compris Commandant, mais je ne vous cache rien. Et pour Ann, que comptez vous faire ?
- Tant que nous n’allumons pas nos propulseurs hyperluminiques, nos demeurons sur le même plan de réalité temporelle qu’elle.
- Cela ne résout pas le problème !
- Non, mais avant de prendre la moindre décision, je veux avoir toutes les informations sur ce qui s’est passé sur Janus IV. Où était caché le treizième vaisseau, qui étaient les complices d’Elézard et que savent-ils des technologies mises en oeuvre, de quels soutiens bénéficiaient-ils. Jhésom, je vous vois trépigner depuis tout à l’heure, vous avez une remarque à faire ?
- Oui, Monsieur. Dénéria se situe à guère plus de cinquante années lumière de notre position. J’ai soumis les données à nos systèmes de calcul et je suis persuadé que vous avez fait de même. Compte tenu de cette distance relativement courte, statistiquement nous pouvons espérer limiter le décalage temporel à quelques années tout au plus. Cela ne vaut-il pas la peine ?
- C’est justement cela qui m’inquiète, Jhésom…
- Mais pourquoi !? Ann est encore fort jeune, deux ou trois années de décalage ne remettraient pas vraiment en cause son unité avec la famille…
Ce fut Milov qui lui apporta la réponse :
- Je pense que l’Estel a peur que cela soit un piège ou tout au moins un jeu cruel. Lorsque nous arriverons en vue de la lune de Dénéria, sans savoir vraiment où les chercher, ils auront tout le temps d’en décoller ; d’où peut être aussi le choix d’une lune comportant une force d’attraction plus faible que la planète mère du système. Ensuite ils sauteront dans l’hyperespace comme ils l’ont fait et le « jeu » continuera.
- Bravo Milov, reprit Paul, vous êtes plutôt futé pour un rampant. Si le point de rendez-vous avait été situé à l’autre bout de la Galaxie, ils auraient anéanti nos espoirs d’un seul coup et nous ne nous serions pas déplacés. Il s’agit d’une vengeance contre notre famille, Jhésom, ils veulent nous faire souffrir le plus longtemps possible. D’un autre coté cela nous permet d’espérer qu’ils conserveront Ann en vie.
Jhésom quelque peu blessé dans son orgueil dit d’un ton sec :
- donc on attend !
- Toutes les idées et suggestions doivent être étudiées, poursuivit Paul, c’est pour cela que je vous ai réuni. Je vous écoute…
Un silence pesant se prolongea autour de la table de réunion ; la plupart des participants, avaient le regard baissé et semblait admirer les veines de l’épais plateau d’acajou, une espèce depuis longtemps disparue, vestige des vieilles forêts de la Terre.
- J’ai peut-être une suggestion, Monsieur.
Dit une femme officier sur un ton extrêmement martial.
Intimidée par la situation, elle avait mal contrôlé sa voix qui fait l’effet d’un coup de tonnerre dans cette pièce qui avait été plusieurs minutes dans un long et profond silence.
Tous les regards, et notamment celui de l’Estel qui marqua son assentiment, se tournèrent vivement vers elle et quelque peu gênée, elle poursuivit un ton plus bas :
- Mais mon idée risque de ne pas vous plaire. C’est contraire… Elle s’interrompit
- Nous vous écoutons Capitaine Amilia, reprit Paul. J’ai dit toutes les idées, alors allez-y, sans inquiétude.
- D’accord, merci Monsieur. Si vous avez vu juste et je reconnais que vos hypothèses sont plausibles, les ravisseurs vont devoir attendre dans le système de Dénéria, pendant un temps indéterminé et surveiller l’émergence de notre flotte. Quel que soit notre point d’émergence, quelle que soit la vivacité de nos manœuvres d’approche, il est en effet probable qu’ils auront de nouveau tout loisir de se glisser entre les mailles du filet. Nous savons désormais que leur vitesse n’a pas besoin d’être très importante pour leur permettre de sauter ; à priori il suffit qu’ils soient assez éloignés de l’attraction planétaire. Il y a un autre point qui m’inquiète : Nous vous attendrons, sur la lune de Dénéria ; Or le système de Dénéria comporte en réalité trois lunes. La première, celle à laquelle nous avons tous pensé, abrite une petite colonie et les deux autres qui sont beaucoup plus inhospitalières, abritent d’importantes exploitations minières. En réalité nous ignorons à quelle lune ils font allusion et cela diminuera encore nos chances de réussite.

Le commandant Jhésom qui s’impatientait lui coupa la parole :
- Nous savons tout cela, Amilia, et on tourne en rond. D’autant plus qu’à ce compte là, ils peuvent être assez vicieux pour nous orienter vers une des lunes du système et nous attendre confortablement sur Dénéria, la planète mère.
- Oui Commandant, et ils peuvent aussi aller plus loin et abattre Ann, juste sous nos yeux, poursuivit-elle. Bref, une approche en force de la flotte n’a aucune chance d’aboutir. Il nous faut agir plus discrètement.
Cette fois, ce fut un autre officier qui intervint :
- Quelle que soit la discrétion dont nous ferons preuve, l’émergence d’une flotte comme la nôtre ne passe pas inaperçue !
- C’est pour cela que je propose de n’envoyer qu’un seul vaisseau, de taille modeste, équipé de nos meilleurs équipements furtifs et…
Ce fut autour de la table, un brouhaha dominé par l’indignation. La voix de Jhésom se fit à nouveau entendre :
- Vous n’avez pas trouvé de meilleure idée que de nous proposer de rompre l’unité de notre famille ! C’est contraire…
- … A tous nos principes. C’est exactement ce que j’ai voulu dire tout à l’heure en introduisant mon propos. Mais j’ai une idée pour limiter le risque et garder au mieux l’unité de la famille. Notre flotte quittera Janus et accélèrera au maximum de ses capacités pour franchir le seuil hyperluminique le plus vite possible, mais au lieu de calculer notre freinage pour repasser en subluminique à proximité de Dénéria, nous ferons en sorte de ralentir plus tôt.
- Vous voudriez que l’on s’arrête en plein espace intersidéral ?
- Oui, à environ un ou deux mois lumière de Dénéria. Ainsi même si un instrument de mesure était braqué juste au bon endroit, l’information mettrait ce même délai à parvenir aux observateurs. La flotte terminera son voyage en demeurant le plus près possible du seuil luminique.
- Cela signifie, reprit Jhésom, que nous devrons nous traîner dans l’espace profond, durant plusieurs mois, comme le faisait les astronautes terriens avant que l’on invente les moteurs Woo ?
- Absolument. A moins Commandant Jhésom, que vous ne soyez volontaire pour faire partie de l’équipage qui poursuivra sa route normalement et tentera d’aborder discrètement le système de Dénéria. En procédant ainsi le décalage temporel entre cet équipage et le reste de la flotte demeurera acceptable et le délai de route du gros de la flotte nous laissera, espérons le, assez de temps pour obtenir des informations.
Jhésom allait répliquer, mais Paul ne lui en laissa pas le temps.
- Bien, maintenant que vous êtes au courant de la situation vous allez pouvoir y réfléchir et si vous avez d’autres propositions à faire, nous les étudierons. Maintenant, je vais vous demander de me laisser, le Gouverneur de Janus m’a fait savoir qu’elle avait des informations et je souhaite prendre contact rapidement. Regagnez tous vos navires, et préparez les. La flotte doit être en mesure de quitter Janus au plus tôt. Capitaine Amilia, restez encore un peu à bord de l’Estel. Lorsque j’aurai terminé ma conversation avec Janus, j’aimerai que l’on étudie ensemble votre proposition. Elle est loin d’être parfaite, mais c’est bien la seule chose constructive que j’ai entendu…

Lorsque tous les officiers furent sortis, Paul verrouilla sa porte, se retourna vers le bloc holographique et demanda à être mis en contact avec le Palais du Gouverneur de Janus.
Quelques instants plus tard, l’image d’Iliam Jezora se tenait face à lui. Elle était assise derrière son bureau, là où Paul l’avait rencontrée, mais elle semblait plus petite, non pas en raison d’un défaut de l’hologramme, mais en raison de sa position. Elle était tassée dans son siège et son visage montrait fatigue et lassitude. Paul se rappela alors qu’il n’avait pas dormi depuis de très longues heures et supposa que malgré les années en moins, son apparence devait être semblable à celle du Gouverneur. Il vérifia rapidement que la transmission était sécurisée comme il l’avait demandé à son officier en charge des transmission et prit la parole :
- Vous avez essayé de me joindre, avez-vous des nouvelles pour moi ?
- Oui, mais sachez tout d’abord, que c’est peut être une des dernières fois que nous avons l’occasion de nous entretenir ensemble. Les évènements récents ont fait beaucoup de vague dans notre petit monde et le Sénat de Janus est en train de me pousser à la démission. Et comme je ne peux malheureusement pas leur donner tort, je vais devoir m’exécuter…
- Vous m’en voyez désolé, vous n’êtes pourtant pas directement responsable de ce qui est arrivé.
- Certes non, mais l’un de mes ministres est manifestement impliqué jusqu’au cou, dans un enlèvement crapuleux, une mutinerie et enfin la perte de douze croiseurs de combats et de la totalité de leurs équipage. En politique, je suis donc presque aussi coupable que lui !
- A propos de vos équipages, je n’ai pas eu l’occasion ou la décence de vous en parler lorsque nous étions à terre, mais sachez que je suis profondément désolé de ce qui est arrivé. Nous avons nous même eu à déplorer de nombreuses pertes dans l’attaque de notre cargo, et je comprend ce que vous ressentez. J’ai tout de même une bonne nouvelle à vous annoncer. Nos pilotes ont réussi à extraire vingt-trois de vos hommes des cellules de survie de vos croiseurs les moins endommagé. Nous prodiguons les soins d’urgence à ceux qui en ont besoin et nous vous les renvoyons par navette. Je vais demander à ce que l’on vous communique dès que possible les noms des survivants.
- Soyez en remerciés. Certaines familles vont prochainement recevoir un appel téléphonique qui sera bien plus joyeux que le précédent. Avez-vous également pu récupérer quelques une des dépouilles de ceux qui hélas…
- Récupérer ?
- Et bien oui, je pense qu’il est ainsi plus facile aux familles de faire leur deuil
- Je suis désolé, nous avons pour habitude de rendre nos morts à l’immensité de l’espace…
- Et nous pauvres planétaires avons pour habitude de les enterrer dans la terre où ils ont vécu ! Tant de choses nous séparent commandant...
- J’en suis désolé. Si vous souhaitez envoyer des équipes sur place, je donnerai instruction de vous laisser passer et de vous assister.
- Nous ferons donc ainsi… En ce qui concerne notre enquête, j’ai obtenu des informations qui pourraient vous intéresser. Elezard n’avait pas de famille, cela je le savais, mais ce que j’ignorais c’est que tout son passé est une coquille vide ! Etudes, parcours professionnel, tout était faux ! Vous devez vous étonner qu’un fantôme pareil ait pu devenir ministre de la défense…
- En effet, Madame, je m’étonne.
- Cet homme a bénéficié dès son entrée en politique, de nombreux et puissants soutiens, notamment au Sénat et dans l’armée, probablement tous complices ou corrompus. Nous sommes face au plus grand scandale politique qu’ait jamais connu notre monde et nous allons sûrement mettre des années à séparer le vrai du faux et à faire payer les responsables.
- Que vient faire le Temple dans cette affaire ?
Iliam Jezora eut l’air passablement troublé à l’évocation de la secte…
- Le Temple ? Pourquoi me parlez vous d’eux ?
- Ah c’est vrai, je ne voulais pas vous en parler en public. La lettre trouvée aux cotés de Milov était signée de la main de votre ministre et comportait le dessin d’un bâtiment stylisé, emblème du Temple. Qu’en pensez-vous ?
Le gouverneur de Janus IV, semblait encore plus tassée dans son fauteuil qu’au début de l’entretien :
- J’en pense que cela pourrait expliquer beaucoup de choses.
- A savoir ?
- Je ne peux rien vous dire de plus pour l’instant, mais… Oh et puis après tout d’ici deux ou trois jours j’aurai démissionné ou je me serai faite débarquer de mon poste, alors allons y. Par contre vous devez me promettre de me laisser vingt quatre heures avant d’utiliser d’une quelconque façon les quelques informations que je vais vous donner.
Paul n’hésita pas longtemps, le gouverneur lui semblait jouer franc-jeu avec lui :
- Vous avez ma parole et elle engage toute la famille de l’Estel…
- Bien. Ce que je vais vous dire pourrait me coûter beaucoup plus cher qu’une simple révocation de mon poste de Gouverneur, mais j’en suis arrivée à vous faire confiance. Contrairement à ce que croient ces vieux fossiles du Conseil de l’Union, le Temple n’a pas été complètement éradiqué suite à la bataille d’Ho’sin. Quant aux spatiaux, pardonnez moi, mais les familles ne s’intéressent qu’à leur monde clos et les échanges avec eux se limitent au commerce et au tourisme d’escale ; nos planètes pourraient se mettre à tourner à l’envers pas un de vous ne s’en rendrait compte ! Il se trouve que certaines planètes ont plus ou moins fermé les oreilles sur les bruits et les rumeurs disant que la secte perdurait.
- C’est une grave infraction à la loi de 3002 !
- Jusqu’à présent je pensais qu’il ne s’agissait que de quelques hurluberlus qui assouvissaient là leur penchant nostalgique. Il n’y avait aucun agissement manifeste, aucun activisme, et les gouvernements successifs de Janus pourront toujours dire qu’ils n’ont rien vu et aucun d’entre eux n’a eu de collusion avec la secte.
- Jusqu’à ce jour, Madame le Gouverneur, jusqu’à ce jour !
- En effet. Avec ce que vous m’avez appris, les pièce du puzzle se mettent en place. J’ai cru comprendre que votre famille avait pris une part prépondérante dans la destruction de la forteresse spatiale d’Ho’sin. Il s’agirait donc d’une vulgaire vengeance envers vous ?
- Cela y ressemble en effet.
- Mais quel organisation aurait consacré tant d’effort pour infiltrer un gouvernement, pour en perdre tout le bénéfice, uniquement pour assouvir une vengeance !?
- Des fanatiques, tels que les frères du Temps, Madame. Par le passé leurs semblables ont mené l’humanité au bord du gouffre ; ils vivent au delà de toute logique ; c’est bien pour cette raison qu’il ne faut ni chercher à les raisonner, ni accepter leur présence ; juste les combattre…
- Et être ainsi aussi fanatiques qu’eux ?
- Si nous en revenions à l’enlèvement de ma sœur.
- Vous avez raison, vous ne m’avez pas appelé pour un débat philosophique. J’ai une proposition à vous faire, mais j’aurai pour cela besoin d’une autre promesse.
- Ne me faites pas attendre, de quoi s’agit-il ?
- Lorsque je couperai cette communication, une malheureuse erreur de manipulation vous rendra destinataire d’un fichier comprenant les noms et coordonnées des principaux soutiens qui ont porté Elézard jusqu’à son bureau au ministère. Vous aurez quelques heures d’avance sur la commission d’enquête sénatoriale qui va se charger de gérer l’affaire et le scandale qui en découlera inévitablement. Ces gens, qui pour la plupart font partie de nos élites, sont probablement reliés d’une façon ou d’une autre à la secte des frères du Temps. Ils auront certainement des informations qui vous intéresseront.
- Pourquoi faites-vous cela ?
- Parce que j’ai été manipulé et piégé par cette crapule d’Elézard ; parce que cela me coûte mon poste et surtout parce que j’ai tenu à participer personnellement à l’équipe chargée de téléphoner aux familles de nos équipages présumés morts au combat. Cette dernière raison vous suffit-elle ?
Paul se contenta de hocher la tête et reprit
- Et quelle promesse souhaitez-vous m’extorquer ?
- Il y’en a plusieurs en vérité. Vous devez me promettre de ne pas révéler vos sources, je veux bien être virée, mais je ne veux pas finir mes jours en prison.
- Ne vous inquiétez pas pour cela. Ensuite ?
- Ensuite, vous devez me promettre d’interroger ces gens sans porter atteinte à leur intégrité physique…
- Nous ne sommes pas des barbares, Madame. Autre chose ?
- Et enfin vous devez me promettre de les libérer à l’issue de leur interrogatoire afin qu’ils soient à la disposition de la justice de Janus.
- S’ils sont reconnus coupables d’appartenance à une secte religieuse, la loi est formelle…
- J’enfreindrai au moins une dizaine de lois pour vous livrer ces informations ; vous pouvez bien faire de même.
- Vous m’en demandez beaucoup.
- C’est à prendre ou à laisser. Ai-je une nouvelle fois votre parole ?
Paul soupira, puis résigné il donna son assentiment à cette dernière condition, salua le gouverneur et coupa la communication. Comme convenu, quelques instants plus tard, l’Estel recevait une liste émanant d’une source inconnue, sur laquelle figurait une dizaine de noms.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:15

Chapitre 7

En sortant du Sénat, Jeffrez Bïal aimait se promener dans le parc du Centenaire avant de regagner
son domicile. La capitale de Janus, qui était en réalité la seule ville d’importance et portait de fait le
même nom que sa planète, était située sur l’équateur et bénéficiait d’un climat idéal. Jeffrez Bïal appréciait tout particulièrement ces débuts d’été où les allées sinueuses du parc se perdaient entre les massifs de fleurs. Il aimait marcher doucement pour rompre radicalement avec les rythmes infernaux de la fourmilière inhumaine qu’était devenu le Sénat et ne manquait jamais de s’arrêter quelques minutes pour admirer la roseraie. Les fleurs natives de sa planète étaient certes belles, mais aucune ne pouvaient rivaliser olfactivement avec la délicatesse de ces splendides roses importées directement de la Terre bien des années auparavant.
Penché au dessus d’une clôture ouvragée, il avait le nez plongé dans une rose orangée dont il guettait la floraison depuis plusieurs jours, lorsqu’il ressentit une douleur fugace dans l’épaule gauche. Il envoya la main furieux contre l’insecte qui avait dû s’introduire sous sa veste, mais n’acheva pas son geste.
- cible atteinte, murmura le tireur embusqué dans un bosquet, tout en rangeant soigneusement son arme dans une mallette.
Quelques instants plus tard, le corps inanimé était hélitreuillé à bord d’une navette légère qui avait plongé droit sur le parc dès la réception du signal.

Lorsqu’il reprit connaissance, le premier réflexe de Jeffrez Bïal fut d’essayer d’achever son geste et de se gratter l’omoplate ; mais il comprit bien vite que ses mains étaient entravées et dut cligner plusieurs fois des yeux pour éclaircir sa vision et avoir une petite idée de ce qui lui était arrivé. Entièrement peinte en blanc, la pièce dans laquelle il se trouvait, lui fit penser à une chambre d’hôpital, à la grande différence qu’il n’était pas allongé sur un lit mais assis dans un fauteuil, les bras, les jambes et la tête étroitement sanglés ne lui permettaient de faire aucun mouvement. Un homme vêtu d’un treillis noir barré de deux diagonales blanches, manifestement un soldat se tenait debout face à lui.
- Que m’est-il arrivé ? Où suis-je ? articula péniblement Jeffrez Bïal.
Le soldat baissa son regard vers lui et sans prendre la peine de lui répondre, il fit demi-tour et sortit de la pièce. Quelques minutes plus tard, deux autres hommes également vêtus de noir, mais dans des uniformes que Bïal supposa être ceux d’officiers firent leur entrée. Le plus jeune des deux prit la parole :
- Vous voici enfin réveillé…
- Qui êtes-vous ?
- Je suis l’Estel, commandant de cette flotte et voici le Capitaine Prial, mon officier en charge de la sécurité.
- Depuis quand les spatiens débarquent-ils sur des planètes pour y enlever un élu du peuple ?
- Et depuis quand les janusiens élisent-ils sénateurs, des Frères du Temps ? Paul avait parfaitement conscience de bluffer, mais l’espace d’un instant il vit de la surprise, puis de la peur sur le visage et dans les yeux de l’homme qui lui faisait face. « de la peur, mais pas de l’indignation ! », se redit-il à lui même…
- Quelle est donc cette mauvaise plaisanterie ? Vous n’avez pas le droit de vous comporter ainsi et de me retenir ici plus longtemps. Lorsque le gouvernement janusien sera informé…
- Votre gouvernement ne fera rien. Vous êtes à bord du vaisseau amiral de notre flotte, vos forces spatiales n’ont pas les moyens d’intervenir et vous avez déjà perdus assez de croiseurs comme cela.
Paul choisi de poursuivre son bluff
- Quant à votre appartenance au Temple, il serait vain de le nier, nous avons découvert une liste appartenant à votre frère Elézard et également arrêté tous ceux qui y figuraient. Certains commencent à se montrer très coopératifs.
- C’est ridicule…
- Ne soyez pas stupide. Si nous appliquions la loi de façon ferme nous vous jugerions et vous seriez condamné à mort. Il se trouve que vous avez beaucoup de chance, nous n’avons pas assez de temps pour faire tout cela et nous laisserons la justice janusienne faire ce qu’elle jugera utile. Et comme j’ai cru comprendre qu’un certain laxisme s’était installé sur Janus, vous avez toutes les chances d’échapper au pire.
- Que voulez-vous ?
- Je veux tout savoir sur Elézard.
- Je ne comprend rien à vos histoires ; je ne connais pas cet homme et j’ignore tout du Temple.
- Allons bon, voilà que ça recommence. J’avais cru un instant que vous alliez vous montrer intelligent. Vous connaissez parfaitement Elézard puisque vous faites partie des gens qui ont œuvré durant des années pour favoriser sa carrière politique et l’amener à obtenir un portefeuiile ministériel. Alors laissez-moi vous expliquer les choses plus précisément. Elézard, vous et vos copains du Temple possédez un vaisseau mettant en œuvre des technologies de propulsion entièrement nouvelles. Vous vous êtes servis de ces connaissances pour attaquer et souvent détruire des navires dans plusieurs systèmes stellaires. Ici même à notre arrivée, l’un de nos cargos a explosé sous nos yeux. Savez-vous combien de personnes se trouvaient à bord ? Savez-vous que ce sont des familles entières avec hommes, femmes et enfants qui naviguent sur nos vaisseaux ? Ensuite votre maudit frère a sacrifié de jeunes janusiens, vos concitoyens, vos électeurs devrais-je dire, en les lançant dans une mission suicide contre l’Estel. Et comme si tous ces morts n’étaient pas suffisantes, il a kidnappé ma propre sœur, l’a emmené sur le système de Dénéria et veut probablement jouer avec nous à un jeu morbide… Alors maintenant, si vous pensez que je vais laissez quelqu’un comme vous s’en tirer gratuitement, sans rien obtenir en échange, vous vous trompez !!
- Allez-vous me torturer ?
- Soyez certain, que le capitane Prial, ici présent a toutes les compétences requises. Mais ce sont des méthodes dépassées depuis plusieurs siècles. L’arsenal chimique et la connaissance du cerveau sous imagerie médicale ont quant à eux étonnamment progressés et nous avons largement de quoi vous délier la langue et vous confondre. Par contre les séquelles psychiques sont très fréquentes avec ce genre de méthode et surtout irréversibles. Réfléchissez bien avant de me dire à nouveau que vous ne savez rien. Vous avez du le comprendre, j’ai l’absolu certitude que vous êtes bien un membre de la secte et je n’ai donc aucune raison d’avoir pitié de vous. Que choisissez-vous, Monsieur Bïal ?
- Le Temple est une Eglise non violente et quelles que soient vos méthodes, vous ne parviendrez pas plus à nous abattre aujourd’hui qu’hier.
- A la bonne heure ! Qualifieriez-vous les évènements récents de « non violents »
- Non, bien sur que non ! Mais le Temple n’en est pas responsable.
- Et pourtant Elézard…
- Elézard est un renégat, il a trahi notre confiance.
- Là je ne comprends plus, je pense que nous allons devoir avoir ensemble une longue conversation…
- Serait-il possible que nous ayons cette conversation sans que je sois ficelé de la sorte. Je suis au beau milieu de l’espace, dans un vaisseau grouillant d’hommes armés.
- Si vous consentez à parler autrement que sous la contrainte, je verrais ce qu’il est possible de faire.
- J’y consens, mais je ne le ferais pas pour vous aider. Personne au Temple n’a oublié que l’Estel a été notre pire bourreau.
- Soit, alors pour quelle raison collaboreriez-vous avec nous aussi facilement ? La peur ?
- Dieu me donne plus de courage que vous ne pourrez jamais en avoir ; croyez-vous vraiment que j’ai peur de ce qui pourrait arriver à ma défroque charnelle, quand je sais ce qui m’attend de l’autre coté de la mort ?
L’estel avait les yeux écarquillés et ce fut au bout de plusieurs secondes qu’il finit par répondre ironiquement :
- Nous y voilà ! Je sens que nous allons bien nous entendre. Alors si ce n’est pas pour nous aider, si ce n’est pas pour sauver votre misérable peau, je répète ma question pour quelle raison accepteriez-vous de collaborer ?
- Parce que cela peut servir la mission que m’a directement confié notre Père respecté.
- Qui c’est celui là ?
- C’est notre guide, vous diriez sans doute notre commandant dans votre langage militaire. Mais finalement Monsieur, que savez-vous du Temple ?
- Je sais que le Temple, comme toutes les déviances religieuses, enfreint une des lois les plus fondamentales de l’Union et qu’à ce titre il doit être éradiqué. Et voilà plusieurs générations, l’Estel s’est engagé à faire respecter cette loi.
- Est-ce donc tout ? Je pensais que quelqu’un dont la famille a mis tant d’ardeur à nous combattre, aurait au moins eu l’honnêteté d’en savoir un peu plus sur ses victimes.
- Je sais ce que j’ai besoin de savoir. Vous parliez d’une mission qu’elle est-elle ?
Jeffrez Bïal tira sur les sangles qui le retenaient
- Me détacherez-vous ?

Paul se tourna vers Prial :
- Capitaine, veillez à ce que Monsieur Bïal soit conduit dans une cabine confortable. Confortable mais bien fermée, n’est-ce pas…
- Bien, Monsieur.
- Et puis c’est amusant Prial, vous avez presque le même nom que lui.
Prial jeta un regard furieux vers son commandant.
- Détendez vous Capitaine, c’est seulement un peu d’humour ! En attendant je retourne dans mes quartiers ; cela fait près de vingt-quatre heures que je n’ai pas fermé l‘œil. Et c’est pareil pour vous ; donnez vos ordres et allez vous reposez. Je pressens que nous allons tous devoir être en pleine forme.

Malgré la fatigue, l’Estel eut beaucoup de difficultés à s’endormir. Les images du cargo détruits et de ses débris s’éparpillant dans le vide sans qu’il soit même possible d’en retirer un être vivant, tourbillonnaient dans sa tête. Cela faisait bien longtemps que la flotte n’avait pas perdu un bâtiment et Paul repensa à sa conversation avec Iliam Jezora, le gouverneur de Janus. A défaut de pouvoir enterrer ses morts comme le faisaient les planétaires, il se dit qu’il faudrait bien organiser une sorte de cérémonie en l’hommage de cet équipage. Mais pour l’instant le sort de sa sœur l’inquiétait bien trop pour qu’il puisse s’occuper d’autre chose. Il tournait et retournait dans sa tête les maigres options dont il disposait, puis épuisé, il finit par s’endormir.

Paul dormit près de huit heures et se réveilla reposé et l’esprit clair. Après une rapide douche, il enfila un uniforme qu’il préféra à la simple mais confortable tenu de naviguant qu’il abordait le plus souvent. Puis plutôt que de déjeuner seul dans sa cabine, comme il le faisait souvent, il choisit de se rendre au carré des officiers qui se situait tout près sur le même pont. Le Capitaine Prial était attablé seul devant son café et comme à chaque fois qu’il voyait le vieil officier, Paul eût l’impression d’avoir face à lui un pilier sur lequel il pouvait s’appuyer sans réserve. Prial se leva à l’arrivée de l’Estel, ce dernier lui dit :
- Bonjour Capitaine, puis-je me joindre à vous.
- Je vous en prie Commandant.
Paul attendit qu’on lui eut servi de quoi se restaurer pour entamer la conversation :
- Avez-vous eu le temps de prendre des nouvelles de nos hôtes ?
- Plusieurs de mes hommes se sont relayés pour les interroger. Certains ne savent manifestement rien, ou bien ils ont des nerfs d’acier ; d’autre comme celui que nous avons vu ensemble reconnaissent leurs liens avec le Temple et savent que le ministre en faisait également partie. Par contre, même si tous semblent les condamner, aucun ne semble avoir été informé de ses agissements.
- Et pour le treizième vaisseau ?
- Nos prisonniers ont tous nié en connaître l’existence. Mais les interrogatoires fait avec nos détecteurs de mensonge sont formels. Autant ils sont tous sincères sur les autres sujets, autant certains d’entre eux nous dissimulent des informations.
- Et Jeffrez Bïal ?
- J’allais y venir. C’est le seul qui n’ait pas nié être au courant de l’existence de ce vaisseau, mais il a éludé la question. En fait il ne veut parler qu’à vous.
- Et bien ne le faisons pas attendre. Je finis de déjeuner et j’y vais. De votre coté, faites donc libérer ceux et celles qui semblent n’avoir aucun lien avec la secte ; pour l’instant on garde les autres au chaud…

Paul termina tranquillement son déjeuner, puis sorti du carré des officiers. Il se dirigea vers le plus
proche ascenseur et descendit au quatrième pont. L’ambiance y était bien différente de celle feutrée du pont principal où se situaient les quartiers des officiers et la passerelle de commandement. Ici plus de moquettes au sol, de tableaux et d’appliques lumineuses fixés sur les cloisons . Les coursives étaient métalliques et renvoyaient l’écho sec de ses pas, des tubes lumineux couraient le long des cloisons de plastomère gris. Il se rendit aux quartiers sécurisés qui faisaient office de prison et de salle d’interrogatoire, rendant au passage leur salut aux spatiaux qu’il croisait. Au bout du couloir, le sergent de faction lui ouvrit les lourdes grilles.
Les cabines du quartier de sécurité étaient étroites mais bénéficiaient d’un bon confort. Lorsque la porte s’ouvrit pour laisser entrer Paul et un garde à la carrure dissuasive, Jeffrez Bïal était allongé sur sa couchette et se releva lentement.
- Je vous réveille ? lui demanda le commandant de l’Estel.
- Grâce à vos cerbères, la nuit a été plutôt courte et agitée.
- Rien de grave, j’espère.
- Pas de fers rouges, ni de gégène, si c’est que vous voulez savoir…
- Je viens écouter ce que vous avez à me dire à propos du vaisseau dans lequel Elézard a pris la fuite avec ma sœur.
- Allez-vous me ramener dans votre soi-disant infirmerie pour me rebrancher sur vos fichus détecteurs de mensonge ?
- Pas pour l’instant.
- C’est bien dommage, la jeune fille chargée de m’entourer le corps d’électrodes et de senseurs était plutôt jolie !
- Vous me paraissez bien en forme pour quelqu’un qui a subi une nuit d’interrogatoire ; il faudra que je fasse réviser nos procédures. Ceci dit je ne suis pas venu pour partager votre bonne humeur et vos plaisanteries. Qu’avez-vous à me dire ?
- Nos ingénieurs travaillent depuis très longtemps sur les théories de l’ansible et ses applications pratiques. N’essayez pas de m’extorquer des données techniques, je suis un politique, pas un scientifique et je n’y comprends strictement rien.
- Il semblerait que vos ingénieurs aient abouti…
- En effet, nous avons construit plusieurs vaisseaux expérimentaux. Les premiers ont tous disparu corps et biens, mais ils ont fini par réussir au-delà de toute espérance.
- Si vos espérances consistaient à semer la mort parmi les innocents, vous avez en effet réussi. Mais nous ne devons pas avoir la même définition de ce mot.
- Croyez-moi je regrette chacune des tragédies que vous avez subies, mais Dieu m’en soit témoin, bous êtes bien mal placé pour parler de la sorte ! L’Estel a sur les mains le sang de plus d’innocents qu’aucune autre famille, quant à l’espérance vous et vos semblables vous en êtes dénués en rejetant l’idée de Dieu.
- Lorsque vous aurez fini de pontifier, nous pourrons peut-être revenir à notre sujet. Non ?
Jeffrez Bïal secoua la tête et regarda l’Estel en plissant les paupières. Ses yeux semblaient le transperçer bien mieux que le plus perfectionné des détecteurs de mensonge. Au bout d’un instant il reprit :
- A force de fréquenter le vide de l’espace, vous êtes devenu aussi glacial que lui. Plus je vous écoute, vous et vos certitudes butées, plus je me demande si ce ne sont pas eux qui ont raison…
- Eux ? De qui parlez-vous ?
- Le Temple ne veut de mal à personne, nous voulons simplement qu’on nous laisse vivre notre foi et ce que nous avons toujours voulu. Mais pendant des siècles nous avons été impitoyablement pourchassés. La plupart d’entre nous a continué à vivre dans la non-violence comme l’enseignent nos écritures, mais certains ont hélas choisi une autre voie ; ils ont choisi la haine et la vengeance comme exutoire aux humiliations et aux souffrances endurées par notre communauté. Nous avons longtemps sous-estimé leur nombre, leur influence et leur détermination, mais il y a quelques années les adeptes du « Temple secret », puisque c’est ainsi qu’ils se font appeler ont mis la main sur l’un de nos vaisseaux et sur ses plans de construction. Ils en ont construit des versions armées et ont commencé à attaquer des navires de l’Union, des familles de spatiaux qui nous ont presque toutes combattus, des flottes planétaires où ont eu lieu les pires exactions contre le Temple…
- Pourquoi cette farce jouée par le Conseil de l’Union et voulant faire croire à des vaisseaux extra galactique ?
- J’ai entendu parler de cette version, mais j’en ignore tout. Je ne peux que faire des suppositions comme vous. Je pense que dans un premier temps ils ont voulu éviter qu’on les recherche là où ils étaient et que reprenne la traque contre le Temple, alors ils ont du distiller cette version par leurs contacts au seuil du Conseil. Et le Conseil quant à lui a vu là une occasion de retrouver un semblant d’utilité en se posant comme l’élément central et coordinateur pour protéger la Galaxie de cette pseudo menace.
- Résultat le Conseil de l’Union s’est une nouvelle fois ridiculisé et l’Estel a hérité de Milov…

Paul prit quelques instants pour réfléchir en faisant les cent pas dans l’étroite cabine et poursuivit enfin :
- Pourquoi me dites-vous tout cela aussi facilement ?
- Parce que quelle que soit ma répugnance à accepter une alliance avec nos anciens bourreaux, nos objectifs sont identiques et nous pouvons nous entraider.
- Une alliance !? L’Estel concluant une alliance avec une secte religieuse ? Vous avez perdu la tête ! Et de quels objectifs parlez-vous ?
- Ma hiérarchie m’a confié une mission. Nous savions qu’un vaisseau du Temple Secret opérait dans notre secteur galactique et menait des attaques régulières dans une dizaine de systèmes stellaires. Par recoupements, nous avons conclu que Janus était probablement sa principale base. J’avais pour mission de démasquer nos traîtres et de faire cesser leurs exactions. Je n’ai hélas jamais soupçonné frère Elézard d’en faire partie. En tant que ministre de la défense, il menait pour moi des missions de surveillance de notre espace aérien et de notre système stellaire ; je comprends mieux maintenant pourquoi il a toujours échoué à me rapporter des informations utiles.
- Je vois. Et si vous lui mettez la main dessus, votre soi disant non-violence vous autorise à aller jusqu’où ? Aurez-vous le droit de lui tirer les oreilles.
- Notre Père vénéré en personne m’a donné carte blanche et même si cela me répugne je ferai mon devoir pour laver l’honneur du Temple. Mais jusqu’à présent, je l’avoue, je comptais sur les forces militaires commandées par Elézard, pour intervenir une fois les traîtres démasqués. Aujourd’hui je ne dispose plus d’aucun moyen.
- Donc si je vous suis bien, vous souhaiteriez en quelque sorte que l’Estel soit votre bras armé ! Finalement vous êtes un peu comme Milov et ses prêchi-prêcha pour que ma famille et ma flotte se soumettent à la tutelle du Conseil !
- Réfléchissez, nous avons le même but : arrêtez Elézard. Vous pour venger l’équipage de votre cargo et retrouver votre sœur, moi pour obéir à ma hiérarchie et trancher le rameau infecté de notre vigne…
- Et en quoi pourriez-vous nous être utile ?
- Hier entre deux poses d’électrodes et deux questions idiotes de vos sbires, j’ai eu le temps de réfléchir. Vous m’avez dit, lors de notre première rencontre qu’Elézard avait emmené votre sœur vers Dénéria. Je présume que votre objectif est de vous y rendre le plus vite possible pour délivrer votre sœur ?
- Et le plus vite possible ne suffira probablement pas…
- Le Temple est bien implanté sur Dénéria…
- Ah c’est de mieux en mieux !
- Et l’une des nôtre sur Dénéria a reçu la même mission que moi sur Janus. Elle aura peut-être eu plus de chance ou de talent que moi pour démasquer les traîtres et son aide pourra nous être utile.
- Vous n’avez qu’à nous dire qui elle est et nous prendrons contact avec elle.
- En lui tirant dessus au beau milieu d’un parc public ?
- C’est une méthode rapide et efficace…
- J’en conviens, mais sa collaboration sera plus aisément acquise si je suis présent.
- Avez-vous conscience que quelle que soit votre collaboration ou la sienne, nous sommes tenus d’appliquer la loi de 3002 et que de ce fait vous la mettez en danger de mort ?
- La loi de 3002, bien sûr. Vous êtes fidèle au Conseil de l’Union quels que soient leurs mensonges et leurs manoeuvres contre vous ! Mais qu’importe ! Je vous l’ai dit nous ne craignons pas la mort car elle nous délivre de ce monde et que ce moi ou ma sœur de Dénéria, nous avons reçu une mission de notre père vénéré et je sais qu’elle n’aura pas plus d’hésitation que je n’en ai, à risquer sa vie.


Dernière édition par Aralf le Ven 26 Nov 2010 - 11:19, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:17

Chapitre 8

Deux jours plus tard, la flotte de l’Estel s’apprêtait seulement à quitter Janus. Paul avait accepté de sacrifier ce délai pour laisser le temps à son intendant de négocier et d’embarquer des marchandises ; principalement des containers cryogéniques de produits alimentaires qui étaient les biens les plus demandés sur Dénéria. « A supposer, que la flotte ait le temps de faire du commerce sur Dénéria », pensa Paul qui était loin d’en être convaincu. Il observa les dernières navettes en train de rejoindre leurs cargos, à travers les senseurs optiques de son poste de commandement.
- Commandant, dit le Capitaine Still, la frégate Le Chuchoteur ; vient de s’arrimer au premier sas bâbord. Le Capitaine Amilia vous fait savoir que tout est prêt à bord pour vous accueillir.
- Parfait, tous les autres sont prêts ?
- Oui, Monsieur, ils vous attendent sur le pont d’embarquement.
Paul se leva lentement de son siège, jeta un regard circulaire sur la passerelle et dit s’adressant à tous :
- Officiers de l’Estel, ce cuirassé est désormais sous le commandement du Capitaine Still. On se retrouve sur Dénéria. Restez unis…
Les officiers reprirent en chœur la formule rituelle « restez unis » et cela arracha un sourire contrit à Paul qui en embarquant sur la frégate Le Chuchoteur s’apprêtait justement à rompre l’unité de sa famille ; même s’il savait que le risque avait été calculé au plus juste.
Sur le pont du niveau principal, face au sas d’embarquement attendait le Capitaine Prial, quatre de ses hommes triés sur le volet , Jeffrez Bïal dont les mains étaient entravées par des menottes et Milov Ezérian le terrien . Ce dernier avait littéralement harcelé Paul qui avait finalement renoncé à son projet initial consistant à le débarquer sur Janus et avait même fini par accepter qu’il se joigne à la mission.
Les huit hommes pénétrèrent dans le sas, la porte intérieure se referma sur eux et quelques secondes après que les voyants de sécurité furent tous passés au vert, la lourde porte blindée, aussi épaisse que l’était la coque même du cuirassé coulissa pour leur laisser le passage.
A l’autre bout du couloir mobile qui reliait les deux vaisseaux, le Capitaine Amilia attendait en grand uniforme. Lorsque Paul mit le pied sur la frégate, elle fit un impeccable salut militaire et déclama :
- Commandant, soyez le bienvenu sur Le Chuchoteur, moi-même et l’équipage sommes fiers de vous accueillir à notre bord.
Paul lui rendit son salut et poursuivit :
- Merci Capitaine. Je suis le Commandant de la flotte, mais vous restez maître à bord de ce vaisseau. Nous essaierons de nous faire tout petits.
Amilia se détendit et sourit :
- Et sans vous offenser, cela sera bien utile, Le Chuchoteur est un grain de poussière à côté de L’Estel et avec huit invités, la place sera extrêmement comptée… Nous vous avons libéré deux cabines, une pour vous même et une sécurisé pour votre prisonnier.
- C’est trop aimable, se crut obliger d’ironiser ce dernier.
Amilia, n’en fit aucun cas et poursuivit :
- Et nous avons installé un petit campement de fortune dans une soute d’armement, pour les autres. Mes gars ont fait du bon boulot pour que vous ne souffriez pas du froid.
L’ensemble de la flotte, navigant de conserve, était en pleine accélération lorsque Paul se retrouva sur la passerelle de Commandement de la frégate. Tous les vaisseaux avaient synchronisé leurs systèmes de vol sur celui de l’Estel et le grand cuirassé se tenait à l’avant de la flotte. Tous les vaisseaux, sauf Le Chuchoteur, dont le plan de vol avait été calculé pour un retour en vitesse subluminique à proximité du système de Dénéria. Le principe d’incertitude temporelle, induit par les déplacements hyperluminiques rendait impossible la localisation précise des corps célestes à l’intérieur d’un système, mais les ordinateurs de bord, en se basant sur de puissants outils d’analyse statistiques, pouvaient pour un trajet donné, calculer des trajectoires mettant les navires à l’abri d’une collision. Plus le trajet hyperluminique était long, plus l’incertitude temporelle était importante et plus les calculs devenaient aléatoires. La distance entre Janus IV et Dénéria était modeste et les navigants du Chuchoteur avaient ainsi estimé pouvoir prendre le risque d’un ralentissement tardif, le plus près possible de la planète mère du système stellaire. Malgré cela tout le monde semblait tendu à bord de la frégate. Paul n’ignorait pas que cela était la conséquence directe de sa décision de désunir Le Chuchoteur du reste de la famille ; même si cela était pour une différence de trajet minime.

Le voyage dura exactement vingt et un jours. L’ambiance à bord de la frégate était bien différente que celle que Paul connaissait à bord de L’Estel. L’équipage se composait de seulement trente hommes et femmes d’équipage ; tous des jeunes qui effectuaient leurs cinq années obligatoires sur un vaisseau de combat. Quelques-uns d’entre eux deviendraient sans doute sous-officiers ou officiers et poursuivraient leur carrière sur une frégate, un croiseur de combat, voire à bord de l’Estel, mais la grande majorité rejoindrait les vaisseaux civils et y fonderait une famille. L’exiguïté des lieux, accentuée par la présence des huit invités, ne laissait à chacun que peu de liberté et d’intimité. Trois fois par jour, un des commandos de Prial prenait en charge Jeffrez Bïal pour l’accompagner au réfectoire, et lui faire faire le tour des coursives, avant de le boucler derechef dans sa cabine. Paul allait régulièrement s’entretenir avec lui pour essayer d’obtenir d’autres renseignements sur le Temple et sur ses contacts dans le système de Dénéria, mais Bïal semblait maître dans l’art de la dialectique et invariablement la conversation glissait vers la spiritualité, la religion et l’Histoire de l’humanité et Paul finissait par partir furieux et frustré.

Lorsque le Capitaine Still, commandant par intérim de L’Estel, transmis les instructions à l’ensemble de la flotte pour entamer le ralentissement, prélude à l’extinction des moteurs Woo, et que le Chuchoteur ne s’y conforma pas, la malaise fut à son comble. Tous les officiers étaient à leur poste sur l’étroite passerelle de commandement de la frégate qui continuait à filer à des vitesses inconcevables, et les systèmes de communication perdirent en un instant le contact avec les autres vaisseaux. Un grand silence se fit immédiatement, et en dehors de quelques phrases portant sur des données purement techniques, il se prolongea jusqu’à ce le Capitaine Amilia enclenche enfin le compte à rebours pour la décélération du Chuchoteur. Entre les deux, il ne s’étaient écoulés que quelques heures, mais les vitesses en jeu étaient si importantes que le Chuchoteur avait creusé la distance avec le reste de la flotte. Pour annuler les effets des différences de distorsions temporelles, Paul pensa qu’il faudrait aussi resynchroniser entièrement tous les systèmes informatiques de la frégate, lorsque celle-ci et la flotte se retrouveraient.

Tous ressentirent le malaise habituel, cette incompréhensible sensation de déchirement, lorsque le seuil luminique fut en passe d’être franchi et Paul qui avait instinctivement bloqué sa respiration, prit une grande goulée d’air dès que les voyants d’alerte repassèrent au vert.
- Moteurs Woo éteints, annonça le jeune officier en charge des systèmes de propulsion. Les moteurs classiques n’ont pas été activés, nous sommes en dérive rapide…
La voix un peu crispée d’Amilia, se fit entendre :
- Navigateur, il nous faut immédiatement le point sur notre position dans le système.
- Notre position par rapport à Dénéria est assez conforme à nos prévisions. L’objet le plus proche de nous est un astéroïde de bonne taille, qui est en orbite large autour de Dénéria.
- Pouvons-nous l’atteindre.
- Pas sur notre lancée actuelle, mais j’ai une solution de trajectoire avec seulement quelques impulsions de nos moteurs, qui nous permettrait de positionner l’astéroïde entre nous et Dénéria.
- Sa masse sera suffisante pour masquer notre freinage ?
- Oui, Capitaine, largement. Mais il nous reste à peine vingt secondes pour lancer la manœuvre. Après cela nous demanderait de rallumer nos moteurs sur une bien plus longue période et notre signature énergétique…
- Très bien Lieutenant, allez-y.

Tous moteurs éteints, la frégate qui filait pourtant à une vitesse proche de celle de la lumière semblait immobile dans le vide spatial, lorsque de brèves impulsions de ses moteurs vinrent brièvement lui redonner vie et infléchir sa trajectoire. A peine quelques secondes plus tard, utilisant la masse de l’astéroïde comme bouclier, l’équipage du Chuchoteur, ralluma complètement le système de propulsion et poussa à leur maximum les générateurs de champs gravitationnels pour casser la célérité de la frégate. Habitué au confort feutré de l’Estel, Paul eût l’impression que le petit vaisseau allait se désintégrer sous l’éNorme effort qui lui était demandé. Sur l’écran principal, le polygone rouge représentant l’astéroïde et le point vert représentant la frégate ne cessaient de se rapprocher, tandis que des séries de chiffres ne cessaient de défiler.

- Extinction des systèmes de propulsion dans 3, 2, 1 ; extinction…
Lorsque la voix du Lieutenant se tut, la frégate, fut à nouveau Plongée dans le silence. Au bout d’un instant il reprit :
- Notre vitesse est correcte et notre dérive est maintenant sous l’influence de l’astéroïde. Nous serons sur son orbite sans avoir besoin de rallumer les moteurs.
Amilia exulta :
- Bien joué Lieutenant ! Là où nous sommes, tant que tous nos systèmes restent en mode passif, nous sommes pratiquement indétectables.
Puis elle se retourna vers Paul :
- Commandant, nous allons maintenant actualiser et vérifier les différents scénarii que nous avions envisagés avant notre départ. Mais la configuration des planètes est assez conforme à ce que nous attendions, nous ne devrions pas avoir trop de surprises. Notre objectif est toujours la principale lune de Dénéria ?
- Tout d’abord, Capitaine, la manœuvre était osée, mais toutes mes félicitations pour cette entrée en matière. Je crois que nous avons bien fait de choisir Le Chuchoteur
- Merci Monsieur et vous verrez qu’il mérite bien son nom !
- Je n’en doute pas. Continuez à étudier les différentes options, mais il faut avant tout que j’ai une nouvelle discussion avec notre prisonnier.


Quelques heures plus tard Le Chuchoteur quittait l’orbite de l’astéroïde et prenait la direction de la principale lune de Dénéria. Dans les registres de l’académie géographique de l’Union, celle-ci était simplement répertorié sous le nom de Dénéria L1 ; mais les habitants du système la nommait familièrement « la grosse mine » en référence à l’unique activité que l’homme y avait développée et par opposition à une seconde lune de taille plus modeste, cette fois surnommée par les dénériens, avec une remarquable originalité, « la petite mine » ! Contrairement aux autres éléments de la flotte, Le Chuchoteur était un navire furtif aux formes fluides, dont tous les systèmes avaient été étudiés pour limiter le plus possible la signature énergétique. La discrétion ne faisant pas vraiment partie des stratégies développées par les grandes familles spatiales, Paul n’avait en réalité jamais compris l’utilité d’avoir dans sa flotte un tel bâtiment, dont la force de frappe était bien inférieure à celle d’une frégate de même tonnage. Aujourd’hui il assistait en spectateur aux manœuvres d’approche de la « Grosse mine ». Les moteurs ne fonctionnaient que par intermittence pour donner au navire sa vitesse et une trajectoire destinée à se confondre autant que possible avec le mouvement naturel d’un corps spatial, tous les systèmes de bord non vitaux et susceptibles d’émettre des ondes électromagnétiques étaient déconnectés et Le Chuchoteur émettait en permanence des contre-mesures destinées à brouiller les radars et autres moyens de détection. Paul se prit à sourire en s’apercevant que même si cela était totalement inutile dans un contexte spatial, l’équipage se mettait au diapason de son vaisseau et parlait à voix basse…

L’atterrissage eut lieu dans une zone désertique, Plongée dans la nuit au creux d’un cratère météorique. Paul, Milov, Prial et ses hommes se retrouvèrent dans le sas de débarquement de la frégate. Tous avaient revêtu des tenues civiles, les plus neutres qu’ils avaient pu trouver au sein de la flotte, mais malgré cela, Paul doutait fort qu’ils puissent passer inaperçus parmi les habitants de la « grosse mine ». Il s’adressa au membre du Temple :
- Notre armement est moins voyant que celui que nous avons l’habitude d’utiliser, mais les armes de poing que nous avons sur nous, seront largement suffisantes pour vous envoyer rejoindre votre dieu avant la date prévue, si vous vous amusez à nous jouer un mauvais tour. Est-ce clair ?
- Parfaitement clair…
- Bien, nous allons emprunter un glisseur pour nous rendre à proximité du spatioport de cette maudite lune et nous tacherons de nous infiltrer dans les installations. Ensuite, vous nous mènerez à voter contact dénérien et il vous restera à prier pour qu’elle soit aussi coopérative que vous l’espérez…

Le glisseur sortit du sas arrière du « Chuchoteur » et mis le cap sur la zone habitée en utilisant au mieux les irrégularités du terrain pour masquer son approche. La « Grosse mine » était une lune de bonne taille, mais son atmosphère quasi inexistante la condamnait à une totale stérilité. Durant près d’une heure standard, le pilote du glisseur conduisit son engin dans un désert minéral de collines et de canyons où d’énormes blocs de rochers semblaient profiter de la faible gravité pour se jouer des lois de l’équilibre. La roche était rouge, veinée de larges sillons sombres, presque noirs. L’horizon fortement arrondi, donnait l’impression de se trouver à portée de bras et les premiers bâtiments de l’exploitation apparurent soudainement. Il s’agissait pour la plupart de bâtiments bas, de béton gris, recouverts en grande partie de pulvérulence ocre. Le seul bâtiment qui par sa hauteur, se distinguait un peu des autres était la tour du spatioport.

Le véhicule fût stoppé à une distance raisonnable des installations et les huit hommes en sortirent après avoir enfilé des combinaisons souples mais résistantes et munies de respirateurs et de recycleurs d’air leur offrant environ deux heures d’autonomie. Malgré le système de chauffage intégré aux combinaisons, le froid les saisit immédiatement et nul ne se fit prier pour se mettre en route, après avoir consciencieusement camouflé le glisseur au moyen de bâches « caméléon » à coloration automatique, qui d’assez loin le rendirent presque invisible. Leurs déplacements facilités par la faible gravité les amenèrent rapidement au contact des premiers bâtiments qu’ils contournèrent discrètement jusqu’à la tour de contrôle.

Alors qu’ils cherchaient un moyen discret de pénétrer dans les bâtiments, une lueur vive apparût dans le ciel sombre et grossit rapidement.
- Une navette va atterrir, conclut Paul d’Estel en vérifiant que le micro de son système de communication était bien ouvert. Ce sera peut-être notre chance…
L’absence d’atmosphère leur épargna le grondement des réacteurs d’atterrissage, mais les vibrations, lorsque l’engin toucha le sol leur firent presque perdre l’équilibre.
Au bout de quelques minutes, le capitaine Prial qui observait la scène avec des jumelles à vision nocturne commenta sobrement :
- Pas de passagers, uniquement des containers de fret qui sont en train d’être transbordés sur des glisseurs de transport.
- Du personnel ? L’interrogea l’Estel.
- Non, l’opération semble entièrement automatisée. Je viens de repérer le hangar d’où le glisseur est sorti. La porte est toujours ouverte, le sas est donc probablement désert. Si nous longeons ce bâtiment rapidement, nous pouvons certainement atteindre le hangar avant que le transbordement ne soit terminé. Après nous devrons compter sur la chance…
- Très bien, nous vous suivons Capitaine, allons-y.

Les huit hommes traversèrent à la course un morceau du tarmac, bénissant l’absence totale de clôture et de surveillance autour des installations portuaires, puis ils longèrent le plus discrètement possible un bâtiment tout en longueur. Ils dépassèrent ainsi plusieurs quais de déchargement aux portes hermétiquement fermées, jusqu’à atteindre leur but. Ils s’engouffrèrent dans le hangar, juste au moment où le glisseur ayant terminé sa besogne auprès de la navette faisait demi-tour.

Le hangar était vaste et encombré de containers vides, de nombreux engins de déchargements et de véhicules à l’aspect plus ou moins obsolètes. Ces machines hétéroclites n’avaient pour seul point commun que la poussière rougeâtre qui les recouvrait. Le commando de l’Estel n’eut aucune difficulté à se camoufler entre deux véhicules avant que le glisseur de transport ne rentre et que les portes étanches ne se referment en coulissant. Il fallut encore plusieurs longues minutes pour que le hangar ne se remplisse à nouveau d’air. Dès que les témoins de pression atmosphérique de leurs combinaisons leur donnèrent le feu vert, les huit hommes s’empressèrent de s’en dévêtir en silence. Une odeur de ferraille rouillée et d’acide leur agressa immédiatement les narines et tous firent la même grimace, plissant les yeux et les narines. Les combinaisons furent soigneusement pliées et rangées dans les havresacs dont chacun était doté.

Dans le même temps, les portes intérieures de la base lunaire s’ouvrirent dans un léger chuintement d’air et un flot bruyant de dockers entra dans le hangar et se dirigea vers l’engin à décharger. Les containers furent ouverts, les bras des hommes et les transpalettes commencèrent à les vider. Profitant du vacarme, Paul entraîna le petit groupe vers la sortie en slalomant entre les véhicules. Après avoir franchi un couloir vide, ils se retrouvèrent dans les magasins de stockage des installations minières. Au milieu d’immenses rayonnages s’élevant sur plusieurs étages, une nuée de manutentionnaires rangeaient, stockaient ou au contraire venaient récupérer du matériel des outils. Il n’était plus question de se cacher et à l’initiative de Paul, le groupe s’avança ostensiblement en devisant à haute voix de leur retour de Dénéria. Leurs vêtements suscitèrent bien quelques sourcils froncés et quelques regards en coin, mais il ne devait pas être exceptionnel qu’une navette de fret embarque quelques passagers pressés et bizarres et nul ne leur posa de question.

Enfin, ils sortirent de la zone des entrepôts, évitèrent quelques bâtiments administratifs, empruntèrent un vaste escalier mécanique qui descendit interminablement dans les entrailles de la lune de Dénéria et atteignirent enfin la ville minière.

L’odeur acide et métallique n’avait cessé de s’intensifier durant leur descente et Paul se demanda s’il était possible de s’y habituer un jour. Il s’éclaircit la gorge qui le piquait et recelait un horrible goût de fer et s’adressa à Jeffrez Bïal :
- Bien, nous y sommes et maintenant comment procédons-nous ?
- Nous devons trouver les bureaux de la compagnie minière Kalyxo, mon contact est ingénieur dans cette société.
- Comment se nomme t-elle ?
- Je l’ignore, nous ne nous connaissons pas, mais je sais comment lui laisser un message et lui indiquer l’urgence et la gravité de la situation.
- Mais vous m’aviez dit…
- … Que nous étions bien implantés sur Dénéria et que l’une de nous avait reçue la même mission que moi ; à savoir traquer les membres du Temple secret et les empêcher de nuire. Je sais juste qu’il s’agit d’une de nos soeurs, mais j’ignore son nom.
- Vous êtes des gens prudents.
- Vous êtes les gens qui nous avez appris à être prudents en nous pourchassant pendant des siècles.
- Nous avons toujours fait notre devoir, votre secte…
Ce fut Milov qui intervint et coupa leur conversation :
- Arrêtez, cela ne nous mènera à rien. Comment rentrerez-vous en contact avec elle ?
- Vous le verrez bien.
- Vous êtes exaspérant, reprit Paul, mais sachez que si vous nous conduisez dans un quelconque piège, vous serez le premier à goûter de nos armes. Je sais que vous ne craignez pas la mort, mais il est des blessures qui vous font regretter de ne pas être mort…
Jeffrez Bïal demeura impassible et reprit :
- Pendant que nous marchions, j’ai vu plusieurs personnes consulter des bornes d’information situées aux angles des principales artères. Nous y trouverons sans doute le plan de la ville et toutes les informations dont nous avons besoin.

Effectivement quelques dizaines de mètres plus loin, le groupe s’arrêta devant une borne d’information et ce fût Jeffrez Bïal qui prit l’initiative. Il posa sa main sur l’appareil et une voix de synthèse lui adressa la parole. Quelques instants plus tard, un hologramme leur montra un plan tridimensionnel de la « Grosse mine ». La ville se présentait comme un entonnoir et s’étageait en son centre sur huit niveaux. Le premier, par lequel ils étaient arrivés, accueillait le spatioport et tous les services administratifs de Dénéria. En dessous venaient les quartiers commerciaux, où ils se trouvaient actuellement. De larges rues se coupaient à angle droit. Au centre des allées, deux voies étaient réservées à la circulation de véhicules automatiques transportant passagers et marchandises. Les larges trottoirs étaient bordés de vitrines multicolores, toutes plus aguicheuses les unes que les autres. Plus bas, se trouvaient quatre niveaux consacrés aux habitations et les deux derniers qui abritaient les compagnies minières et les installations industrielles. En dessous encore venaient les galeries d’extraction, mais seules les entrées figuraient sur le plan. La ville souterraine devait être bâtie sur un véritable gruyère…
Le siège de la compagnie Kalyxo se trouvait au septième niveau ; les plans rectilignes et sans imagination de la ville facilitèrent la mémorisation du parcours.

Après s’être remis en marche, ils reprirent des escaliers mécaniques, s’enfoncèrent un peu plus bas dans le sous-sol de la lune et traversèrent les quartiers d’habitation. Contrairement aux niveaux commerciaux richement éclairés ; la lumière était partout blafarde et les façades des bâtiments, presque toutes identiques, étaient d’un gris désespérant. Tous avaient l’impression de respirer un air lourd, poisseux et imbibé de cette odeur de plus en plus forte de métal rouillé. La voûte au-dessus de leurs têtes avait beau être bien plus haute et plus large que les coursives de son cuirassé, Paul d’Estel ressentait une insupportable oppression, une sensation de claustrophobie qu’il n’avait jamais connu au beau milieu du vide spatial. Il fit en sorte de détourner ses pensées et se concentra sur les véhicules qui les dépassaient en silence et sur les nombreux piétons qu’ils croisaient sur les larges trottoirs. Il jeta un coup d’œil curieux à ses compagnons : le visage ridé du Capitaine Prial demeurait impassible et ses hommes semblaient tous sortis du même moule ; Milov Ezerian, le terrien qui avait déjà du mal à s’acclimater à la vie à bord d’un vaisseau spatial, semblait terrorisé et son regard ne cessait d’aller vers le plafond des tunnels, comme si leur poids menaçait à tout instant de l’écraser ; Jeffrez Bïal était quant à lui perdu dans ses pensées et Paul ne savait que penser de cet homme qui était à la fois son ennemi et son seul espoir de retrouver sa jeune sœur.

Ils parvinrent enfin devant le siège administratif de la Kalyxo.
- Allons y, ordonna l’Estel.
Avant qu’un seul n’ait eu le temps de faire un pas, Jeffrez Bïal intervint :
- Attendez, pas si vite ! Cela fait plusieurs heures que nous avons quitté votre vaisseau ; je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne je suis fatigué et en plus j’ai soif et faim.
- Vous avez faim !? Fit Milov incrédule.
- Absolument ! Toute cette marche m’a ouvert l’appétit. Regardez, juste en face, il y a un troquet et il est presque vide. Nous devrions pouvoir être servis rapidement.
Paul d’Estel s’efforça de demeurer calme.
- Il n’en est pas question. Vous vous remplirez la panse quand nous aurons mis la main sur votre acolyte. Alors vous allez gentiment venir avec nous au siège de cette société minière et nous faire entrer en contact avec elle, comme vous vous y êtes engagé.
Imperceptiblement les quatre soldats de la flotte avaient négligemment glissé leurs mains à l’intérieur de leurs manteaux tout en se rapprochant du frère du temps. Ce dernier ignora cet avertissement tacite et poursuivit :
- Et vous allez faire quoi ? M’y traîner de force avec un pistolet dans le dos, au beau milieu de passants qui ameuteront immédiatement les forces de police dénériennes ? Soyez raisonnables, sans mon aide, vous êtes incapables de contacter qui que ce soit. Donc nous allons faire à ma façon et que cela vous plaise ou non, je vais m’attabler dans cet établissement et goûter les merveilles culinaires du pays !

Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:18

sute chapitre 8


Au moment même où il fit un pas en avant, l’un des volontaires choisi par Prial, le sergent Jolah en fit un de coté et planta son imposante carrure sur son passage.
Jolah regarda vers Prial ; Prial regarda l’Estel et ce dernier d’un simple mouvement de la tête leur fit comprendre de le laisser passer. L’espace d’un instant, Paul se demanda envers qui les soldats de sa flotte avaient le plus de loyauté. Le vieux capitaine, aussi distant et discret qu’il soit, avait auprès de hommes une aura stupéfiante.
Le sergent se retira donc et Jeffrez Bïal se remit en marche comme s’il ne s’était rien passé.

La salle de « chez Zaï » était plutôt petite et ne contenait guère plus qu’une dizaine de table. Le sol était crasseux et un bar, où deux serveurs s’affairaient, courait le long du mur. Quelques mineurs en vêtements de travail, aux couleurs jaune et orange de la Kalyxo buvaient un verre en regardant d’un air distrait une retransmission sportive sur l’écran holographique situé au dessus du bar. Un troisième serveur salua les nouveaux arrivants en leur jetant un regard intrigué et finit, avec nonchalance, de débarrasser une table de ses reliefs de repas ; la seule qui semblait avoir été occupé récemment.
Le petit groupe s’installa et Jeffrez Bïal actionna la visualisation du menu. Les images tridimensionnelles des plats proposés par l’établissement défilèrent devant leurs yeux. Paul, que l’attitude désinvolte, du membre de la secte des frères du temps, exaspérait de plus en plus, imposa que tous prennent le « menu rapide ». Nul ne le contredit et même Bïal lui lança un : « excellente idée », un sourire au coin des lèvres.
Une fois que la commande fut validée, seul Milov Ezerian, tenta maladroitement de lancer quelques sujets de conversation qui tombèrent chaque fois très vite aux oubliettes ! Les mineurs accoudés au bar, se retournaient de temps en temps pour jeter un coup d’œil interrogatif à la tablée silencieuse, avant de chuchoter entre eux.
- Il faut reconnaître que notre attitude nous permet de nous fondre à la population locale, avec une grande discrétion ! Lança un Jeffrez Bïal goguenard.
Paul le fusilla du regard :
- Nous n’avons pas l’intention de rester dans ce trou pourri assez longtemps pour nous acclimater. Je vous rappelle que nous avons une mission à mener et que chaque minute qui passe met un peu plus ma sœur en danger.
Bïal se contenta du sourire énigmatique qui avait le don d’exacerber la colère du jeune commandant de la flotte d’Estel.

Une dizaine de minutes plus tard, l’un des serveurs de « chez Zaï » s’approcha de leur table suivi comme son ombre par un chariot électrique transportant les huit menus commandés. Le serveur distribua les assiettes et les couverts, un sourire à peine commercial aux lèvres et s’en retourna vers les cuisines. À peine avait-il le dos tourné, que Jeffrez Bïal se leva un verre à la main et dit de façon à être entendu de tous :
- Au nom de mes camarades, humbles voyageurs de passage en ces lieux, nous vous souhaitons paix, santé et prospérité !
Tous les clients et les serveurs se retournèrent ; certains restèrent cois, d’autres adressèrent à la tablée un vague signe de tête en guise de remerciements.
A peine était-il assis à nouveau, que Paul l’invectiva à retenant sa voix pour ne pas être entendu depuis le bar.
- Êtes-vous devenu fou ?
- Parce que je me montre poli et respectueux des traditions des voyageurs ? Votre problème, à vous les spatiaux, c’est qu’à force de vivre en vase clos, vous en oubliez que l’univers existe en dehors de vos vaisseaux et que voyage après voyage, cet univers devient plus ancien que votre propre monde. Pensez-vous que ces gens qui nous observent à la dérobée depuis que nous avons franchi la porte de cet établissement, ont pu croire un seul instant que nous sommes des dénériens ? Alors quel mal y a t-il à nous comporter comme le ferait tout groupe d’étrangers en voyage d’affaire sur le Grosse Mine ?
- Il n’a pas tort, intervint Milov.
Paul le fusilla du regard.
Enfin, je veux dire, reprit-il, sur la façon de nous comporter… Allez, je lève moi aussi mon verre à notre entreprise et à Ann, qui n’est sans doute plus très loin…
Paul ne pu faire autrement que d’imiter le terrien et tous à sa suite levèrent leur verre et burent une gorgée du verre de vin qui leur avait été servi. Puis, malgré la tension, tous durent s’avouer que Bïal n’avait pas eu tort de proposer une halte pour se restaurer. La nourriture proposée, à base de viande épicée, de céréales et d’une purée verte que tous supposèrent être à base d’algues, n’était certes d’aucun raffinement, mais ils mangèrent de bon appétit.
Lorsque tous eurent terminé, Paul manipula le clavier virtuel au centre de leur table et fit apparaître la note.
- Si je peux me permettre, fit Milov, si le Temple secret possède des ramifications bien implantés sur cette planète, il n’est pas prudent de payer sur les caisses de l’Estel.
- Ne vous inquiétez pas, lui répondit Paul, nous disposons de plusieurs comptes secondaires qui ne peuvent être rattachés à notre famille sans de longues investigations. J’utilise l’un d’eux.

A peine avait-il fini de saisir ses codes d’identification et de régler la note, qu’un homme assez âgé sortit des cuisines et s’avança vers leur table. Le tablier par endroits éclaboussé de sauce désignait sans le moindre doute le cuisinier de l’établissement.
- Bonjour, Messieurs, fit-il en agrémentant ses paroles d’une légère courbette. J’espère que ce modeste repas vous satisfait.
- Seriez-vous, « Zaï », l’interrogea Jeffrez Bïal, en le fixant droit dans les yeux.
- Oh non, je suis le patron de cet établissement, mais son nom provient d’une vieille plaisanterie, qu’il serait sans doute bien compliqué de vous conter.
Paul fit mine de se lever en disant :
- Et malheureusement nous manquons de temps. Le repas était parfait et nous vous remercions de votre accueil.
Bïal, quant à lui ne bougea pas et reprit avec un grand sourire :
- Pardonnez mes compagnons, ils sont sans cesse plongés dans le travail et ne savent plus ouvrir leur esprit à autre chose ! C’est bien dommage, j’aurais bien voulu entendre cette anecdote ; cela aurait été j’en suis sur plein d’enseignements.
- Une histoire bien banale en réalité qui est arrivé à l’un de mes frères, poursuivit le cuisinier. Êtes-vous dans le secteur pour quelques jours ? Les nouveaux venus sont si rares…
Paul essaya à plusieurs reprises, mais en vain, d’interrompre la conversation entre le patron et Jeffrez Bïal, mais celle-ci se poursuivit plusieurs minutes sur un ton badin. Il remarqua à l’attitude du Capitaine Prial, que celui-ci était prêt à intervenir à la moindre parole déplacé, à la moindre allusion douteuse de leur prisonnier. Enfin ils se serrèrent longuement la main et Jeffrez Bïal lança gaiement à la cantonade :
- Et bien Messieurs, il me semble que nous avons du travail. Nous y allons ?
-
Lorsqu’ils furent dehors, Paul admonesta à nouveau Bïal :
- Mais à quoi jouez-vous ? Vous tenez vraiment à nous faire remarquer ?
- Ne prenez-vous donc aucun plaisir à discuter avec autrui, à découvrir les mondes que vous avez la chance de traverser ?
- Pas lorsque cela ne m’est d’aucune utilité et que j’ai mieux à faire ; retrouver ma sœur en l’occurrence… Maintenant nous allons entrer dans les locaux de la Kalyxo et vous allez faire en sorte de trouver votre fameux contact.
- Ce n’est pas si simple, je vous rappelle que j’ignore son nom. Je sais juste qu’elle est ingénieur pour cette compagnie.
- Si vous vous êtes moqué de moi, vous le regretterez amèrement.
- Je ne me suis pas moqué de vous, mais j’ai juste besoin que vous me laissiez agir sans précipitation.
- Faites donc !

Et de fait, Jeffrez Bïal ne se pressa pas. Il étudia soigneusement et durant plusieurs minutes, les affiches publicitaires et les notes d’information placardées sur la porte de la société Kalyxo. N’y tenant plus, Paul revint à la charge :
- Mais qu’est ce que vous cherchez ?
- Rien je réfléchissais à la façon d’agir, nous pouvons y aller.

La Kalyxo était une société minière de première importance et tenait à ce que cela se sache. À l’intérieur d’un hall d’accueil de bonne taille, plusieurs bornes diffusaient des spectacles holographiques mettant en scène les formidables machines qui exploitaient les sous-sols de la « Grosse Mine » : excavatrices, locomotives à propulsion magnétique et leurs convois de wagons transportant les minerais bruts, robots et usines de traitement… Un peu partout flottaient des drapeaux jaunes et oranges aux couleurs de la société.

Le petit groupe, Jeffrez Bïal en tête, traversa ce vaste hall jusqu’au guichet d’accueil :
- Bonjour Messieurs, soyez les bienvenus à la Kalyxo, fit l’hôtesse d’accueil de la voix suave de toutes les hôtesses d’accueil de la galaxie. Que puis-je faire pour vous ?
- Et bien voilà, commença lentement Bïal, nous cherchons quelqu’un…

Milov observaitt attentivement le membre du Temple et ne pouvait se départir d’une curieuse impression. Il aurait bien aimé s’en ouvrir à l’Estel, mais n’avait rien de concret à lui dire. Jeffrez Bïal parlait lentement, jetant de temps en temps un fugace coup d’œil aux alentours. Il en était encore à parler, avec un luxe de détails absurdes, des messages qu’il avait échangé avec une femme ingénieur de la compagnie minière, lorsqu’un homme d’une quarantaine d’année, vêtu d’un costume impeccable, certainement à la dernière mode dénérienne, sortit d’un des bureaux vitrés adjacent au guichet d’accueil et s’approcha à grands pas.
- Adam Saliambo, fit le nouvel arrivant, je suis l’un des administrateurs de cette société. Puis-je être utile à quelque chose ?
Jeffrez Bïal, lui serra longuement la main, comme il l’avait fait en quittant le restaurateur, tout en commençant à parler. Il reprit son histoire comme précédemment, en glissant ça et là quelques mots compliqués, comme s’il voulait impressionner son interlocuteur.
- Je pense savoir de qui vous voulez parler, fit l’administrateur au bout d’un moment. En réalité, nous avons trois femmes ingénieurs. L’une d’entre elle est en congés, l’autre n’est arrivé dans la société que très récemment. La troisième est Angéla Savario et elle est effectivement assez distraite pour oublier de signer un message !
- C’est sûrement elle, pouvons-nous la voir ?
- Elle se trouve en mission d’inspection dans une galerie dont nous venons de commencer l’exploitation. Elle ne remontera que très tard dans la soirée.
- C’est que nous ne restons pas longtemps…
- Alors la seule solution, c’est que nous descendions à sa rencontre ! Si vous le souhaitez, je peux vous y accompagner, cela me permettra de vous faire visiter une partie de nos installations.

L’hôtesse intervint timidement dans la conversation :
- Monsieur Saliambo, si vous voulez je peux appeler…
- Mais non, laissez ! Je vais m’en occuper personnellement, lui répondit-il. Puis se retournant vers le groupe, il poursuivit : En tant qu’administrateur, je passe trop de temps dans mon bureau et je n’ai que peu l’occasion d’aller dans les zones d’exploitation ! Allez, Messieurs, suivez moi !

Milov état toujours aussi mal à l’aise ; tout cela lui semblait aller trop vite. Une nouvelle fois il voulut parler à Paul, mais le groupe se mit en route à grands pas. Après quelques minutes de marche à travers les couloirs du siège social de la compagnie minière, ils empruntèrent un vaste ascenseur qui descendit interminablement, tandis que l’administrateur leur contait par le détail l’historique de se société. Enfin, ils débouchèrent dans un hangar d’entretien de machines. Paul et ses compagnons, qui avait fini par s’y habituer dans les étages supérieurs de la cité minière, furent à nouveau pris à la gorge par l’odeur acide et le goût métallique au fond de leur bouche. Tandis qu’ils traversaient le hangar, Adam Saliambo leur décrivit le rôle des différentes machines et véhicules autour desquels s’affairaient les ouvriers et les automates d’entretien. Arrivés à l’autre extrémité, il héla un contremaître :
- Nous allons dans la nouvelle galerie du puits vingt-quatre. J’aurais besoin d’emprunter une loco…
Le contremaître sembla surpris de la visite probablement inhabituelle de l’administrateur.
- Sans problème, Monsieur, il y’en a une prête à partir au bout du quai trois. Voulez-vous qu’on vous accompagne ?
- Non, c’est inutile. Les gars ont mieux à faire et je me souviens encore comment fonctionne une loco !
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 26 Nov 2010 - 11:18

Chapitre 9


La loco filait désormais à grande vitesse et pratiquement sans bruit à l’intérieur de son arceau magnétique. Adam Saliambo l’administrateur de la Kalyxo, dont le costume d’homme d’affaire semblait incongru dans ce lieu, était assis aux commandes, les autres sur d’étroites banquettes situées le long des parois en tôle de l’engin. Par les les larges vitres du poste de pilotage, tous regardaient défiler les parois creusées dans la roche. Un écran lumineux, juste sous le plafond de la loco, indiquait en caractères rouges des coordonnées qui correspondaient probablement aux sections de voies et un chiffre qui ne cessait de grossir et que tous interprétaient comme étant la profondeur à laquelle ils se trouvaient.

Milov Ezérian était plongé dans ses pensées et ne cessait de reconstituer dans son esprit le fil des évènements depuis leur arrivée sur la lune de Dénéria. La situation, l’attitude de Jeffrez Bïal et maintenant de cet Adam Saliambo lui semblaient toujours aussi étranges. Il en était à ce stade de ses réflexions, lorsque l’administrateur abandonna son poste de pilotage et se retourna calmement vers le groupe.
- Bien, Messieurs, nous avons peu de temps, aussi je vais aller droit au but. Je suppose que vous êtes armés…
Il eût à peine terminé sa phrase, que comprenant la menace, le capitaine Prial et ses quatre hommes exhibèrent leurs pistolets et les pointèrent sur le dénérien.
Celui-ci poursuivit tranquillement :
- Je n’en demandais pas tant, mais c’est excellent, je vois que vous avez des réflexes ! Moi, je ne possède aucune arme, mais en revanche, je suis le seul à savoir comment stopper cette machine qui dans moins de cinq minutes parviendra au bout de ce tunnel et s’encastrera dans la roche à pleine vitesse et accessoirement à plusieurs centaines de mètres sous la surface de la planète.
Paul se leva et avança vers l’administrateur en titubant sous l’effet de la vitesse. Il le poussa sans ménagement et observa longuement le tableau de bord. Force lui fut de constater que s’il était capable de manœuvrer un vaisseau spatial de plusieurs centaines de milliers de tonnes, il lui était bien impossible de savoir comment stopper une simple loco à propulsion magnétique. À son tour il sortit son arme et l’enfonça sans ménagement sous le cou d’Adam Saliambo.
- Vous allez immédiatement stopper cette machine…
- Sinon ? Vous me tuerez ?
Paul ne savez que répondre, comprenant parfaitement que sa menace était absurde. Il reprit :
- Qui êtes-vous ?
- Je crains que nous n’ayons pas le temps de faire les présentations. Chaque chose en son temps. Soit vous remettez immédiatement vos armes à moi même et à cette personne, poursuivit-il en désignant Jeffrez Bïal, soit nous mourrons tous dans quelques minutes. Et alors quelque soit le but que vous poursuivez, votre quête s’arrête ici…
Paul se retourna vers Bïal :
- Espèce de salop, comment avez-vous fait ?
- Vous demanderez à votre ami Milov. Il me semble aux regards qu’il me lance depuis quelques temps, qu’il n’est pas loin de la réponse ! Je suis soulagé qu’il n’ait pas été plus rapide… Maintenant, faites ce que Monsieur l’administrateur vous a dit, sinon vous perdrez toute chance de venger les vôtres et de revoir votre sœur en vie. Quant à nous, combien de fois devrais-je vous répéter que nous ne craignons pas de mourir ?
- Mais si vous mourrez avec nous, votre mission aura également échoué et Élézard et les siens continueront leurs exactions. Si tant est que vous ayez été sincère à ce sujet.
- Sincère ? Bien entendu, oubliez-vous dans quelles conditions de captivité je vous ai parlé de cette mission ? Mais si je meurs ici, d’autres frères et sœurs de notre Eglise prendront le relais, alors que personne d’autre que vous ne s’intéressera jamais au sort d’Ann d’Estel. Contrairement aux apparences, nous ne sommes pas vos ennemis, bien que nous ayons toutes les raisons historiques de l’être. Soyez raisonnables, déposez vos armes, il ne vous sera fait aucun mal, vous avez ma parole.
- Pour ce qu’elle vaut !
- Il vous reste moins de trois minutes, reprit Adam Saliambo.
Paul le fixa dans les yeux et n’y lut aucune peur, aucune appréhension. Il maudit une fois de plus le fanatisme religieux de ces hommes et tendit son arme en signifiant aux autres de faire de même.

Lorsque les deux coreligionnaires du Temple eurent chacun en main un pistolet et les autres dans leurs poches, ils se rassirent tranquillement en tenant en joue Paul et ses compagnons. Au bout de quelques secondes, n’y tenant plus, Paul lança :
- Vous avez nos armes, qu’attendez vous pour stopper cette machine ?
L’administrateur de la Kalyxo lui sourit et répondit :
- Ne vous inquiétez donc pas pour cela. Depuis bien longtemps, sur toutes nos machines, les processus de ralentissement et d’arrêt sont entièrement automatisés ; c’est tellement plus sûr !


Paul, Milov, Prial et les quatre soldats de l’Estel étaient assis, piteusement, à même le sol, dans une obscurité totale. Ils avaient été délestés de toutes leurs affaires personnelles avant que la lumière ne s’éteigne et qu’ils n’entendent la porte de l’entrepôt, se verrouiller. Bien qu’il ne fasse pas réellement froid, il sentaient peu à peu l’humidité remonter le long de leur reins. Ce fut Milov Ezérian, qui rompit le premier ce long moment de silence :
- Il faut bien reconnaître que nous nous sommes fait posséder en beauté !
- Que voulez dire Saliambo, en disant que vous n’étiez pas loin de la réponse, lui répondit Paul.
- Je ne sais pas exactement, mais la situation a commencé à échapper à notre contrôle lorsque Bïal a proposé d’entrer dans ce restaurant. D’une façon ou d’une autre, il savait qu’il pourrait y rencontrer un membre de sa secte.
- Le nom de l’établissement ?
- « Chez Zaï » ? C’est possible ; ils ont peut-être mémorisé une liste de nom ou de combinaisons de lettres qui leur sert de marque de reconnaissance. Ensuite je ne sais pas exactement, mais l’attitude de l’administrateur était toute aussi bizarre. Pourquoi quelqu’un d’aussi haut placé se donnerait-il autant de mal pour un groupe d’inconnu ? Et il ne nous a même pas posé de question sur la nature du message envoyé par cet ingénieur, ni pourquoi nous voulions la rencontrer. Je sentais que quelque chose allait de travers mais je n’ai pas reconstituer le puzzle assez vite.
- Vous n’avez pas à vous en vouloir, nous étions tous là et personne n’a compris. Pourtant avec le recul, l’histoire que leur a servi Bïal était absurde : un échange de messages avec un ingénieur qui oublie de donner son nom ! Mais comment ce type, Saliambo, a t-il pu être prévenu…
Ce fut le capitaine Prial qui répondit :
- Un code secret dissimulé dans leurs paroles, dans leur façon de se serrer la main. Je suis désolé, Monsieur, je suis le principal responsable de ce fiasco, j’aurais du comprendre avant tout le monde. Ils utilisaient déjà ce genre de méthodes lorsque nous les avons combattus et pourchassés jusqu’à Ho’sin. Mais cela n’avait rien de comparable en complexité et en précision. Bïal a du réussir à attirer l’attention du patron du restaurant et c’est pour cela qu’il est venu discuter avec lui et Bïal lui a fait comprendre qu’il était en danger à cause de nous et qu’il se rendait à la Kalyxo.
- Et c’est pour cela compléta Paul, qu’il a pris tout son temps avant d’entrer. Il fallait laisser au restaurateur, le temps de prévenir quelqu’un sur place. Saliambo a surgi comme par miracle, et Bïal a continué son numéro d’illusionniste. Mais à part quelques tournures de phrases bizarres, et ces longues poignées de main, je ne comprends toujours pas comment ils font. Bïal avait sans doute raison, lorsqu’il a dit que l’univers devenait plus ancien que notre propre monde ! Il y’a une vingtaine de nos années, ils utilisaient des codes grossiers et simplistes, mais eux ils ont eux de nombreuses décennies pour perfectionner leurs méthodes et mettre au point de nouvelles technologies de vol spatial, pendant que nous naviguions tranquillement entre les étoiles.

Un temps difficile à déterminer passa durant lequel Paul et ses compagnons somnolèrent à plusieurs reprises. Le sergent Jolah et l’un de ses camarades firent bien un essai pour trouver dans l’entrepôt, de quoi ouvrir la porte, mais sans la moindre lumière ils durent très rapidement renoncer et rejoindre les autres en se guidant sur leurs voix et en se cognant à de très nombreuses reprises dans les caisses qui encombraient le sol.

Enfin, ils entendirent la porte s’ouvrir et la lumière inonda violement la pièce. Lorsqu’ils purent enfin ouvrir les yeux, ils virent Jeffrez Bïal accompagné de deux hommes et d’une jeune femme. Portant, hormis Bïal, des vêtements de travail au couleurs de la Kalyxo, ils étaient tous armés d’un des pistolets dérobés quelques heures plus tôt.
- Bonsoir les amis, fit joyeusement leur ancien prisonnier, maintenant devenu leur geôlier. Je suis navré d’avoir du vous abandonner dans une situation aussi peu confortable, mais nous avons quelque peu improvisé…
- Épargnez nous vos sarcasmes, répondit l’Estel.
- Ce n’étaient pas des sarcasmes, j’en suis réellement désolé. Voyez, j’ai même tenu mes engagements. Permettez-moi de vous présenter celle que nous cherchions, Angela Savario.
La jeune femme, grande et élancée, avait la peau noire et des cheveux légèrement bouclés qui coulaient sur ses épaules, encadrant un visage avenant. Elle fit un pas en avant, tenant son pistolet comme si elle ne savait trop qu’en faire et s’adressa à Paul d’Estel.
- Notre frère Jeffrez, nous a raconté en détail les raisons de votre venue dans le système de Dénéria. Comme il a déjà dû vous l’expliquer lorsque vous l’avez aimablement convié à votre bord, notre Père vénéré nous a donné pour mission d’enquêter sur les agissements des renégats du Temple secret et il nous a donné toute latitude pour agir, en dehors même de nos règles habituelles. Il est donc clair que nous avons des intérêts communs, mais il reste une question importante.
Paul soutint son regard :
- Et bien, quelle est-elle ?
- Pouvons-nous vous faire confiance ?
- J’ai déjà discuté de cela avec votre … collègue.
- Exact et votre réponse d’alors ne nous satisfait pas. La loi de l’an 3002 vous donne, en tant qu’officier commandant une des flottes reconnue par le conseil de l’Union, toute autorité pour accuser, juger et abattre à vue toute personne soupçonnée de se livrer à des pratiques religieuses ou soupçonnée de répandre des opinions de cette nature.
- C’est bien ce que dit cette loi que ma famille, comme beaucoup d’autres a juré de respecter et de faire appliquer. Aurait-elle été abrogée sans que nous en soyons informés ?!
- Et c’est vous qui parliez de sarcasme ? Amusant… Je sais que nous pouvons vous faire confiance tant que vous aurez besoin de notre coopération pour retrouver votre sœur. Mais après, lorsque nous ne vous servirons plus à rien, allez-vous nous massacrer comme vous l’avez fait à Ho’sin, par simple respect des lois de l’Union ?
- Je n’étais pas à Ho’sin…
- D’autres y étaient pour vous et leurs exploits n’ont été oubliés ni par vous, ni par nous ; n’est pas capitaine Prial ?
- Laissez Prial en dehors de ça ; il a fait son devoir sous les ordres de l’Estel. La situation aujourd’hui, j’en conviens, est différente.
- Tiens donc ! Comme quoi, le point de vue change facilement selon dans quel sens on voit le canon de l’arme !
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Jeu 2 Déc 2010 - 11:18

- Les religions ont été mises à l’index après avoir conduit l’humanité au bord de l’extinction. Avez-vous déjà vu les images d’archives, les mondes entièrement dévastés par les bombes à anti-matière au simple nom d’un dieu que des fous croyaient plus grand que celui des autres ?
- J’ai vu ces images et elles me révulsent autant que vous. Mais pensez-vous que les massacres perpétrés par la suite contre des gens qui voulaient juste vivre tranquillement leur foi, étaient plus justifiables. Demandez à Prial, si les souffrances de ceux, hommes, femmes et enfants qui sont morts dans la citadelle spatiale d’Ho’sin ont été plus douces que celles des autres ?
- Pas plus que n’a dû l’être la mort de ceux des miens qui se trouvaient dans le cargo qui a explosé au large de Janus IV. Mais nous devrions cesser cette discussion et ce décompte morbide, pour nous consacrer aux vivants. Allez-vous nous aider à retrouver Ann ?
- Frère Jeffrez, malgré ce que vous lui avez fait subir, semble avoir une certaine confiance en vous et il a plaidé votre cause en ce sens. Mais je veux entendre de votre bouche que vous ne ferez rien contre nous, et que vous n’utiliserez pas les informations que vous aurez pu recueillir pour nous nuire directement ou indirectement.
- J’ai cru un instant que vous alliez me demander d’épouser votre religion et de participer à vos rites…
- Le cynisme ne vous va pas aussi bien que vous semblez le croire. Ai-je votre parole ?
- Entre deux maux, il me faut bien choisir le moindre. Ma priorité est de récupérer ma sœur saine et sauve ; vous avez donc ma parole et elle engage tous les membres de ma famille. Mais si d’autres circonstances m’amènent à croiser d’autres membres de votre secte, j’appliquerai la loi dans toute sa rigueur.

Angela Savario demeura un long moment silencieuse, comme pour évaluer la situation, puis elle reprit :
- Je vais faire confiance au jugement de Jeffrez et peut-être un peu à ma propre intuition.
Elle tendit son pistolet à Paul et ajouta :
- De toute façon, nous n’avons pas trop l’habitude de ces instruments…
- Merci. Et maintenant que faisons-nous pour mettre la main sur Elézard ?
- Grâce aux éléments que nous a fourni Jeffrez, nous savons avec précision à quelle date ils ont du arriver dans ce système stellaire. C’est bien faible, mais c’est quand même un point de départ et nous allons faire des recherches en partant de là. Il nous faut surtout espérer que votre intuition concernant leur plan, ait été la bonne et qu’ils aient bien débarqué sur la Grosse Mine et non pas sur Dénéria ou sur la Petite Mine.
- En quoi pouvons-nous vous aider ?
- Pour l’instant en ne faisant rien et en vous tenant tranquilles. La Kalyxo dispose de logements provisoires pour accueillir des ouvriers intérimaires. Rien de bien luxueux, mais vous y serez tranquilles en attendant que nous trouvions une piste.
- Nous ne disposons pas de beaucoup de temps. L’Estel et toute la flotte fait route vers Dénéria, à une vitesse d’environ 0,9 c. Dès que sa signature parviendra à vos systèmes de surveillance spatiale, nous pensons qu’Elézard prendra à nouveau la poudre d’escampette…
- Nous ferons au mieux, soyez-en sûrs.

Cela faisait trois longs jours, qu’ils logeaient dans un baraquement de chantier situé à proximité des sites d’exploitation de la compagnie minière. Une salle commune, une cuisine, une salle d’eau et une dizaine de chambres plus petites encore que les cabines des vaisseaux spatiaux.
Dans cette ville enterrée sous plusieurs centaines de mètres de roches d’une lune stérile, il n’existait ni jour, ni nuit, mais le temps était artificiellement découpé selon le décompte standard. Les spatiaux, généralement enfermés dans leurs vaisseaux, avaient l’habitude de ce genre de situation.
Angela Savario leur avait demandé de ne pas s’éloigner et de fait ils passaient leur temps, soit à l’extérieur de la baraque à regarder passer les engins de chantier, soit à l’intérieur à sommeiller, à jouer aux cartes où à regarder les émissions de la tridi locale, sur un vieux récepteur holographique aux images tremblotantes.

Alors qu’ils étaient tous les deux sur le pas de la porte à regarder deux glisseurs lourds transporter une éNorme pièce mécanique, qu’ils supposèrent être la tête d’une excavatrice, Paul entama la discussion avec le capitaine Prial :
- Je repense, dit-il, à ce que vous a dit cette fille lorsqu’elle est venu nous sortir de l’entrepôt. Vous semblez être connu pour vos exploits sur Ho’sin, bien au delà des vaisseaux de notre flotte. Il faudra qu’un jour vous preniez le temps de m’expliquer ce qui s’est réellement passé là-bas.
Paul sentit bien que Prial était tendu lorsqu’il lui répondit :
- Il n’y a rien à en dire de plus que ce que vous avez dû en entendre ou que ce que vous avez sûrement lu à ce sujet. J’avais le même poste qu’aujourd’hui sous le commandement de votre père et j’ai mené l’assaut conformément à ses ordres.
- Ça c’est le résumé qu’en apprennent les gamins dans nos salles de classe. Mais j’aimerais comprendre ce qui a pu autant marquer les esprits ; Je sais bien qu’Ho’sin était considérée, nous savons depuis peu que c’était à tort, comme étant l’ultime bataille contre les religions. Le combat a donc été si terrible que cela ?
Le vieux Capitaine conserva longtemps le regard fixé sur le sol, cherchant ses mots, lorsqu’ils virent Angela Savario, arriver vers eux.
- Nous reprendrons cette conversation plus tard, fit Paul.

La jeune femme entra à l’invitation de l’Estel :
- J’ai de bonnes nouvelles pour vous, lança t-elle.
- Nous commencions à perdre patience, avez-vous localisé Elézard et Ann ?
- Nous ne les avons pas encore formellement identifiés, mais tout porte à croire qu’il s’agit bien d’eux. L’un de nos informaticiens a réussi à entrer discrètement dans le système de détection spatiale de Dénéria. Nous avons trouvé la trace d’une requête déposée par une société d’import-export et de commercialisation, demandant à être informée pour affaire urgente dès l’arrivée de la flotte d’Estel.
- Plus de la moitié des flux commerciaux, intervint Milov, transitent par les flottes des grandes familles. Ce genre de requête provenant de sociétés qui vivent du commerce interstellaire, doit être monnaie courante…
- Vous avez raison, elles sont extrêmement fréquentes, chaque entreprise essayant d’arriver la première pour négocier les meilleures marchandises aux meilleurs prix avec les intendants des flottes. Sauf que la plupart du temps, aucune famille n’est désignée nominativement…
- Pour la bonne raison, poursuivit Paul, que personne ou presque ne connaît à l’avance nos intentions, nos localisations précédentes et nos destinations à venir. Seul Elézard pouvait savoir que nous viendrions ici, puisque c’est lui qui nous y a contraint. Bien joué ! Où se trouvent-ils ?
- C’est là que l’affaire se complique. La société qui a payé pour obtenir cette information et qui se nomme pompeusement « Le comptoir dénérien », loue un simple bureau au premier niveau de la ville, à proximité de l’astroport ; ce qui n’est pas illogique compte tenu de leur activité déclarée. Je dis bien « déclarée », car après vérification, il s’agit d’une coquille vide qui n’a qu’une activité commerciale purement symbolique.
- Pensez-vous que ma sœur puisse être détenu dans ce bureau ?
- Non, il s’agit d’un simple local pouvant au mieux accueillir quelques clients. Il donne sur la rue par une porte vitrée et on voit bien qu’à l’intérieur, il n’y a rien d’autre qu’une table et quelques chaises. C’est typiquement une adresse de complaisance destinée à donner le change à l’administration de Dénéria et à conférer une existence légale à ce « comptoir dénérien ». Depuis que nous avons eu cette information, nous surveillons discrètement les lieux, mais pour l’instant personne ne s’est présenté.
- Que se passera t-il lorsque l’Estel sera en vue de Dénéria ?
- L’ordinateur central de l’astroport verra la requête et enverra un message automatique au serveur informatique de la société.
- Et nous n’avons aucun moyen de savoir où se trouve physiquement ce serveur ?
- Aucun…

Un grand silence s’ensuivit, qui fut finalement rompût par Milov :
- Il faut faire sortir le loup du bois…
- Pardon !? Firent Paul et Angéla dans un bel ensemble.
- Une vieille expression terrienne. Puisque nous ne pouvons aller à eux, faisons en sorte qu’ils viennent à nous…

Les deux hommes, probablement ivres, commencèrent à s’invectiver à grands renforts d’insultes, au milieu de passants, mi-craintifs, mi-hilares. Puis les noms d’oiseaux étant manifestement insuffisants à calmer leur animosité, ils en vinrent aux mains avec une véhémence redoublée. Un petit attroupement s’était formé à une distance raisonnable pour assister au spectacle sans risquer de recevoir un mauvais coup. Si personne ne prit le risque de tenter de les séparer, en revanche plusieurs citoyens consciencieux contactèrent les forces de sécurité dénériennes, pour les informer de l’incident.
Au plus fort de leur pugilat, l’un des deux hommes, un grand costaud aux cheveux hirsutes empoigna son adversaire plus frêle, par le col et par le ceinturon et le projeta violemment contre une porte de bureau, seulement ornée d’une petite plaque en laiton qui indiquait sobrement « comptoir dénérien – import export ». La porte vitrée explosa littéralement sous le choc et l’homme se retrouva au sol, parmi les débris de verre ; le corps à l’intérieur de l’immeuble et les pieds sur le trottoir. Il se releva plus facilement que ne l’aurait laissé croire la violence du choc et surtout son probable état d’ébriété et tenta son salut dans la fuite. L’autre homme, le grand costaud, qui ne voulait certainement pas en rester là se mit à courir à son tour, au moment même où une sirène de police se faisait entendre.

Parmi l’attroupement qui se dispersait peu à peu, un jeune couple s’éloignait bras dessus, bras dessous, en devisant tranquillement.
- Pour des gens peu habitués à la violence, vos gars s’en sont remarquablement bien tirés !
- Je dois admettre, fit la jeune fille, que leur talent de comédien m’a aussi beaucoup étonnée ! Mais je vous trouve, également assez bon acteur, poursuivit-elle en dégageant doucement son bras.
Puis elle se mit à rire, d’un rire insouciant et cristallin qui rappela à Paul, celui de sa sœur.


Dernière édition par Aralf le Mar 7 Déc 2010 - 9:58, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 3 Déc 2010 - 10:05

Après avoir jugé inutile de poursuivre les protagonistes des faits, deux agents de la police dénérienne visitèrent rapidement l’intérieur du bureau, puis ils contactèrent leur centre opérationnel pour rendre compte de la situation et repartirent tranquillement.

Un peu plus tard, un autre homme, probablement prévenu par la police, se présenta, regarda les dégâts d’un air franchement agacé, franchi la porte défoncée du « comptoir dénérien » et s’assit lourdement derrière le bureau bas de gamme qui constituait l’unique mobilier. Il demeura ainsi plus d’une heure avant qu’un glisseur aux couleurs d’une entreprise du bâtiment ne s’arrête à son tour. Peu de temps après, une porte provisoire, trop petite pour le chambranle et posée de guingois, fut sommairement refermée par un cadenas. L’ouvrier repartit après avoir certainement promis de revenir bien vite pour installer une porte digne de ce nom. Manifestement excédé, l’autre homme observa un instant le résultat des travaux, puis reparti à son tour.
N’ayant aucune raison de se méfier et certainement trop occupé à maudire les auteurs de la rixe et l’incompétence de l’entreprise, il ne repéra aucune des personnes qui se relayaient pour le suivre.

- Le connaissez-vous ? Demanda Paul à Angela Savario, lorsque passant assez près de lui, ils purent distinguer clairement son visage.
- Non, je ne l’ai jamais vu, il ne fait pas partie de notre communauté sur Dénéria, lui répondit la jeune femme.
- Avez-vous songé que le Temple Secret, avait très probablement infiltré votre organisation sur Dénéria, comme il l’a fait sur Janus ? Pour Jeffrez Bïal, le ministre Elézard était au-dessus de tout soupçon…
- Bien entendu, c’est même fort probable. Nous comptons plusieurs centaines de fidèles dans ce système stellaire et probablement dix fois plus de sympathisants ; que certains d’entre eux se soient laissés tenter par les thèses du Temple Secret n’aurait rien d’étonnant. C’est pour cela que j’implique dans l’opération uniquement ceux qui sont venus directement avec moi, pour m’assister dans ma mission ; à savoir Adam Saliambo, nos deux bagarreurs de toute à l’heure et deux autres personnes que vous n’avez pas rencontrées. Au delà de ce cercle très restreint, personne n’est au courant de votre identité. Mais il me semble que votre fameux capitaine et ses cerbères sont tout à fait à la hauteur de la tâche.
- En parlant de Prial, je voulais vous demander…
Angela l’interrompit d’un regard glacial et reprit :
- Je pense que nous devrions nous concentrer sur notre filature.
- Comme vous voulez…

L’homme marchait vite. A aucun moment, il ne fit mine d’emprunter un glisseur, ce qui laissa supposer que sa destination finale était relativement proche. De fait, après environ une vingtaine de minutes de marche rapide, il entra dans un bâtiment administratif appartenant aux services des douanes de Dénéria.

Paul, ses six compagnons, Angéla Savario et Jeffrez Bïal, rentrèrent au baraquement prêté par la Kalyxo. Peu de temps après, Adam Saliambo les y rejoignit.
- Qu’avez-vous pu apprendre ? Lui demanda Angéla.
- Ce bâtiment abrite quelques bureaux administratifs des douanes classifiés « vacants », mais surtout un hangar qui donne sur une piste annexe de l’astroport et dans lequel sont stockés des vaisseaux spatiaux saisis par l’administration : navires jugés dangereux ou inaptes au vol, confisqués pour des taxes non payées ou diverses infractions, etc…
- Bref, conclu Angéla, l’endroit idéal pour dissimuler un navire de faible tonnage, au milieu des vaisseaux saisis…
- Reste à savoir, fit Milov, s’ils détiennent Ann dans ce même lieu.
- C’est fort probable, lui répondit Paul. Ils doivent s’attendre à ce que l’Estel tente une approche rapide en franchissant le seuil luminique au plus près de Dénéria, pour leur laisser le moins de temps possible. Si comme nous le supposons, ils ont l’intention de poursuivre leur petit jeu, ils doivent obligatoirement détenir Ann au plus près de leur moyen de fuite.
Puis il se retourna vers Adam Saliambo :
- Comment pouvons-nous pénétrer discrètement dans ce bâtiment ?
- Malheureusement, les bases de données auxquelles nous avons eu accès sont formelles. Le seul accès est celui que nous avons vu et cette porte, située sur une rue fréquentée, est très probablement munie d’un système d’alarme. Je ne vois pas comment nous pourrions entrer discrètement et si nous tentons une action en force, nous aurons toutes les forces d’intervention de la police de Dénéria sur le dos, avant d’avoir pu faire dix mètres.
- Si je peux me permettre, objecta Prial, il existe peut-être une autre option.
- Si votre option consiste à faire sauter tout le quartier et à trier après… Commença Angéla.
Paul coupa court à son intervention :
- Poursuivez capitaine, nous vous écoutons.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Mar 7 Déc 2010 - 9:56

L’absence d’atmosphère rendait les nuits de la lune principale de Dénéria, plus claires que Paul et ses compagnons ne l’auraient souhaité. Ils progressaient en silence en longeant les bâtiments, sentant l’air chaud de leurs combinaisons tenter de lutter contre les températures extrêmes du vide spatial. Paul consultait régulièrement la carte que lui avait fourni Adam Saliambo.
- Voilà, nous y sommes. Ce doit être ce bâtiment.

Arrivés contre les immenses portes coulissantes du hangar des douanes, le sergent Jolah et les trois soldats de la mission déposèrent la grande malle qu’ils transportaient depuis qu’Adam Saliambo et Angela Savario les avaient fait sortir discrètement des murs de la ville.
- Espérons que cela fonctionne, fit Paul dans le communicateur.
- Cela devrait faire l’affaire, répondit Prial.
Les hommes de l’Estel commencèrent par souder un cadre métallique sur la porte du hangar, puis ils déployèrent une bâche qu’ils fixèrent sur les trois premiers cotés du cadre.
- Nous pouvons y aller, fit Prial. Nous serons serrés, mais cela ne devrait pas durer trop longtemps.
Les huit hommes se faufilèrent dans la bâche, qui avait en réalité une forme de sac. Puis le sergent Jolah acheva de fixer l’encolure du sac sur le quatrième coté du cadre, les enfermant tous à l’intérieur. Enfin, il reprit le chalumeau avec lequel il avait procédé aux soudures, régla le rayon énergétique en un flux plus fin et plus concentré et entreprit de percer la porte du hangar.
- Capitaine, interrogea Milov d’une voix inquiète, êtes-vous certain que cette bâche résiste à la différence de pression ?
- Je n’ai pas d’inquiétude de ce coté-là, lui répondit Prial. J’ai vu les ouvriers de la Kalyxo se servir de ces sacs pour transporter des charges extrêmement lourdes. C’est un matériau hybride entre le polymère et le métal et c’est incroyablement résistant. Le seul danger provient des fixations sur le cadre, qui risquent soit de s’arracher, soit de pas être totalement étanches…
Un violent courant d’air vint interrompre Prial et raviver les craintes du terrien. Le chalumeau énergétique de Jolah venait de percer la porte et l’air du hangar pénétrait à grand force dans leur sas de fortune, qui se mit à gonfler comme un Ballon de baudruche. L’air du hangar et la chaleur générée par le chalumeau affolèrent les capteurs thermiques des combinaisons, qui n’arrivèrent pas tout de suite à compenser la brusque variation de température. Enfin le sergent réussit à découper une ouverture juste assez large pour que chacun puisse la franchir en se contorsionnant quelque peu.

- Prial, qu’en pensez-vous ? Interrogea Paul d’Estel.
- L’enveloppe du sac tiendra, mais il y a des fuites au niveau des fixations ; on entend l’air qui s’échappe.
- Le principal, c’est que nous soyons dans la place, non ?
- Certainement, mais les systèmes de sécurité du bâtiment vont rapidement détecter la baisse de pression et déclencher une procédure d’alarme. Nous n’avons que peu de temps.
- Bien nous allons commencer par condamner cette porte de manière à éviter qu’un vaisseau ne puisse fuir par ce sas. Sergent, puisque vous maniez si bien le chalumeau, faites donc quelques points de soudure pour empêcher l’ouverture.

Le groupe traversa le sas qui était suffisamment vaste pour être franchi par des vaisseaux spatiaux de petite taille.
- Largement suffisant pour le vaisseau d’Elézard, lança Jeffrez Bïal.
Par chance les portes de services n’étaient pas verrouillées et ils se retrouvèrent au milieu de plusieurs dizaines de vaisseaux spatiaux, entreposés là, certains en fort piteux état devaient rouiller depuis de nombreuses années , d’autres, plus rares semblaient prêts à prendre l’espace à n’importe quel moment.
- On se sépare en deux groupes ordonna Paul. Capitaine, vous prenez deux de vos hommes et Milov; les autres, vous venez avec moi. Chaque groupe inspecte la moitié du hangar et nous nous retrouvons à l’autre bout. Prial, des suggestions ?
- Ce hangar ne semble pas surveillé, mais restons prudents et soyons prêts à utiliser nos armes si besoin est.
Chacun s’empara d’un pistolet et en vérifia les réglages. Après une courte hésitation, Paul en sortit un second de son sac et le tendit à Jeffrez Bïal :
- Vous savez vous en servir ?
- Je n’en ai pas l’habitude, mais je pense que je saurais faire en cas de nécessité. Merci de votre confiance.
- Ne me remerciez pas, contentez vous de me montrer que j’ai eu raison.

Après avoir slalomé entre les engins spatiaux entreposés par les douanes, les deux groupes se retrouvèrent comme convenu. L’Estel laissa éclater sa colère :
- Nous avons fait fausse route, il n’y a aucune trace de ce foutu navire !
A peine eût-il fini sa phrase qu’une sirène leur vrilla les tympans.
- L’alarme dépressurisation ! S’exclama Prial, ne restons pas au milieu...
Tous s’abritèrent derrière la carlingue ruinée d’une vieille navette et attendirent. Rapidement une porte se déverrouilla et depuis leur cachette improvisée ils virent un groupe d’une dizaine d’hommes, dont la plupart étaient lourdement armés, passer en courant et se diriger vers le sas. Lorsqu’ils furent à bonne distance, Jeffrez Bïal annonça :
- J’ai au moins une bonne nouvelle, nous sommes bien au bon endroit. Un des gars qui vient de passer, était sans le moindre doute l’un des plus proches collaborateurs d’Elézard au minitère de la défense de Janus.
- Seconde bonne nouvelle, poursuivit Paul, ils n’ont pas verrouillé la porte derrière eux et nous allons pouvoir sortir de ce hangar. Allons-y vite !
- Troisième bonne nouvelle, conclut Prial lorsqu’ils eurent franchi la porte, nous allons pouvoir enfermer ceux-là dans le hangar et nous débarrasser momentanément d’une dizaine d’ennemis. Mais d’ici quelques minutes, ils auront constaté notre intrusion et notre situation deviendra très compliquée.
Prial verrouilla la porte derrière lui et il bloqua le mécanisme de la serrure.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Jeu 9 Déc 2010 - 10:19

Les huit hommes se trouvaient à l’extrémité d’un large couloir. Par gestes, Prial donna ordre à ses hommes de progresser en inspectant une à une les pièces qui donnaient sur le couloir. Les trois premières étaient vides, mais dans la quatrième, un homme et deux femmes étudiaient des dossiers assis autour d’une table de réunion. Ils n’opposèrent aucune résistance lorsque les soldats les immobilisèrent et leur intimèrent le silence. Ils ne portaient pas la moindre arme et tremblaient de peur face à celles qui étaient pointées sur eux. Lorsque Jeffrez Bïal leur mit sous le nez une photo tridi du ministre Elézard, l’une de deux femmes confirma immédiatement qu’il avait des bureaux dans le bâtiment. Aucun des trois prisonniers ne savait en revanche, quel poste précis occupait Elézard au sein de l’administration dénérienne.
- Nous en savons assez, fit Paul. Sergent, assurez vous du silence de ces trois-là.
Les fonctionnaires dénériens étaient terrorisés tandis que Jolah plongeait la main dans l’une des poches de sa combinaison. Il en ressortit un cylindre translucide et injecta une dose d’anesthésique dans le cou de chacun d’entre eux.
Paul sortit rapidement le plan des bâtiments et le posa sur la table.
- Si leurs renseignements sont bons, les bureaux d’Elézard sont ici. Ce n’est pas loin ; allons y sans tarder…
Désormais pressé par le temps, c’est au pas de course que le commando traversa plusieurs couloirs, sans plus chercher à demeurer discret. Quelques portes s’entrouvrirent sur leur passage et se refermèrent précipitamment sur des visages affolés. Ils aboutirent enfin dans un hall de bonne taille d’où partaient plusieurs couloirs et plusieurs volées d’escaliers. C’est du haut de l’un d’entre eux, que fusa la décharge énergétique qui pulvérisa une cloison entière, à quelques centimètres à peine du torse de Prial. Bien que légèrement armés, les spatiaux de l’Estel étaient parfaitement entraînés et ripostèrent immédiatement. Puis ils progressèrent rapidement, en se couvrant mutuellement par des tirs nourris qui bloquaient leurs agresseurs à l’intérieur. La lueur des armes énergétiques était aveuglante et illuminait les poussières en suspension qui formèrent rapidement un épais brouillard. Les impacts se multipliaient jonchant le sol de gravats.
Soudain, les tirs ennemis cessèrent. La porte et les cloisons autour avaient été carbonisées et deux corps mutilés gisaient à l’intérieur de cette pièce que rien ne distinguait du plus banal des bureaux. Au fond une autre porte conduisait à un local plus petit où une armoire métallique repoussée sur le coté dévoilait une ouverture grossièrement percée dans le mur.
Prial confirma l’évidence :
- Ils ont filé par là ; suivons les…
- Attendez, fit Milov.
Il s’avança vers le fond de la pièce où se trouvaient un fauteuil en position allongé et une table basse sur laquelle avait été renversée une carafe d’eau et un verre. Milov s’accroupit et ramassa au sol une pleine poignée de liens en plastique coupés. Il les montra à Paul.
- C’est ici qu’ils devaient la détenir la plupart du temps, attachée et probablement droguée ou réduite au silence.
Paul acquiesça :
- Vous avez sans doute raison, mais ne perdons pas de temps, nous devons les rattraper…

Derrière la porte dérobée, un escalier sombre s’enfonçait en colimaçon dans le sol. Guidés par leurs lampes torches, ils s’y enfoncèrent résolument, mais en bas, une solide porte blindée était verrouillée.
- Pouvons-nous l’ouvrir au chalumeau ? Demanda Paul.
- Oui, mais ce serait bien trop long, répondit la capitaine. Par contre nous pouvons la faire sauter…
- Alors qu’attendez-vous ?
- L’explosion sera violente, si votre sœur se trouve à proximité…

Paul s’en voulut immédiatement, mais ne put s’empêcher de consulter Milov du regard.
- C’est notre seule chance de la retrouver, fit ce dernier…
- Allons-y, confirma Paul.
Le sergent Jolah sortit quelques barrettes d’explosif qu’il colla contre les charnières et les serrures de la porte, puis il annonça calmement :
- Tout le monde remonte et se met à l’abri, explosion dans trente secondes.

Même allongés à plat ventre dans la pièce où Ann avait été prisonnière, ils ressentirent le souffle et la chaleur de l’explosion qui s’étaient engouffrés dans le puits formé par la cage d’escalier. Alors qu’ils s’apprêtaient à redescendre, des cris retentirent à l’extérieur ;
- Dépêchons nous, fit Prial, ou bien nous serons pris entre deux feux. Leurs renforts vont arriver, peut-être les gars que nous avions enfermés dans le hangar.
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Jeu 9 Déc 2010 - 15:15


En bas de l’escalier, la porte blindée et une large partie du mur avaient été arrachés et projetés à plusieurs mètres. Trois personnes gisaient au sol, à moitié recouvertes de gravats. Passés les premiers instants, ce fut le soulagement ; Ann d’Estel ne figurait pas parmi les victimes.
Le vaisseau mystérieux des frères du Temple secret était là, dans ce hangar souterrain ; ce vaisseau à la technologie nouvelle que Paul haïssait autant pour les ravages qu’il avait commis au large de Janus IV et pour l’enlèvement de sa sœur, que pour la menace qu’il faisait planer sur son mode de vie, sur celui de toutes les grandes Familles de la Galaxie. La poupe, par lequel ils pouvaient l’observer, ne différait pas sensiblement des vaisseaux traditionnels, avec les tuyères destinées à manœuvrer aux vitesses subluminiques et les bossages qui couraient sur ses flancs et abritaient vraisemblablement les habituels dispositifs gravitationnels. Vu de la sorte, rien ne laisser deviner que cet engin était capable de voyager en un clin d’œil et sans le moindre décalage temporel, en empruntant l’hyperespace.

Paul entendit confusément, derrière lui, des cris et des déflagrations dans l’escalier qu’ils avaient quitté, mais cette information passa au second plan. Devant lui, debout sur la passerelle qui menait à bord du vaisseau, se tenait Ann et derrière elle, un bras passé autour de sa gorge et la seconde main enfonçant une arme au creux de ses reins, Elézard grimaçait.
- Ainsi vous êtes venus, fit-il en fixant Paul d’un regard mauvais. Vous avez osé laisser votre précieuse flotte derrière vous et vous êtes là. J’ignore comment vous m’avez retrouvé, mais je dois admettre que vous m’étonnez !
- Relachez immédiatement ma sœur. Vous n’avez aucune chance de quitter cette planète.
- Croyez-vous ça ! Si votre flotte était à proximité de Dénéria, je l’aurais su et si il ne s’agit que de quelques vaisseaux qui ont eu le courage de venir en éclaireurs en rompant votre si chère unité, comment pourraient-ils espérer m’arrêter ? Vos manœuvres d’arraisonnement ont échoué sur Janus et elles échoueront encore plus facilement ici ! Et je ne pense pas que vous donnerez l’ordre de détruire un appareil dans lequel se trouverait votre charmante sœur. Je me trompe ?
- Si je vous laisse quitter ce ststème stellaire, Ann sera toute aussi morte que si nous vous abattons ici ou en plein vol…
Elézard partit d’un grand rire et poursuivit
- Vous nous considérez comme des pestiférés parce que nous avons foi en notre Dieu et en un monde meilleur, mais c’est vous qui êtes superstitieux. « la séparation équivaut à la mort », cette chère Ann, n’a pas cessé de me le répéter durant les quelques mois que nous avons passés ensemble. Mais vous raisonnez tous deux comme des spatiaux attardés, le monde change plus vite que vous !
Paul tressaillit au rappel du décalage temporel qui avait déjà eu lieu entre Janus IV et Dénéria. Elézard poursuivit :
- J’aurais pu l’éliminer depuis longtemps et pour tout dire j’en ai eu envie chaque matin, que Dieu a fait. Mais je voulais vous voir face à face ; je voulais voir l’Estel trembler et supplier. Vous n’avez pas seulement hérité de la charge et du titre d’Estel, vous avez aussi hérité du sang que votre famille a fait couler durant tourtes ces années où vous avez traqué les nôtres.
- Nous avions manifestement raison et nous continuerons de vous traquer au nom de ceux que vous avez tué autour de Janus.
- Oh ne vous méprenez pas, aujourd’hui encore les miens sont presque tous des moutons qui se laisseront massacrer comme ce fut le cas à Ho’sin. Mais nous sommes quelques uns à penser que Dieu ne veut pas d’un peuple de ruminants serviles. Aujourd’hui n’est qu’un début, Estel. Demain nos vaisseaux seront plus nombreux et mieux armés et ce ne seront plus seulement des cargos ou des frégates qui tomberont sous nos coups. Nous détruirons les familles qui nous ont causé du tort, une par une…
Paul tenta de bluffer une dernière fois :
- Relâchez ma sœur et nous vous laisserons partir, sains et saufs.
- Je vais en effet quitter ce système dès maintenant, mais cette chère Ann vient avec moi. Je vous promets qu’aucun de nous ne la tuera. Nous la regarderons vieillir pendant qu’elle se demandera jour après jour, si vous oserez une nouvelle fois tenter de la ramener chez elle.
Ann tenta de se débatttre, mais elle tenait à peine sur ses jambes et Elézard la maintenait fermement.
- Paul, ne les laisse pas m’emmener, hurla t-elle d’une voix éraillée. Je t’en supplie !
Paul jeta un coup d’œil de coté et vit que Prial et ses hommes avaient encerclé Elézard et le visaient avec application. Serait-il possible de l’abattre d’un tir suffisamment précis pour épargner Ann ? Il en doutait. Si ils avaient été équipés de fusils d’assaut à particules cinétiques, la question ne se serait même pas posé et Elézard serait déjà mort, sans avoir eu le temps de la moindre réaction, mais avec de simples armes de poings à faisceaux énergétiques, c’était impossible. Il sentait son cœur cogner dans sa poitrine à tout rompre et savait que Prial attendait des ordres qu’il exécuterait avec sa rigueur toute militaire, malgré l’attachement que le vieux soldat avait pour la jeune fille.
Ce fut Milov, qui le sortit de son indécision :
- Ne faites pas ça !
- Vous voulez la condamner à une vie entière de réclusion ? Vous pensez que c’est préférable ?
- Tant qu’elle est vivante, un espoir aussi infime soit-il demeure…
Paul ne put se résoudre à le contredire et il baissa son arme, immédiatement imité par les autres.

Elézard, un sourire narquois figé au coin des lèvres progressa sur la coursive, en s’abritant toujours derrière Ann et pénétra dans son vaisseau. Au dernier moment il lança :
- Au fait, si vous voulez revoir votre vieille sœur, il faudra venir sur Terre. Je sais c’est loin et je serais peut-être moi-même un vieillard lorsque vous y parviendrez, mais que voulez-vous je dois m’y rendre pour une affaire urgente ! A dans très longtemps, donc !
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Ven 10 Déc 2010 - 9:26


La porte du vaisseau se referma sur eux et presque aussitôt, le sol se mit à vibrer. Paul verrouilla la visière de son casque, bascula le système d’air sur le respirateur autonome et enclencha le communicateur radio.
- Nous ne devons pas rester là, hurla t-il inutilement.
- Par ici, fit l’un des soldats. Il y a un bunker sous la dalle du hangar, nous y serons à l’abri du décollage et de la dépressurisation.
Ils le suivirent et Paul qui était entré le dernier, verrouilla la porte étanche derrière eux. C’est alors seulement qu’il remarqua l’absence de l’un d’entre eux.
- Où est Bïal ?!
- Il m’a dit qu’il restait en arrière dans l’escalier, répondit Prial. Pour empêcher les autres de nous prendre à revers.
- Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? Lorsque les réacteurs de poupe s’allumeront, il sera carbonisé. Il faut aller le chercher…
- C’est trop tard, Monsieur, intervint le sergent Jolah. Lorsque nous nous sommes repliés ici, j’ai vu son corps en bas de l’escalier. Il est mort, j’en suis sur. Mais les autres ont du avoir des pertes et comme ils ignorent combien nous sommes, ils ont du juger plus prudent de nous attendre en haut.
- Vous aussi, sergent, vous auriez pu m’en informer…
- Désolé, Monsieur, j’étais sur que vous l’aviez vu aussi et puis j’ai pensé que ce n’était pas le plus important ; après tout ce n’est jamais que l’un des leurs…
- Qui s’est sacrifié pour protéger vos fesses !

Au dessus de leur tête, l’enfer semblait s’être déchaîné pendant que le vaisseau devait quitter son berceau. Lorsque toutes les vibrations eurent enfin cessées, Paul entrouvrit la porte et se sentit violemment aspiré tandis que l’air s’échappait du bunker. Dès qu’il le put sans danger, il acheva d’ouvrir et tous remontèrent dans le hangar. Le toit avait été escamoté pour laisser le passage à Elézard et l’éNorme globe de Dénéria, la principale planète du système brilLait juste au dessus de leurs têtes. Seule une traînée brillante, déjà haute dans le ciel, témoignait encore du décollage. Prial tira Paul d’Estel de sa contemplation morose.
- Nous ne pouvons pas repartir par là où nous sommes venus. Avec la dépressurisation, les systèmes de sécurité ont du verrouiller automatiquement toutes les portes étanches disponibles et la police dénérienne doit être sur le pied de guerre. Il y a une échelle de sécurité, contre le mur là-bas, qui nous permettra de rejoindre la surface. Après nous n’aurons plus qu’à récupérer le glisseur pour rejoindre le «Chuchoteur ». Nous n’avons malheureusement plus rien à faire sur cette lune.
Paul se retourna et aperçut le corps de Jeffrez Bïal, au pied de l’escalier en colimaçon. Une sangle de son sac à dos s’était accrochée sur une cornière métallique à moitié déchiquetée par l’explosion et l’avait retenu lorsque le toit du hangar s’était ouvert et que la violente dépressurisation avait tout emporté sur son passage.
- Sergent, allez récupérer le corps de cet homme. Nous n’accordons aucune importance à ce que deviennent nos dépouilles, mais je sais que pour lui, c’était quelque chose d’important. Avant de quitter « La grosse mine », nous allons ramener son corps auprès des siens. Après seulement nous rejoindrons le capitaine Amilia à bord du « Chuchoteur ».

Chapitre 10 (à suivre...)


Dernière édition par Aralf le Dim 12 Déc 2010 - 22:59, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Aralf
Bédélien assidu
Bédélien assidu
avatar

Masculin
Nombre de messages : 405
Age : 52
Localisation : Provence
Emploi/loisirs : Poésie
Humeur : nostalgique
Date d'inscription : 23/02/2010

MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   Dim 12 Déc 2010 - 22:58

Chapitre 10

Lorsque Adam Saliambo, Angéla Savario et les quelques membres de la secte présents, allongèrent le corps mutilé et en partie carbonisé de Jeffrez Bïal et s’agenouillèrent autour de sa dépouille pour prier, Paul et Milov se sentirent tous deux mal à l’aise, déplacés… Paul ne parvenait pas à croire qu’il assistait en personne à une cérémonie religieuse, à des rites formellement réprouvés par toutes les lois de la Galaxie, sans toutefois avoir l’impression de manquer à son devoir, ni avoir l’envie d’écraser tout le bâtiment sous une salve de missiles.
Ils patientèrent, debout, dans un angle de la chapelle jusqu’à ce que les autres se relèvent.
Au moment de sortir, Angéla s’approcha d’eux, leur prit la main et leur dit juste « merci », à voix basse. Ensuite, ils rejoignirent en silence Prial et ses hommes.

Peu avant la cérémonie, à laquelle il avait accepté de participer sans trop savoir pourquoi, Paul avait raconté à Adam et à Angéla les détails de leur opération, son fiasco final et la mort courageuse de leur compagnon dont il avait un peu embelli le récit.

- Qu’allez-vous faire maintenant ? Lui demanda Angéla.
- Retourner sur la frégate qui nous a amené ici et rejoindre notre flotte.
- Et pour votre sœur ?
- La Terre est à plusieurs centaines d’années lumières. Dès que nous serons à bord du « Chuchoteur », je lancerai les calculs probabilistes pour connaître les possibilités qui s’offrent à nous. Mais je n’ai aucune illusion, le délai sera éNorme et l’incertitude encore plus. Ce serait une aventure insensée. Et durant ce temps, Ann vieillira, tandis qu’Elézard et les siens auront tout loisir de construire une véritable armada de ces vaisseaux fantômes. Je crains qu’il n’ait entièrement raison, le temps des grandes familles spatiales est révolu…
Angéla se retourna vers Adam Saliambo et lui dit :
- Qu’en penses-tu ?
L’administrateur de la Kalyxo prit tout son temps pour répondre au sous-entendu d’Angéla :
- C’est à toi que notre Père vénéré a confié cette mission. Tu as toute sa confiance et donc la mienne aussi. Ta décision sera la bonne.
- De quoi parlez-vous ? L’interrompit Paul.
- J’ai une proposition à vous faire, reprit Angéla.
- Vous voulez renoncer à la religion, vous repentir et embarquer avec nous ?
Elle sourit et rien que pour cela, Paul fut satisfait de sa raillerie.
- Non, reprit-elle. Mais pensez-vous que notre hiérarchie nous ait confié cette mission d’enquête sur le Temple Secret il y a de cela plusieurs centaines d’années ?
- Non, j’ai cru comprendre de mes conversations avec Jeffrez, que le Temple Secret n’existait pas depuis aussi longtemps que cela, mais je ne vois pas…
- Et bien réfléchissez un peu !
Paul sentit son sang refluer de son visage, tandis que l’évidence qu’il n’avait jamais entrevu lui apparaissait subitement.
- Vous disposez des mêmes vaisseaux qu’Elézard ?!
Angéla sourit à nouveau.
- Pas tout à fait les même…
- Expliquez moi.
- Les principes théoriques de la navigation hyperspatiale ont été posés par un groupe d’ingénieur qui avaient leur laboratoire sur la base spatiale d’Ho’sin. Ils ont été tués, mais leurs travaux on pu être sauvés in extremis. C’est peu après le massacre…
- La bataille, contra Paul.
- Non, je suis désolé, j’ignore ce que raconte votre histoire officielle, mais il n’y a pas eu de bataille, juste un massacre.
- Admettons…
- C’est peu après que le Temple Secret à faire parler de lui et à réclamer vengeance. Ils ont jugé que le pacifisme de notre Eglise n’était plus justifié et ils ont très vite compris le potentiel militaire des travaux sur l’Ansible. Ils ont eu accès aux plans des prototypes et ont construit en secret plusieurs modèles de vaisseaux armés, destinés à frapper ceux qui s’acharnaient sur nous. Nous avions pris du retard, mais nous avons fait notre possible pour contrer nos frères égarés sur le chemin de la violence…
- De grâce, venez-en au fait ! S’impatienta Paul. Disposez-vous d’une flotte pour lutter contre eux ?
- Non, cela nous entraînerait trop loin de nos principes et de notre foi en un Dieu d’amour et de paix. Mais depuis quelques années, nous avons développé nous aussi le vol hyperspatial et mis en place un réseau de surveillance sur chaque planète où nous le pouvions, pour essayer de démasquer les traîtres.
- Démasquer un traître, sans avoir un fusil pour l’abattre ne sert à rien, lança Paul plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu.
- Nous disposons de quelques armes et nous avons la bénédiction de notre Père vénéré pour en faire usage si cela est vraiment nécessaire. C’est ce que ce pauvre Jeffrez a dû se résoudre à faire.
- Je sais cela, il me l’avait expliqué. Mais revenons en aux vaisseaux...
- La technologie est complexe et très coûteuse. Nous disposons en tout et pour tout de cinq navires opérationnels qui ont servi à transporter nos agents sur les différents mondes habités que nous voulions surveiller et il se trouve que l’un d’eux est actuellement basé sur Dénéria…
- Et ?
- Je persiste à penser que malgré ce qui est arrivé par le passé, aujourd’hui nous avons un ennemi commun et que cela est plus fort que ce qui nous divise. Je suis disposé à mettre ce navire à votre disposition, si vous nous aidez à lutter contre Elézard et le Temple Secret en général.
- En combien de temps pourrions-nous rallier la Terre ?
- Quelques heures tout au plus. Le plus long est d’apprêter le vaisseau et de quitter l’attraction planétaire. Après le temps est totalement suspendu durant le trajet, quelle que soit la distance.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La lumière déchirée -suite et récap depuis le début   

Revenir en haut Aller en bas
 
La lumière déchirée -suite et récap depuis le début
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La lumière déchirée -suite et récap depuis le début
» La lumière déchirée - 4
» [Calmel, Mireille] La reine de Lumière - Tome 1: Elora
» Les films qui n'auraient jamais dû avoir de suite
» Les 10 meilleurs reflex numériques en basse lumière selon DxO

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
( FERMÉ/ENTROUVERT] La Base de Loisirs Artistiques et Créatifs :: COIN DE VOS OEUVRES TERMINEES :: Les MOTS Enchanteurs et les Duo avec peintres (Poésie/Peinture)-
Sauter vers: