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 La lumière déchirée - 9

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Aralf
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MessageSujet: La lumière déchirée - 9   Mar 16 Nov 2010 - 10:28

Si certains s'intéressent à cette histoire et veulent connaître la suite...

Chapitre 8

Deux jours plus tard, la flotte de l’Estel s’apprêtait seulement à quitter Janus. Paul avait accepté de sacrifier ce délai pour laisser le temps à son intendant de négocier et d’embarquer des marchandises ; principalement des containers cryogéniques de produits alimentaires qui étaient les biens les plus demandés sur Dénéria. « A supposer, que la flotte ait le temps de faire du commerce sur Dénéria », pensa Paul qui était loin d’en être convaincu. Il observa les dernières navettes en train de rejoindre leurs cargos, à travers les senseurs optiques de son poste de commandement.
- Commandant, dit le Capitaine Still, la frégate Le Chuchoteur ; vient de s’arrimer au premier sas bâbord. Le Capitaine Amilia vous fait savoir que tout est prêt à bord pour vous accueillir.
- Parfait, tous les autres sont prêts ?
- Oui, Monsieur, ils vous attendent sur le pont d’embarquement.
Paul se leva lentement de son siège, jeta un regard circulaire sur la passerelle et dit s’adressant à tous :
- Officiers de l’Estel, ce cuirassé est désormais sous le commandement du Capitaine Still. On se retrouve sur Dénéria. Restez unis…
Les officiers reprirent en chœur la formule rituelle « restez unis » et cela arracha un sourire contrit à Paul qui en embarquant sur la frégate Le Chuchoteur s’apprêtait justement à rompre l’unité de sa famille ; même s’il savait que le risque avait été calculé au plus juste.
Sur le pont du niveau principal, face au sas d’embarquement attendait le Capitaine Prial, quatre de ses hommes triés sur le volet , Jeffrez Bïal dont les mains étaient entravées par des menottes et Milov Ezérian le terrien . Ce dernier avait littéralement harcelé Paul qui avait finalement renoncé à son projet initial consistant à le débarquer sur Janus et avait même fini par accepter qu’il se joigne à la mission.
Les huit hommes pénétrèrent dans le sas, la porte intérieure se referma sur eux et quelques secondes après que les voyants de sécurité furent tous passés au vert, la lourde porte blindée, aussi épaisse que l’était la coque même du cuirassé coulissa pour leur laisser le passage.
A l’autre bout du couloir mobile qui reliait les deux vaisseaux, le Capitaine Amilia attendait en grand uniforme. Lorsque Paul mit le pied sur la frégate, elle fit un impeccable salut militaire et déclama :
- Commandant, soyez le bienvenu sur Le Chuchoteur, moi-même et l’équipage sommes fiers de vous accueillir à notre bord.
Paul lui rendit son salut et poursuivit :
- Merci Capitaine. Je suis le Commandant de la flotte, mais vous restez maître à bord de ce vaisseau. Nous essaierons de nous faire tout petits.
Amilia se détendit et sourit :
- Et sans vous offenser, cela sera bien utile, Le Chuchoteur est un grain de poussière à côté de L’Estel et avec huit invités, la place sera extrêmement comptée… Nous vous avons libéré deux cabines, une pour vous même et une sécurisé pour votre prisonnier.
- C’est trop aimable, se crut obliger d’ironiser ce dernier.
Amilia, n’en fit aucun cas et poursuivit :
- Et nous avons installé un petit campement de fortune dans une soute d’armement, pour les autres. Mes gars ont fait du bon boulot pour que vous ne souffriez pas du froid.
L’ensemble de la flotte, navigant de conserve, était en pleine accélération lorsque Paul se retrouva sur la passerelle de Commandement de la frégate. Tous les vaisseaux avaient synchronisé leurs systèmes de vol sur celui de l’Estel et le grand cuirassé se tenait à l’avant de la flotte. Tous les vaisseaux, sauf Le Chuchoteur, dont le plan de vol avait été calculé pour un retour en vitesse subluminique à proximité du système de Dénéria. Le principe d’incertitude temporelle, induit par les déplacements hyperluminiques rendait impossible la localisation précise des corps célestes à l’intérieur d’un système, mais les ordinateurs de bord, en se basant sur de puissants outils d’analyse statistiques, pouvaient pour un trajet donné, calculer des trajectoires mettant les navires à l’abri d’une collision. Plus le trajet hyperluminique était long, plus l’incertitude temporelle était importante et plus les calculs devenaient aléatoires. La distance entre Janus IV et Dénéria était modeste et les navigants du Chuchoteur avaient ainsi estimé pouvoir prendre le risque d’un ralentissement tardif, le plus près possible de la planète mère du système stellaire. Malgré cela tout le monde semblait tendu à bord de la frégate. Paul n’ignorait pas que cela était la conséquence directe de sa décision de désunir Le Chuchoteur du reste de la famille ; même si cela était pour une différence de trajet minime.

Le voyage dura exactement vingt et un jours. L’ambiance à bord de la frégate était bien différente que celle que Paul connaissait à bord de L’Estel. L’équipage se composait de seulement trente hommes et femmes d’équipage ; tous des jeunes qui effectuaient leurs cinq années obligatoires sur un vaisseau de combat. Quelques-uns d’entre eux deviendraient sans doute sous-officiers ou officiers et poursuivraient leur carrière sur une frégate, un croiseur de combat, voire à bord de l’Estel, mais la grande majorité rejoindrait les vaisseaux civils et y fonderait une famille. L’exiguïté des lieux, accentuée par la présence des huit invités, ne laissait à chacun que peu de liberté et d’intimité. Trois fois par jour, un des commandos de Prial prenait en charge Jeffrez Bïal pour l’accompagner au réfectoire, et lui faire faire le tour des coursives, avant de le boucler derechef dans sa cabine. Paul allait régulièrement s’entretenir avec lui pour essayer d’obtenir d’autres renseignements sur le Temple et sur ses contacts dans le système de Dénéria, mais Bïal semblait maître dans l’art de la dialectique et invariablement la conversation glissait vers la spiritualité, la religion et l’Histoire de l’humanité et Paul finissait par partir furieux et frustré.

Lorsque le Capitaine Still, commandant par intérim de L’Estel, transmis les instructions à l’ensemble de la flotte pour entamer le ralentissement, prélude à l’extinction des moteurs Woo, et que le Chuchoteur ne s’y conforma pas, la malaise fut à son comble. Tous les officiers étaient à leur poste sur l’étroite passerelle de commandement de la frégate qui continuait à filer à des vitesses inconcevables, et les systèmes de communication perdirent en un instant le contact avec les autres vaisseaux. Un grand silence se fit immédiatement, et en dehors de quelques phrases portant sur des données purement techniques, il se prolongea jusqu’à ce le Capitaine Amilia enclenche enfin le compte à rebours pour la décélération du Chuchoteur. Entre les deux, il ne s’étaient écoulés que quelques heures, mais les vitesses en jeu étaient si importantes que le Chuchoteur avait creusé la distance avec le reste de la flotte. Pour annuler les effets des différences de distorsions temporelles, Paul pensa qu’il faudrait aussi resynchroniser entièrement tous les systèmes informatiques de la frégate, lorsque celle-ci et la flotte se retrouveraient.

Tous ressentirent le malaise habituel, cette incompréhensible sensation de déchirement, lorsque le seuil luminique fut en passe d’être franchi et Paul qui avait instinctivement bloqué sa respiration, prit une grande goulée d’air dès que les voyants d’alerte repassèrent au vert.
- Moteurs Woo éteints, annonça le jeune officier en charge des systèmes de propulsion. Les moteurs classiques n’ont pas été activés, nous sommes en dérive rapide…
La voix un peu crispée d’Amilia, se fit entendre :
- Navigateur, il nous faut immédiatement le point sur notre position dans le système.
- Notre position par rapport à Dénéria est assez conforme à nos prévisions. L’objet le plus proche de nous est un astéroïde de bonne taille, qui est en orbite large autour de Dénéria.
- Pouvons-nous l’atteindre.
- Pas sur notre lancée actuelle, mais j’ai une solution de trajectoire avec seulement quelques impulsions de nos moteurs, qui nous permettrait de positionner l’astéroïde entre nous et Dénéria.
- Sa masse sera suffisante pour masquer notre freinage ?
- Oui, Capitaine, largement. Mais il nous reste à peine vingt secondes pour lancer la manœuvre. Après cela nous demanderait de rallumer nos moteurs sur une bien plus longue période et notre signature énergétique…
- Très bien Lieutenant, allez-y.

Tous moteurs éteints, la frégate qui filait pourtant à une vitesse proche de celle de la lumière semblait immobile dans le vide spatial, lorsque de brèves impulsions de ses moteurs vinrent brièvement lui redonner vie et infléchir sa trajectoire. A peine quelques secondes plus tard, utilisant la masse de l’astéroïde comme bouclier, l’équipage du Chuchoteur, ralluma complètement le système de propulsion et poussa à leur maximum les générateurs de champs gravitationnels pour casser la célérité de la frégate. Habitué au confort feutré de l’Estel, Paul eût l’impression que le petit vaisseau allait se désintégrer sous l’éNorme effort qui lui était demandé. Sur l’écran principal, le polygone rouge représentant l’astéroïde et le point vert représentant la frégate ne cessaient de se rapprocher, tandis que des séries de chiffres ne cessaient de défiler.

- Extinction des systèmes de propulsion dans 3, 2, 1 ; extinction…
Lorsque la voix du Lieutenant se tut, la frégate, fut à nouveau Plongée dans le silence. Au bout d’un instant il reprit :
- Notre vitesse est correcte et notre dérive est maintenant sous l’influence de l’astéroïde. Nous serons sur son orbite sans avoir besoin de rallumer les moteurs.
Amilia exulta :
- Bien joué Lieutenant ! Là où nous sommes, tant que tous nos systèmes restent en mode passif, nous sommes pratiquement indétectables.
Puis elle se retourna vers Paul :
- Commandant, nous allons maintenant actualiser et vérifier les différents scénarii que nous avions envisagés avant notre départ. Mais la configuration des planètes est assez conforme à ce que nous attendions, nous ne devrions pas avoir trop de surprises. Notre objectif est toujours la principale lune de Dénéria ?
- Tout d’abord, Capitaine, la manœuvre était osée, mais toutes mes félicitations pour cette entrée en matière. Je crois que nous avons bien fait de choisir Le Chuchoteur
- Merci Monsieur et vous verrez qu’il mérite bien son nom !
- Je n’en doute pas. Continuez à étudier les différentes options, mais il faut avant tout que j’ai une nouvelle discussion avec notre prisonnier.


Quelques heures plus tard Le Chuchoteur quittait l’orbite de l’astéroïde et prenait la direction de la principale lune de Dénéria. Dans les registres de l’académie géographique de l’Union, celle-ci était simplement répertorié sous le nom de Dénéria L1 ; mais les habitants du système la nommait familièrement « la grosse mine » en référence à l’unique activité que l’homme y avait développée et par opposition à une seconde lune de taille plus modeste, cette fois surnommée par les dénériens, avec une remarquable originalité, « la petite mine » ! Contrairement aux autres éléments de la flotte, Le Chuchoteur était un navire furtif aux formes fluides, dont tous les systèmes avaient été étudiés pour limiter le plus possible la signature énergétique. La discrétion ne faisant pas vraiment partie des stratégies développées par les grandes familles spatiales, Paul n’avait en réalité jamais compris l’utilité d’avoir dans sa flotte un tel bâtiment, dont la force de frappe était bien inférieure à celle d’une frégate de même tonnage. Aujourd’hui il assistait en spectateur aux manœuvres d’approche de la « Grosse mine ». Les moteurs ne fonctionnaient que par intermittence pour donner au navire sa vitesse et une trajectoire destinée à se confondre autant que possible avec le mouvement naturel d’un corps spatial, tous les systèmes de bord non vitaux et susceptibles d’émettre des ondes électromagnétiques étaient déconnectés et Le Chuchoteur émettait en permanence des contre-mesures destinées à brouiller les radars et autres moyens de détection. Paul se prit à sourire en s’apercevant que même si cela était totalement inutile dans un contexte spatial, l’équipage se mettait au diapason de son vaisseau et parlait à voix basse…

L’atterrissage eut lieu dans une zone désertique, Plongée dans la nuit au creux d’un cratère météorique. Paul, Milov, Prial et ses hommes se retrouvèrent dans le sas de débarquement de la frégate. Tous avaient revêtu des tenues civiles, les plus neutres qu’ils avaient pu trouver au sein de la flotte, mais malgré cela, Paul doutait fort qu’ils puissent passer inaperçus parmi les habitants de la « grosse mine ». Il s’adressa au membre du Temple :
- Notre armement est moins voyant que celui que nous avons l’habitude d’utiliser, mais les armes de poing que nous avons sur nous, seront largement suffisantes pour vous envoyer rejoindre votre dieu avant la date prévue, si vous vous amusez à nous jouer un mauvais tour. Est-ce clair ?
- Parfaitement clair…
- Bien, nous allons emprunter un glisseur pour nous rendre à proximité du spatioport de cette maudite lune et nous tacherons de nous infiltrer dans les installations. Ensuite, vous nous mènerez à voter contact dénérien et il vous restera à prier pour qu’elle soit aussi coopérative que vous l’espérez…

Le glisseur sortit du sas arrière du « Chuchoteur » et mis le cap sur la zone habitée en utilisant au mieux les irrégularités du terrain pour masquer son approche. La « Grosse mine » était une lune de bonne taille, mais son atmosphère quasi inexistante la condamnait à une totale stérilité. Durant près d’une heure standard, le pilote du glisseur conduisit son engin dans un désert minéral de collines et de canyons où d’énormes blocs de rochers semblaient profiter de la faible gravité pour se jouer des lois de l’équilibre. La roche était rouge, veinée de larges sillons sombres, presque noirs. L’horizon fortement arrondi, donnait l’impression de se trouver à portée de bras et les premiers bâtiments de l’exploitation apparurent soudainement. Il s’agissait pour la plupart de bâtiments bas, de béton gris, recouverts en grande partie de pulvérulence ocre. Le seul bâtiment qui par sa hauteur, se distinguait un peu des autres était la tour du spatioport.

Le véhicule fût stoppé à une distance raisonnable des installations et les huit hommes en sortirent après avoir enfilé des combinaisons souples mais résistantes et munies de respirateurs et de recycleurs d’air leur offrant environ deux heures d’autonomie. Malgré le système de chauffage intégré aux combinaisons, le froid les saisit immédiatement et nul ne se fit prier pour se mettre en route, après avoir consciencieusement camouflé le glisseur au moyen de bâches « caméléon » à coloration automatique, qui d’assez loin le rendirent presque invisible. Leurs déplacements facilités par la faible gravité les amenèrent rapidement au contact des premiers bâtiments qu’ils contournèrent discrètement jusqu’à la tour de contrôle.

Alors qu’ils cherchaient un moyen discret de pénétrer dans les bâtiments, une lueur vive apparût dans le ciel sombre et grossit rapidement.
- Une navette va atterrir, conclut Paul d’Estel en vérifiant que le micro de son système de communication était bien ouvert. Ce sera peut-être notre chance…
L’absence d’atmosphère leur épargna le grondement des réacteurs d’atterrissage, mais les vibrations, lorsque l’engin toucha le sol leur firent presque perdre l’équilibre.
Au bout de quelques minutes, le capitaine Prial qui observait la scène avec des jumelles à vision nocturne commenta sobrement :
- Pas de passagers, uniquement des containers de fret qui sont en train d’être transbordés sur des glisseurs de transport.
- Du personnel ? L’interrogea l’Estel.
- Non, l’opération semble entièrement automatisée. Je viens de repérer le hangar d’où le glisseur est sorti. La porte est toujours ouverte, le sas est donc probablement désert. Si nous longeons ce bâtiment rapidement, nous pouvons certainement atteindre le hangar avant que le transbordement ne soit terminé. Après nous devrons compter sur la chance…
- Très bien, nous vous suivons Capitaine, allons-y.

Les huit hommes traversèrent à la course un morceau du tarmac, bénissant l’absence totale de clôture et de surveillance autour des installations portuaires, puis ils longèrent le plus discrètement possible un bâtiment tout en longueur. Ils dépassèrent ainsi plusieurs quais de déchargement aux portes hermétiquement fermées, jusqu’à atteindre leur but. Ils s’engouffrèrent dans le hangar, juste au moment où le glisseur ayant terminé sa besogne auprès de la navette faisait demi-tour.

Le hangar était vaste et encombré de containers vides, de nombreux engins de déchargements et de véhicules à l’aspect plus ou moins obsolètes. Ces machines hétéroclites n’avaient pour seul point commun que la poussière rougeâtre qui les recouvrait. Le commando de l’Estel n’eut aucune difficulté à se camoufler entre deux véhicules avant que le glisseur de transport ne rentre et que les portes étanches ne se referment en coulissant. Il fallut encore plusieurs longues minutes pour que le hangar ne se remplisse à nouveau d’air. Dès que les témoins de pression atmosphérique de leurs combinaisons leur donnèrent le feu vert, les huit hommes s’empressèrent de s’en dévêtir en silence. Une odeur de ferraille rouillée et d’acide leur agressa immédiatement les narines et tous firent la même grimace, plissant les yeux et les narines. Les combinaisons furent soigneusement pliées et rangées dans les havresacs dont chacun était doté.

Dans le même temps, les portes intérieures de la base lunaire s’ouvrirent dans un léger chuintement d’air et un flot bruyant de dockers entra dans le hangar et se dirigea vers l’engin à décharger. Les containers furent ouverts, les bras des hommes et les transpalettes commencèrent à les vider. Profitant du vacarme, Paul entraîna le petit groupe vers la sortie en slalomant entre les véhicules. Après avoir franchi un couloir vide, ils se retrouvèrent dans les magasins de stockage des installations minières. Au milieu d’immenses rayonnages s’élevant sur plusieurs étages, une nuée de manutentionnaires rangeaient, stockaient ou au contraire venaient récupérer du matériel des outils. Il n’était plus question de se cacher et à l’initiative de Paul, le groupe s’avança ostensiblement en devisant à haute voix de leur retour de Dénéria. Leurs vêtements suscitèrent bien quelques sourcils froncés et quelques regards en coin, mais il ne devait pas être exceptionnel qu’une navette de fret embarque quelques passagers pressés et bizarres et nul ne leur posa de question.

Enfin, ils sortirent de la zone des entrepôts, évitèrent quelques bâtiments administratifs, empruntèrent un vaste escalier mécanique qui descendit interminablement dans les entrailles de la lune de Dénéria et atteignirent enfin la ville minière.

L’odeur acide et métallique n’avait cessé de s’intensifier durant leur descente et Paul se demanda s’il était possible de s’y habituer un jour. Il s’éclaircit la gorge qui le piquait et recelait un horrible goût de fer et s’adressa à Jeffrez Bïal :
- Bien, nous y sommes et maintenant comment procédons-nous ?
- Nous devons trouver les bureaux de la compagnie minière Kalyxo, mon contact est ingénieur dans cette société.
- Comment se nomme t-elle ?
- Je l’ignore, nous ne nous connaissons pas, mais je sais comment lui laisser un message et lui indiquer l’urgence et la gravité de la situation.
- Mais vous m’aviez dit…
- … Que nous étions bien implantés sur Dénéria et que l’une de nous avait reçue la même mission que moi ; à savoir traquer les membres du Temple secret et les empêcher de nuire. Je sais juste qu’il s’agit d’une de nos soeurs, mais j’ignore son nom.
- Vous êtes des gens prudents.
- Vous êtes les gens qui nous avez appris à être prudents en nous pourchassant pendant des siècles.
- Nous avons toujours fait notre devoir, votre secte…
Ce fut Milov qui intervint et coupa leur conversation :
- Arrêtez, cela ne nous mènera à rien. Comment rentrerez-vous en contact avec elle ?
- Vous le verrez bien.
- Vous êtes exaspérant, reprit Paul, mais sachez que si vous nous conduisez dans un quelconque piège, vous serez le premier à goûter de nos armes. Je sais que vous ne craignez pas la mort, mais il est des blessures qui vous font regretter de ne pas être mort…
Jeffrez Bïal demeura impassible et reprit :
- Pendant que nous marchions, j’ai vu plusieurs personnes consulter des bornes d’information situées aux angles des principales artères. Nous y trouverons sans doute le plan de la ville et toutes les informations dont nous avons besoin.

Effectivement quelques dizaines de mètres plus loin, le groupe s’arrêta devant une borne d’information et ce fût Jeffrez Bïal qui prit l’initiative. Il posa sa main sur l’appareil et une voix de synthèse lui adressa la parole. Quelques instants plus tard, un hologramme leur montra un plan tridimensionnel de la « Grosse mine ». La ville se présentait comme un entonnoir et s’étageait en son centre sur huit niveaux. Le premier, par lequel ils étaient arrivés, accueillait le spatioport et tous les services administratifs de Dénéria. En dessous venaient les quartiers commerciaux, où ils se trouvaient actuellement. De larges rues se coupaient à angle droit. Au centre des allées, deux voies étaient réservées à la circulation de véhicules automatiques transportant passagers et marchandises. Les larges trottoirs étaient bordés de vitrines multicolores, toutes plus aguicheuses les unes que les autres. Plus bas, se trouvaient quatre niveaux consacrés aux habitations et les deux derniers qui abritaient les compagnies minières et les installations industrielles. En dessous encore venaient les galeries d’extraction, mais seules les entrées figuraient sur le plan. La ville souterraine devait être bâtie sur un véritable gruyère…
Le siège de la compagnie Kalyxo se trouvait au septième niveau ; les plans rectilignes et sans imagination de la ville facilitèrent la mémorisation du parcours.

Après s’être remis en marche, ils reprirent des escaliers mécaniques, s’enfoncèrent un peu plus bas dans le sous-sol de la lune et traversèrent les quartiers d’habitation. Contrairement aux niveaux commerciaux richement éclairés ; la lumière était partout blafarde et les façades des bâtiments, presque toutes identiques, étaient d’un gris désespérant. Tous avaient l’impression de respirer un air lourd, poisseux et imbibé de cette odeur de plus en plus forte de métal rouillé. La voûte au-dessus de leurs têtes avait beau être bien plus haute et plus large que les coursives de son cuirassé, Paul d’Estel ressentait une insupportable oppression, une sensation de claustrophobie qu’il n’avait jamais connu au beau milieu du vide spatial. Il fit en sorte de détourner ses pensées et se concentra sur les véhicules qui les dépassaient en silence et sur les nombreux piétons qu’ils croisaient sur les larges trottoirs. Il jeta un coup d’œil curieux à ses compagnons : le visage ridé du Capitaine Prial demeurait impassible et ses hommes semblaient tous sortis du même moule ; Milov Ezerian, le terrien qui avait déjà du mal à s’acclimater à la vie à bord d’un vaisseau spatial, semblait terrorisé et son regard ne cessait d’aller vers le plafond des tunnels, comme si leur poids menaçait à tout instant de l’écraser ; Jeffrez Bïal était quant à lui perdu dans ses pensées et Paul ne savait que penser de cet homme qui était à la fois son ennemi et son seul espoir de retrouver sa jeune sœur.

Ils parvinrent enfin devant le siège administratif de la Kalyxo.
- Allons y, ordonna l’Estel.
Avant qu’un seul n’ait eu le temps de faire un pas, Jeffrez Bïal intervint :
- Attendez, pas si vite ! Cela fait plusieurs heures que nous avons quitté votre vaisseau ; je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne je suis fatigué et en plus j’ai soif et faim.
- Vous avez faim !? Fit Milov incrédule.
- Absolument ! Toute cette marche m’a ouvert l’appétit. Regardez, juste en face, il y a un troquet et il est presque vide. Nous devrions pouvoir être servis rapidement.
Paul d’Estel s’efforça de demeurer calme.
- Il n’en est pas question. Vous vous remplirez la panse quand nous aurons mis la main sur votre acolyte. Alors vous allez gentiment venir avec nous au siège de cette société minière et nous faire entrer en contact avec elle, comme vous vous y êtes engagé.
Imperceptiblement les quatre soldats de la flotte avaient négligemment glissé leurs mains à l’intérieur de leurs manteaux tout en se rapprochant du frère du temps. Ce dernier ignora cet avertissement tacite et poursuivit :
- Et vous allez faire quoi ? M’y traîner de force avec un pistolet dans le dos, au beau milieu de passants qui ameuteront immédiatement les forces de police dénériennes ? Soyez raisonnables, sans mon aide, vous êtes incapables de contacter qui que ce soit. Donc nous allons faire à ma façon et que cela vous plaise ou non, je vais m’attabler dans cet établissement et goûter les merveilles culinaires du pays !
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marino
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MessageSujet: Re: La lumière déchirée - 9   Mar 16 Nov 2010 - 15:20

Arallllllffffffffffffffffff.......................Chouette alors!

Enfin, on te retrouve et on va pouvoir se délecter.................... aaaaa

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Thierry
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MessageSujet: Re: La lumière déchirée - 9   Mar 16 Nov 2010 - 19:48

Bonsoir Aralf, j'aime bien lire mais là ce soir je n'en ai pas le temps et vu le volume de lecture, je repasserais plus tard.
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MessageSujet: Re: La lumière déchirée - 9   Mer 17 Nov 2010 - 6:32

Ce que je regrette surtout, c'est que les chapitres ne soient pas les uns derrière les autres... Je vais plancher sur la question, voir s'il y a une possibilité, ça le mérite vraiment ! Merci Aralf zen

Tu nous entraines dans ton univers avec délectation !


( Aralf et délectation )



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MessageSujet: Re: La lumière déchirée - 9   

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La lumière déchirée - 9
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