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 La lumière déchirée - 4

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Aralf
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MessageSujet: La lumière déchirée - 4   Ven 10 Sep 2010 - 21:14

Chapitre 3


Après de longs cycles de voyage hyperluminique, la flotte décélérait rapidement et s'apprêtaient à couper ses moteurs Woo. La manœuvre de franchissement du seuil luminique était tout aussi délicate dans un sens que dans l'autre. Paul nota une nouvelle fois qu'Ann n'était pas présente à son poste et avait du être remplacée par un officier subalterne. Il ne connaissait que trop les raisons de ces absences répétées; mais il avait décidé de patienter au risque de paraître partial aux yeux de beaucoup. D'ici peu les premières navettes se rendraient sur l'immense astroport de Janus IV et le terrien quitterait le bord de gré ou de force. Paul laisserait même quartier libre à sa sœur, pour qu'elle puisse passer les quelques jours d'escale en compagnie du terrien dans les luxueux quartiers touristiques de cette planète. Après elle regagnerait le bord et oublierait bien vite Milov Ezérian; elle était jeune et belle et il ne doutait pas un instant que bien des officiers de la flotte sauraient l'aider à trouver cet oubli. L'idée qu'Ann pourrait choisir de rester sur Janus en compagnie de son amant n'avait fait que traverser l'esprit du jeune commandant. Les liens de la famille étaient trop ancrés au fond de chacun de ses membres pour qu'une telle hypothèse puisse être envisagée.

"Passage en vitesse sub-luminique dans 10 secondes"
Paul et tous ses officiers se crispèrent instinctivement en entendant la voie froide de l'ordinateur central et le long compte à rebours qui s'en suivit. Lorsque retentit conjointement dans les nombreux vaisseaux qui composaient la flotte d'Estel, le signal d'alarme précédant l'extinction des moteurs Woo et le franchissement du seuil, tous en firent autant. Malgré l'habitude et des systèmes de compensation aussi sophistiqués que possible, tous avaient dans ces moments là l'horrible sensation que leur corps allait se déchirer. Aucune douleur physique à proprement parler, mais une impression d'écartèlement, d'implosion de chaque cellule du corps à laquelle nul être humain ne pourrait jamais se faire.

Pour les officiers chargés de surveiller la manœuvre, il n'y avait pourtant pas de répit possible. L'allumage des moteurs à propulsion chimique et cet instant du passage en vitesse sub-luminique étaient le point de plus grande vulnérabilité de la flotte. Les conflits entre familles rivales se résolvaient bien souvent par des embuscades tendues au point présumé de franchissement. Les lois physiques régissant les vitesses hyperluminiques ne permettaient pas de détecter un tel traquenard. Et même si l'Estel n'était pas pour l'instant en guerre ouverte, quelques conflits mineurs n'avaient jamais véritablement trouvé solution et Paul se devait d'être aussi prudent que possible. De plus, les événements proches liés au vaisseau de la lune de Zerdïa et à sa disparition soudaine, étaient encore dans tous les esprits. Nul n'avait abordé le sujet ouvertement, car l'Estel avait affirmé haut et fort que l'incident était définitivement clos, mais nul ne pouvait non plus ignorer les théories du Conseil véhiculés par le terrien.

Insensible au malaise des hommes l'ordinateur continuait inlassablement à transmettre à chaque officier les informations le concernant.
- Aucun vaisseau à proximité annonça enfin l'un des officiers.
Paul fit jouer les muscles crispés de sa nuque :
- Position de Janus IV ?
- Très proche de son périhélie, commandant, nous pourrons l'avoir en visuel dans quelques heures.
- Parfait, je vais me reposer dans cabine, prévenez moi lorsque nous serons en approche.

En réalité Paul ne trouva allongé sur sa couchette ni le sommeil, ni même le repos. Les visuels enregistrés par les caméras du BC 15 où l'on voyait sans nul doute possible, disparaître un vaisseau spatial, ne cessaient ne le hanter. Les plus puissants ordinateurs de l'Estel avaient beau analyser les données transmises, ils n'avaient pas pu trouver le moindre début d'explication; pas plus d'ailleurs que les cerveaux humains des meilleurs scientifiques du bord, à qui Paul avaient demandé leur avis dans le plus grand secret. Un seul avait osé formulé l'hypothèse de l'Ansible. La colère de l'Estel fut telle, qu'il en oublia l'hyperespace et se déclara prudemment, tout aussi incompétent que ses confrères. Mais face à l'absence d'autre explication, Paul ne pouvait que douter. En réalité ce n'était pas la prétendu menace extra galactique, qui le terrorisait le plus, mais les implications que pouvait avoir une telle découverte sur le mode de vie de sa famille. Paul se sentait déchiré entre deux attitudes possibles. Il pouvait fort bien refuser la situation et agir comme rien ne s'était passé au large de Zerdïa; sa propre sœur ne l'avait-elle pas accusé de vouloir pratiquer "la politique de l'autruche" selon cette vieille expression dont personne ne semblait connaître l'origine ? Ou alors il pouvait tenter d'en savoir plus, mais d'une part il se refusait à donner raison au terrien et d'autre part il redoutait trop les conséquences qui pourraient en découler.

Paul était dans ces noires pensées, lorsque les signaux d'alarmes résonnèrent à travers tous les vaisseaux de la flotte. Il se leva d'un bond et se tourna instinctivement vers le visionneur holographique qui se trouvait dans un angle de sa cabine. A ce moment précis la silhouette frêle du capitaine Still apparut sur la plate forme du visionneur.
- Commandant ! Un vaisseau vient d'apparaître au beau milieu de notre flotte !!
L'Estel ne prit pas le temps de répondre, il se jeta sur la porte avec une telle violence que celle-ci n'eut pas le temps de se rétracter totalement. Il heurta le panneau sensitif et tomba à moitié dans la coursive lorsqu'enfin le passage se libéra. A peine quelques secondes plus tard, il faisait irruption dans la salle de commandement du grand cuirassé. La mine déconfite de ses officiers l'inquiéta immédiatement
- Que se passe t-il Still ?
Le capitaine jeta aux autres officiers un regard circulaire empli de désespoir, mais nul ne le déchargea de sa lourde tâche. Il répondit donc:
- Le vaisseau est apparu à l'intérieur de la ceinture des croiseurs. Il a lâché deux torpilles sur un groupe de cargos. Il accéléré et disparu quelques secondes après, au moment même où les signaux d'alerte entraient en action. Lorsque ses torpilles ont explosé, il n'était déjà plus dans l'espace visible.
Still fit une pause, au milieu d'un lourd silence, regarda à nouveau les autres et poursuivit résigné:
- Un cargo a été entièrement détruit sans que nous ayons pu faire quoi que ce soit... Prés d'un millier de personnes se trouvaient à bord et le choc a été si soudain et si imprévisible qu'il ne peut y avoir aucun survivant.

Paul ferma brièvement les yeux. Il était responsable de la famille d'Estel, il devait en assurer la sécurité, mais il était aussi le garant de son honneur. Il fut pris de panique à la simple pensée de cette responsabilité. Comment empêcher qu'un tel drame ne se reproduise, comment retrouver et détruire un vaisseau capable d'apparaître et de disparaître sans laisser de trace ?
- Ce vaisseau est-il du même modèle que celui que le croiseur BC 15 a débusqué sur la lune de Zerdïa ?
- Il ne s'agit pas simplement du même modèle, commandant, mais plus précisément du même vaisseau.
- En êtes vous certaine, Sarrah ?
- C'est moi qui supervisait les scans, lorsque le vaisseau est apparu. Sa signature est exactement la même que sur les enregistrement du BC 15. Les seuls risques d'erreur proviennent de la brièveté des enregistrements dans les deux cas et du fait qu'il s'agit d'un modèle totalement inconnu. Je dirais que nous pouvons considérer qu'il y'a quatre vingt quinze pour cent de chance que nous ayons eu à faire au même engin.
- Comment aurait-il bien pu nous suivre ainsi à la trace ?
- C'est une bonne question Still, mais nous tacherons d'y répondre plus tard. Poursuivit Paul d'Estel. En attendant faites resserrer au maximum la disposition de la flotte. Même en utilisant l'Ansible (c'était la première fois qu'il utilisait ce mot tabou devant ses officiers), il ne peut être assez précis pour prendre le risque d'émerger au milieu d'une trop forte densité.

Lorsque Paul se retourna pour quitter le poste de commandement, Ann était sur le seuil:
- Mon frère, quand admettras-tu enfin que Milov a raison et que ces vaisseaux existent ?
- Te voilà ? Où étais-tu donc alors qu'ils avaient besoin de toi ?
- Ma présence n'aurait rien changée, il est d'autres officiers tous aussi compétents ...
- Sans doute, et il est d'autres officiers qui font passer leur devoir et l'intérêt de la famille avant leurs propres désirs. Sais-tu seulement que pendant que tu étais avec lui, nous avons perdu un vaisseau et que beaucoup ont péri ? Le sais-tu ?
- Je suis aussi touchée que chacun d'entre nous par ce qui vient d'arriver. Mais aucun sarcasme ne changera la réalité. Ces vaisseaux existent, Milov et le Conseil de l'Union ont raison !
- Fort bien admettons que tu ais raison, que nous proposes-tu ? Ne me dis pas que tu veux que je mette les vaisseaux de notre famille sous les ordres des fonctionnaires du Conseil, comme l'a laissé entendre ton Terrien ?
- Il n'est pas question de cela ! Le Conseil souhaite simplement coordonner l'action des familles pour préparer la défense de notre galaxie. Ils nous garantissent l'équité entre les familles et toutes les compensations nécessaires seront étudiées.
- Subtile nuance ! Tu nous imagine sérieusement accepter de nous cantonner à certaines lignes commerciales et laisser des vaisseaux de combat en arrière pour assurer la soi-disant sécurité des principales planètes ? Bref tu nous imagine en train de renoncer à notre liberté ?
- Et à quoi nous servira notre liberté si des centaines de vaisseaux suivent les quelques éclaireurs qui repèrent tranquillement nos planètes et s'ils nous détruisent les uns après les autres ?
- De quels éclaireurs parles-tu, Ann ? Jusqu'à présent je n'ai vu qu'un seul vaisseau de ta soi-disant flotte d'invasion ...
- Et celui que nous avons débusqué sur la lune de Zerdïa, nierais-tu son existence ?
- Certainement pas, mais nos instruments sont formels, il s'agit du même appareil que celui qui vient de disparaître sous nos yeux ...
- Comment est-ce possible ?
- J'espérais que tu me le dise. A moins que tu n'oses m'affirmer que tes Extra-Galactiques ont aussi trouvés un moyen de pister des vaisseaux au delà du seuil luminique !
- Je ne sais pas, peut-être ...
- Cesses donc un instant, il n'y a aucun peut-être ! Ce vaisseau nous a suivi parce que quelqu'un l'a informé de notre destination !!
- Tu ne penses tout de même pas que Milov aurait fait cela !
- Et qui d'autre ?!
- C'est absurde, il y'a sans doute une autre explication...
- Tu m'en reparlera lorsque tu l'auras trouvée. En attendant nous allons faire comme si c'était la seule ! Capitaine Still faites placer le Terrien en cellule d'isolement, aucun contact avec l'extérieur.

Still ne fit aucun commentaire et transmis discrètement les instructions de l'Estel, tandis qu'Ann continuait à protester vainement. Finalement, Paul la fit sortir et demanda à l'ordinateur central de lui retirer momentanément les autorisations d'accès réservées aux officiers. Le poste de commandement et toutes les zones sensibles du cuirassé lui seraient désormais automatiquement refusés. Pour la première fois il aperçut de l'inquiétude dans le regard fuyant de ses officiers.

Lorsque le Capitaine Prial pénétra dans la cabine d'Ann, il était accompagné d'une dizaine de ses hommes. Ceux-ci étaient "armés" d'une façon bien inhabituelle pour eux, les fusils d'assaut, les micros-canons à énergie et autres engins de mort, avaient été troqués contre toute une panoplie d'appareil de détection électroniques. Avant même que la jeune fille n'ait pu émettre une protestation, les hommes en noir avaient investis la cabine et s'étaient mis en devoir d'en sonder chaque centimètre carré.
Prial avait dirigé une bonne centaine d'opérations pour l'Estel. Il avait gagné ses galons de Capitaine en prenant d'assaut la citadelle spatiale des rebelles de Hos'in, à la tête de moins de cinquante commandos; il avait combattu sous toutes les pesanteurs, du vide spatial jusqu'aux planètes géantes du système de Cygnus; dans toutes les conditions, dans tous les secteurs de la galaxie. Jamais il n'avait baissé le regard devant ses ennemis, mais lorsque la jeune fille qu'il avait vu grandir se planta devant lui, il ne réussit pas l'exploit de la regarder en face. Gamine, elle passait des journées entières dans le hall d'entraînement des commandos, cachée dans l'ombre de l'officier, regardant avec fascination les combats simulés dans les chaotiques décors planétaires jonchés de mines au plasma et de champs de force, observant le ballet envoûtant et arachnéen des confrontations dans les champs d'apesanteur artificielle. Prial l'avait aidée à enfiler pour la première fois une combinaison spatiale et l'avait accompagnée pour son baptême dans l'obscurité du vide. Les yeux rivés au sol, il n'attendit pas qu'elle le questionne:
- L'Estel nous a demandé de vérifier si le terrien n'avait pas caché dans votre cabine du matériel de transmission.
- Dites plutôt que mon frère me croit complice d'un complot contre la souveraineté de l'Estel ! Et vous Capitaine qu'en pensez-vous ?
Prial trouva la force de relever les yeux pour lui répondre:
- Je ne peux le croire et je ne crois pas non plus que ce soit l'opinion de l'Estel. Mais il peut s'agir de matériel très sophistiqué et suffisamment miniaturisé pour avoir été déposé à votre insu.
- Supposons que Milov ait transmis notre destination et que ce vaisseau s'y soit rendu en utilisant un quelconque mode de propulsion à travers l'Ansible, combien de dizaines d'années aurait-il du patienter sur place avant que nous n'arrivions ? Ni vous, ni moi, ni le plus érudit de nos scientifiques n'est capable de le calculer en trouvant une corrélation entre le temps et la distance franchies à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Tous nos savants avouent leur impuissance à résoudre de telles équations ! Mais mon frêre pense que les mystérieux complices de Milov sont assez fous pour aller directement sur Janus et attendre tranquilement que nous arrivions, dix, vingt ou cent ans !
- S'il avait nos coordonnées, il a fort bien se grouper à notre flotte lors du franchissement...
- La masse de cet engin est environ dix fois trop faible pour lui permettre de franchir le seuil luminique ! La vérité est que n'ayant aucune explication, vous recherchez un coupable...
- Je suis désolé Mademoiselle, il ne m'appartient pas de trouver des explications mais d'obéir aux ordres de l'Estel.
- Je le sais Capitaine, pendant que nous discutions inutilement, il semblerait que vos hommes aient terminé leur besogne.

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Nina K
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MessageSujet: Re: La lumière déchirée - 4   Dim 12 Sep 2010 - 11:39

Et bien !! je viens de lire toutes les parties en une fois ! c'est passionnant !! je ne peux que t'encourager !
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