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 La lumière déchirée - 3

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Aralf
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MessageSujet: La lumière déchirée - 3   Jeu 9 Sep 2010 - 0:21

Chapitre 2


Les opérations de transbordement des cargaisons de minéraux de la flotte se poursuivaient à bon rythme. Les navettes chargeaient les containers à l'intérieur des cargos, puis filaient vers l'astroport de Zerdïa. Plusieurs cycles planétaires étaient ainsi nécessaires pour que se vident les soutes des grands cargos.
Pour tous ceux qui n'étaient pas directement concernés par ces opérations commerciales, la vie se poursuivait paisiblement. Certains profitaient de l'occasion pour quitter la flotte et visiter la planète. Peu de chose, à vrai dire. Zerdïa était un monde pauvre, isolé sur un bras de la galaxie et manquant cruellement de matières premières, notamment de minerais et de métaux. Ses rares richesses provenaient de ses manufactures, produisant des objets sans grande valeur marchande, mais qui en d'autres temps, avaient tout de même connu un certain succès. Le climat était plutôt chaud; la flore exubérante et une faune indigène originale pouvaient présenter quelque intérêt pour les passionnés de biologie et de nature.

Milov se sentait loin de chez lui. Attablé devant un verre d'alcool fort, dans le bar du carré des officiers où il était magnanimement toléré, il se sentait inutile. Paul d'Estel l'avait bien entendu mais ne l'avait pas véritablement écouté. Comment un homme pourtant intelligent pouvait-il refuser d'admettre des arguments logiques et évidents ? Pourquoi ne pouvait-il accepter de remettre en cause ses certitudes ?
La gravitation artificielle des vaisseaux lui pesait. Il n'avait qu'une envie, quitter l'Estel et aller sur Zerdïa; poser le pied sur une terre solide. Mais les instructions du commandant avaient été claires et nul ne le laisserait plus débarquer sur la planète. Sa mission était dans une impasse et il ne lui resterait plus qu'à regagner la Terre et à expliquer son échec à des supérieurs, qui n'étaient peut-être que des enfants lorsqu'il avait entamé son périple. Cette simple idée, plus encore que l'alcool lui donnait des nausées.
Le visio-portable de Milov fit alors entendre une discrète sonnerie. Il le posa sur la table. L'image tridimensionnelle du visage d'Ann apparut.
- Où êtes vous passé, Milov ?
- A deux pas de ma cabine, j'attends le nez dans un verre que votre frère me débarque sur une quelconque planète.
- Voilà bien une attitude qui ne vous ressemble pas. Je vous ai connu plus réaliste. Je viens d'appeler Paul, il m'a résumé votre entrevue. Si effectivement vous avez évoqué la possibilité d'une tutelle, même partielle du Conseil sur l'Estel ... Je m'étonne presque que vous soyez ressortis vivant de sa cabine !
- Vous ne m'appelez certainement pas que pour me ridiculiser. Qu'avez-vous à me dire.
- Rien pour l'instant. Rejoignez moi dans ma cabine. Je vous emmène faire un voyage qui devrait vous plaire.
- Un voyage ? Qu'entendez vous par là ?
Ann éclata de rire :
- Vous êtes bien curieux ! Nous allons faire un petit tour dans l'espace. Dépêchez vous, je vous attends...
Le visage disparut.

Milov prit le temps de finir son verre avant de se lever. La jeune sœur du commandant le troublait. Pas seulement parce qu'il la trouvait jolie et qu'elle lui plaisait; elle était très élancée comme la plupart des spatiaux, et ses cheveux bruns qu'elle portait courts, encadraient un visage toujours rieur qui gênait le terrien. Même les sujets sérieux semblaient l'amuser. Les rares tentatives qu'il avait faites pour l'aborder, s'étaient soldées par une boutade et un éclat de rire. Il s'était senti ridicule plus d'une fois et aurait perdu tout espoir si elle n'avait été la seule à s'intéresser à son histoire. Mais même cet intérêt lui semblait ambigu. Jamais elle n'avait acquiescé à ses propos, jamais elle n'avait abondé dans son sens. Elle se contentait de l'écouter, toujours un sourire aux lèvres et faisait tout ce qu'elle pouvait pour lui permettre de mener sa mission auprès de son frère. Milov avait la désagréable impression que son histoire constituait tout au plus, pour la jeune fille, une distraction passagère. A moins que ... L'espoir enflamma ses sens un bref instant, juste le temps de réaliser que son séjour à bord de l'Estel serait désormais extrêmement bref.

Lorsque Milov atteignit la cabine d'Ann, celle-ci l'attendait juste devant sa porte. Lorsqu'elle tourna la tête et le vit sortir de l'ascenseur, un grand sourire illumina son visage. Etait-elle heureuse de le voir, ou simplement satisfaite d'avoir trouvé une occupation pour quelques heures ?
Elle ne lui laissa pas le temps de s'approcher de la porte de sa cabine. En quelques grandes enjambées souples, elle le rejoignit et sans même s'arrêter, le prit par l'épaule et le fit pivoter pour l'entraîner en sens inverse.
- Puis-je tout de même savoir, où vous m'emmenez ?
- Mon pauvre Milov, vous cherchez toujours à tout savoir. N'avez-vous donc aucun goût pour le mystère ?
- Je n'en ai en tout cas pas le temps.
- Pas le temps !! Voilà bien une conception digne d'un extérieur...
- Vous vous moquez encore de moi. Pourtant, vous savez très bien que dans quelques phases, je devrais quitter ce bord, en ayant perdu tout espoir de convaincre votre frère.
- Voilà pourquoi nous allons de ce pas emprunter une navette, pour nous rendre à bord du croiseur BC 15. Ce sont ses scans qui ont repéré les débris des vaisseaux de l'Elshal, au large de la lune de Zerdïa. Le Capitaine Jaxom est un ami, il a accepté de nous y conduire. Peut-être que leur observation vous fournira quelques arguments.
- Peut-être. Mais pourquoi diable prenez-nous cette peine. Je suis persuadé que vous même n'êtes pas entièrement convaincus par mes propos.
- Taisez-vous donc Milov et dépêchez vous un peu, notre navette vient d'arriver.

Le capitaine Jaxom était un tout jeune officier, aux cheveux bouclés et au visage poupin. Les regards qu'il jetait à la dérobée sur Ann, en disaient long sur son incapacité à lui refuser quelque service que ce soit. Il n'en était pas moins mal à l'aise.
- Pourquoi tenez-vous tant à approcher ces épaves ? Vous n'y trouverez rien d'intéressant.
- Nous verrons bien, lui répondit Ann. Cela ne sera de toute façon pas très long...
- Suffisamment pour que nous soyons obligé de quitter la formation actuelle, sans en avoir reçu l'autorisation formelle de l'Estel.
- J'en prends la responsabilité.
- Soit. Nous serons sur place dans moins d'une heure.

Ann et Milov attendirent dans un sas que le grand vaisseau termine ses manoeuvres d'approche. Lorsqu'enfin il fut totalement immobilisé, les portes blindées coulissèrent et ils se retrouvèrent face à l'espace. Ann, d'un léger coup de talon se propulsa hors du vaisseau. Pour le terrien, il s'agissait d'une toute nouvelle expérience à laquelle il n'avait jamais été préparé. La peur au ventre, il réussit tant bien que mal à s'extraire du sas. Il n'avait encore jamais porté de combinaison spatiale. Malgré les conseils d'Ann il fut incapable de coordonner ses mouvements et son regard pour faire fonctionner correctement les propulseurs. Les mouvements saccadés et désordonnés du terrien provoquèrent chez Ann une crise de rire. Et ce n'est qu'à grand peine qu'elle réussi à lui adresser la parole:
- N'avez-vous donc jamais utilisé de casques digitaux commandés par les mouvements de la pupille ?
- Si, lorsque j'étais gosse, pour les jeux virtuels.
- Vous avez pourtant du faire de longues études pour avoir la confiance du Conseil de l'Union. Vous deviez utiliser des visionneurs.
- Bien sur, mais dans un tel cas, on se contente de naviguer à travers des menus et des informations. Il n'y a aucun autre mouvement à effectuer.
- Bon ce n'est pas grave. Si vous continuez comme ça vous allez finir par vous écraser contre les épaves. Coupez tout et prenez ma main, je vous tire.

Les deux frégates de l'Elshal dérivaient dans l'espace. Leurs carcasses éventrées étaient auréolées d'innombrables débris qui s'en éloignaient peu à peu. Il fallut toute l'adresse de la jeune fille pour éviter les plus dangereux d'entre eux, et même s'il se sentait ridicule, Milov était fort satisfait de n'avoir qu'à se laisser faire.
A l'intérieur, la brusque dépressurisation n'avait laissé aucun corps intact et le terrien dut se forcer à ne pas oublier qu'il portait une combinaison étanche, pour s'empêcher de vomir. Ann se dirigea habilement vers la salle de commandement; Milov la suivait tant bien que mal. Le spectacle macabre y était le même, mais Ann et Milov n'avaient qu'un seul objectif: les mémoires de l'ordinateur central. Celui-ci n'était bien sur plus en état de fonctionner, mais ses mémoires de masse recelaient peut-être quelques informations intéressantes sur la fin des deux frégates.
Milov, plus à l'aise avec un système informatique qu'avec une combinaison spatiale, démonta adroitement les différents carters de protection et récupéra les précieux modules.
Les moteurs atomiques des vaisseaux n'avaient pas explosé lors de l'impact, mais ils étaient suffisamment endommagés pour déverser des flots de radioactivité. Les alarmes des combinaisons, se déclenchèrent, indiquant que leurs boucliers anti-radiations arrivaient à saturation.
- Si vous avez fini, il est plus que temps de nous éloigner, dit Ann.
- Allons y. De toute façon nous n'en tirerons rien de plus.
- Ne vous faites pas trop d'illusions, les mémoires ont probablement été effacées de manière automatique. C'est en tout cas ce qui se serait passé à bord de l'un de nos vaisseaux.
- Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ?
- On ne sait jamais. L'attaque a été subite, une défaillance est toujours possible.

L'ordinateur du croiseur BC 15 confirma les craintes d'Ann. Lors de la destruction de la frégate visitée, les mémoires informatiques avaient été entièrement écrasées.
- J'en suis sincèrement désolée, lui dit-elle.
- Nous aurons essayé. Et puis ainsi, vous aurez vu de vos propres yeux que ces vaisseaux ont bien été détruits, sans avoir pu de défendre.
- Avez-vous la moindre idée de l'identité des agresseurs ? Demanda le capitaine Jaxom.
- Oui, mais si je vous en parle, je crains fort que l'Estel ne me jette dans le vide... En tout cas soyez extrêmement vigilant.
- Nos systèmes de détections sont en alerte monsieur. Aucun vaisseau ne pourrait nous surprendre.
- C'est sans doute ce que pensaient les officiers responsables de ces frégates. Supposons maintenant qu'un vaisseau soit dissimulé derrière la lune de Zerdïa, ou soit posé à sa surface, le détecteriez-vous ?
- Non, du moins pas s'il prend quelques précautions élémentaires. Mais le temps qu'il sorte de l'orbite du satellite, nous l'aurions largement repéré.
- Le vaisseau inconnu s'y est peut-être caché après son forfait, intervint Ann. Pourrions-nous aller voir ?
- Au point où nous en sommes, cela ne fera guère de différence.

Le croiseur BC 15 se rapprocha du satellite stérile de Zerdïa et se laissant capter par son attraction, il entreprit d'en faire le tour.
- Capitaine, un vaisseau inconnu vient de décoller de la surface de la lune.
- Direction ?
- Droit sur nous capitaine.
- Identification ?
- Aucune réponse à nos recos. Très forte accélération, il nous vient dessus.
- Il ne nous laisse pas le choix. Détruisez le.
- Torpilles lancées, Capitaine. Impact dans trente secondes.

Le mur informatique, sur lequel s'affichaient toutes les informations relatives à la bonne marche du croiseur, s'étaient transformé en partie en écran visuel. La masse sombre du satellite emplissait le bas de cet écran. Le vaisseau ennemi n'était qu'un point reflétant la lumière, artificiellement repéré grâce à l'ordinateur par une flèche rouge. Les deux torpilles filèrent dans sa direction et ne furent très vite plus repérable, que par les flèches vertes que l'ordinateur y avait accolées.
- Aura t il le temps de franchir le seuil luminique, demanda Jaxom à ses officiers.
- Son accélération serait très largement suffisante, mais il s'agit d'un petit vaisseau; la masse critique n'est pas atteinte.
- Vous en êtes certain ?
- Oui capitaine. Il ne pourra franchir le seuil.
- Aucune riposte ?
- Non capitaine et aucune manœuvre d'évitement ou tentative d'interception. Impact dans dix secondes.

Sur l'écran, flèche rouge et flèche verte se rapprochaient à une vitesse vertigineuse.
- Impact dans 5 secondes. Il n'a plus aucune échappatoire.
Mais sur l'écran, la course effrénée de la flèche rouge avait cessée et celle-ci clignotait fébrilement. Les deux torpilles la dépassèrent et poursuivirent leur course sans exploser.
- Que se passe t il, hurla Jaxom ?
- Je n'y comprend rien capitaine. Si j'en crois les scans, le vaisseau a tout simplement disparu.
- Ne dites donc pas de bêtise. Il a du brouiller nos scans. Il a évité nos torpilles et poursuit son approche. Retrouvez sa trace !
- Capitaine, intervint calmement Milov, un système de brouillage aussi élaboré soit-il pourrait-il tromper le visuel ? Sur l'écran le vaisseau devenait bien visible, il a également disparu ...
- Comment serait-ce possible !
- Avez-vous entendu parler de l'Ansible, capitaine ?
- Oui bien sur, mais jamais ...
- Jamais est un mot que vous pouvez dés aujourd'hui rayer de votre vocabulaire.

Ann, agrippée au dossier du fauteuil de l'un des officiers était livide:
- Vous aviez donc raison. C'est impossible, je n'arrive pas à le croire.
- Si vous pensiez vraiment les conclusions du Conseil de l'Union "impossibles", alors pourquoi m'avoir aidé ?
Ann ne lui répondit pas, mais elle dit:
- Nous devons immédiatement rejoindre la flotte et prévenir mon frère. Allons-y Jaxom, ne perdons pas de temps.
- Nous avons déja entamé la manœuvre de retour, mais j'aimerais en savoir plus sur ce vaisseau. De quelles théories parlez-vous ?
Alors que Milov se préparait à répondre, Ann le coupa vivement:
- Paul n'apprécierait pas que l'on divulgue de telles informations. Il communiquera sans aucun doute celles qu'il juge utile à l'ensemble des officiers de la flotte.
- Désolé, intervint tout de même Milov. Jaxom a risqué son vaisseau, à notre demande il a le droit de savoir. Depuis déjà quelques cycles, des vaisseaux tels que celui que nous venons d'affronter apparaissent dans toute la galaxie. Ils détruisent des cargos, maintenant des frégates. Nous ignorons leur but, mais ils agissent comme s'ils testaient nos moyens de défense, tout en procédant à une reconnaissance détaillée de la galaxie.
- Est-ce à dire, que vous pensez sérieusement que ces vaisseaux ne sont pas issus de notre propre galaxie.
- Exact. Car même s'il ne possède plus la puissance militaire ou politique, le Conseil reste le seul élément fédérateur de notre civilisation et une découverte telle que la possibilité de voyager dans l'hyperespace, n'aurait pu échapper à ses sources d'information.

De retour à bord du vaisseau amiral de la flotte, Ann et Milov se rendirent directement au poste de commandement. Paul les y attendait
- Paul, nous avons quelque chose de très important à te dire. Nous avons été inspecter les deux frégates perdues par l'Elshal. Nous n'y avons rien trouvé de vraiment intéressant, mais lorsque nous sommes revenus...
- Epargne moi tes explications. Votre départ m'a été immédiatement signalé et les ordinateurs du BC 15 m'ont retransmi les évènements comme si j'y étais.
- Alors cette fois vous me croyez, intervint Milov.
- Je crois que vous avez gravement mis en danger la sécurité d'un croiseur de la flotte. Je sais que vous vous êtes suffisamment éloigné de la flotte pour mettre son unité en jeu...
- Tout de même Paul, tu as bien vu la disparition de ce vaisseau !
- Probablement un astucieux système de camouflage.
- Mon frère, ta mauvaise foi m'exaspère. Le vaisseau avait également disparu en visuel. Et peux-tu nous dire d'où pourrait provenir un vaisseau incapable de franchir le seuil, mais assez puissant pour détruire deux frégates et suffisamment sur de lui pour affronter un croiseur armé jusqu'aux dents ?!
Aprés un long silence, Paul d'Estel répondit à sa sœur:
- Je l'ignore, mais j'ai fait accélérer les opérations et nous quittons Zerdïa sans tarder.
- Lorsque nous étions enfants, tu te moquais de moi parce que j'avais peur des fantômes. Tu disais que notre père inventait des histoires pour nous empêcher de traîner la nuit dans les coursives. Depuis quand as-tu peur des fantômes à ma place?
Paul d'Estel ne répondit pas. Au bout d'un long silence il reprit la parole:
- Rejoignez vos cabines et restez y. D'ici moins d'une heure, toutes les navettes auront regagné leurs vaisseaux et nous mettrons le cap sur Janus IV. C'est un axe commercial très important et Milov n'aura aucun mal à trouver un vaisseau qui le ramène vers la vieille Terre; ensuite nous serons tranquilles.

Ann allait répliquer, mais Milov la prit par la main et l'entraîna à l'extérieur de la salle de commandement.
- C'est inutile, il est décidé à m'expulser et vous n'arriverez pas à lui faire entendre raison.
- Mais c'est absurde ! Pas après ce que nous avons vu. Cela prouve que vous aviez raison et il ne doit pas vous chasser ainsi !

Milov lui tenait toujours la main et la jeune fille, loin de protester semblait s'y agripper. Il s'aperçut alors qu'elle pleurait. Il dégagea doucement sa main et l'attira contre lui :
- Ne pleure pas, Janus IV est encore loin ...
Ann se serra davantage. Elle releva la tête et trouvant les lèvres du terrien, elle s'abandonna à son baiser.

Plusieurs officiers passèrent alors dans le couloir et virent la scène. Milov comprit alors qu'il venait de fournir à l'Estel une nouvelle raison de le jeter hors de son bord. Ann confirma ses pensées :
- Mon cher frère ne va pas apprécier le rapport de ses officiers. Moi, sa sœur, dans les bras d'un extérieur ! Viens vite Milov, nous allons bientôt appareiller et nous avons déjà trop perdu de temps ...

Dans la salle de commandement de l'Estel, tous les officiers de navigation étaient présents. La manœuvre bien que courante, était toujours prise avec un extrême sérieux. La coordination des vaisseaux, dans leur accélération et leur franchissement du seuil luminique devait être parfaite. L'automatisation était telle que les hommes n'avaient pratiquement pas à intervenir; cependant ils devaient veiller et être prêt à pallier toute défaillance des ordinateurs. La moindre erreur pouvait entraîner la destruction ou la perte d'un navire, ce qui dans l'esprit des spatiaux était quasiment identique.
Ann aussi, aurait du être présente, mais Paul savait désormais que les craintes qu'il nourrissait depuis quelques temps étaient fondées. Il enrageait d'avoir accepter sans trop savoir pourquoi d'embarquer ce type. Il ferait tout son possible pour demeurer à bord et convaincre la famille d'accepter les directives du Conseil de l'Union. Il avait séduit Ann. Paul savait que désormais sa propre sœur s'opposerait à lui.

La tête posée sur la poitrine du terrien, Ann sanglotait doucement :
- Je t'aime Milov. Je t'aime et je crève de devoir te perdre bientôt.
Il riait doucement; d'un rire qui sonnait faux.
- Je ne suis pas encore parti. Pourquoi ne viens-tu pas avec moi ? Des millions de mondes nous attendent, nous pourrions passer le restant de nos jours à visiter la galaxie, sans jamais en faire le tour. Nous aurions tellement de choses à voir. On commencerait par la Terre. Tu y as déjà été ? Bien sur aujourd'hui c'est une planète presque morte, mais c'est là que notre race est née et il y a encore tant de chose à y voir ...
- Arrète toi Milov, tu sais très bien que c'est impossible.
- C'est seulement un choix à faire ...
- Si je te laisse partir, j'accepte ta mort. Si je te suis, je provoque la mort de tous mes amis, de toute ma famille.
- La séparation ne signifie pas la mort
- Bien sur que si Milov, ouvre donc les yeux ! Tu aurais raison s'il nous restait alors une chance, même infinitésimale de nous retrouver, mais à l'instant même où nous serons séparés, nous nous serons définitivement perdus; nous ne ferons plus parti du même temps, donc du même univers; n'est-ce pas la définition de la mort?
- Tu as sans doute raison, mais nous allons trouver un moyen.

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