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 Le hold-up(nouvelle, janvier 2014)

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MH-san
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MessageSujet: Le hold-up(nouvelle, janvier 2014)   Jeu 9 Jan 2014 - 17:17

2crite depuis quelques années, avec comme contrainte : moins de 4 pages et obligation de placer la phrase :
"puis-je vous offrir une tasse de thé ?"


« Puis-je vous offrir une tasse de thé ? Ou peut-être préférez-vous une tasse de café ? »

La phrase tomba , créant autour d’elle des ondes de silence. La voix frêle et tremblante aurait du disparaître parmi les éclats violents et les ordres mais ses notes hautes, tremblées, sortant d’une gorge évidemment serrée par la peur et l’angoisse avaient justement provoqué l’attention générale. Le garçon au bandana rouge sursauta comme piqué par un taon, et un murmure parcourut le groupe de personnes assises sur le sol, le dos contre le comptoir
Qui est-ce ? .....C’est Yvette ?? .....Mais non, ce n’est pas moi ? .....Mais qui veux-tu ? Mme Tarpin, bien sûr !! ... Ah ! Tapine, ça ne m’étonne pas .... Il y eut même un ricanement !

- Vous allez la fermer, oui ? rugit le garçon. Puis dans le silence revenu, :

- Qui a dit ça ? Alors, elle est où, la mémère qui se croit dans son salon ??

Le garçon changea fébrilement son arme de main et essuya son front luisant de sueur. Serré dans son jean et son blouson simili cuir noir, les cheveux blonds en bataille, l’arme paraissait trop lourde pour son bras mince. Il s’agitait, allant de droite à gauche nerveusement.

Jetant des regards rapides au groupe tassé sur le parquet il remarqua qu’une légère – oh ! très légère – distance s’était établie autour de quelqu’un, comme un cercle de quelques centimètres isolant une petite femme entre deux âges vêtue de gris. Deux plaques rouges brûlaient dans son visage livide, ses mains se croisaient et se décroisaient sporadiquement sous son menton tremblant.

- C’est toi, la souris cinglée qui propose du thé ?

- Ou du café, réussit à répondre la petite femme d’une voix chevrotante.

- Non, mais t’es malade, ma parole ! Où tu te crois ? Tu sais ce qui se passe, ici ? Tu le sais ? C’est quoi à ton avis ?

À présent il s’adressait directement à elle par dessus les têtes des autres otages. Un mouvement presque imperceptible de glissement se fit et la petite femme se trouva de plus en plus isolée du reste du groupe. Cette Madame Tarpin !!! Qui aurait cru cela d’elle ? Non, mais elle avait perdu la tête !! Au lieu de faire profil bas, de se rendre invisible, de se faire oublier, elle se met en avant !! Et pour dire la plus grosse ânerie qu’on puisse imaginer !!! C’était pourtant quelqu’un de discret, de tranquille, qui faisait son travail à son guichet sans faire de bruit, qui arrivait à l’heure, partait à l’heure, ne s’absentait jamais, un meuble, quoi !! Une potiche !! Savait-elle seulement que derrière son dos on ne la nommait que Tapine, c’était trop drôle, avec son physique incolore, son insignifiance !! Tapine !! Eh bien quoi ? On pouvait bien rire un peu, cela ne lui faisait pas de mal, d’abord elle n’en savait rien !!

Le garçon continua :

- Alors ? T’as perdu ta langue, la souris ? Tu sais ce qui se passe, là ? Réponds, voir, un peu !!!!

- Un ... un hhoooll hold-up !

- Et alors tu crois qu’on prend le thé au milieu d’un hold-up ?

- Ou du caf....

- Mais ... mais ... c’est pareil!!!! Mais enfin qu’est- ce qu t’as dans la tête ? » interrompit-il d’un ton ou l’énervement le disputait à la stupéfaction.

Madame Tarpin se redressa un peu sur les genoux, et d’une voix tremblante répondit :

« Cela ne nous ferait pas de mal ... on pourrait réfléchir ... vous pourriez prendre le temps de penser ... à ce que vous faites.. si ça vaut la peine ...

- Y a rien à penser, je veux la caisse et c’est tout ! Puis jetant un coup d’œil inquiet à la pendule il se tourna vers un homme en costume croisé bleu marine :

- Alors ! Tu l’ouvres, ton coffre ?

L’homme, le directeur sans doute, commençait à ébaucher le geste de se lever quand la voix flûtée repris :

« Il n’y a pas grand’chose, vous savez, dans ce coffre, nous sommes une toute petite agence !

- Tais-toi, mémée tais-toi !!! tu m’énerves trop, là !! Allez, mec, la caisse !! ! »

Le directeur se leva et passant nerveusement la main dans ses cheveux, se dirigea vers le comptoir quand la petite voix repris :

« Jeune homme, que dirait votre grand-mère ? Vous en avez bien une ?

- Ma ... ma grand-mère ??? mais qu’est-ce .... pourquoi ? bafouilla-t-il, baissant à nouveau le regard sur Mme Tarpin.

- C’est que vous ressemblez à mon petit-fils, et je n’aimerais pas du tout qu’il agisse comme vous !

Le garçon était désarçonné, il avait pourtant tout préparé dans sa tête, ce qu’il dirait, comment il ferait peur avec son arme, ce serait facile et rapide, mais cette vieille, là, que venait-elle faire dans son film ? Sa grand-mère .... Un souvenir de tendresse lointaine, de café au lait chaud et de tartine traversa son esprit. Ses yeux papillotèrent une seconde.

Profitant de ce moment d’inattention, le directeur s’était immobilisé, puis avait même reculé de deux petits pas glissés, et l’un des hommes au sol amorça le même mouvement, mais s’ébrouant et passant à nouveau une main fiévreuse sur son front, le garçon revint au présent et s’écria :

« Hep ! toi, là bas !! on avance, on avance, grouille-toi !!!

Malgré lui, son regard revint à Mme Tarpin. Prenant un peu d’assurance, elle se mit à genoux et reprit son idée :

« Comme elle sera triste, votre grand-mère, quand elle saura ... quand vous irez en prison ...

- J’irai pas ! J’irai pas !! et puis d’abord, ma grand-mère, elle est loin !

- Mais elle le saura, comme elle aura de la peine !!

- C’est des conneries, tout ça !

- C’est la première fois, n’est-ce pas ? Vous ne l’aviez jamais fait... Il n’est pas trop tard, renoncez ... ça n’en vaut pas la peine ... »

Le directeur avait atteint le comptoir, mais s’était à nouveau arrêté. Le trouble du garçon était évident, et il paraissait de plus en plus incertain de ce qu’il devait faire. L’homme au sol continuait très lentement d’amorcer un mouvement tournant. Cependant il y avait une arme, et sait-on jamais ce qui peut arriver !! Mme Tarpin se mit debout et fit un pas vers le garçon.

« Stop ! pas un pas de plus ! » cria-t-il en levant son arme d’une main qui tremblait.

Mme Tarpin serra ses mains sur sa poitrine, avala sa salive et redressa la tête. Il n’était pas mauvais, ce gamin, elle en était sûre !!! Comme il ressemblait à son Guillaume ! Il devait avoir l’âge qu’il aurait eu ... Dans les vingt ans ... Fermant un instant les paupières elle revit le petit garçon blond courant sur la route, entendit le bruit brutal des freins... Quelqu’un criait, ....mais c’était elle ...

Elle rouvrit les yeux et prit sa décision. Plantant son regard dans celui du garçon, elle avança lentement mais sans hésiter, tendant les deux mains devant elle, dans un geste de prière involontaire.

« C’est fini, mon petit, c’est fini, mon petit garçon, tu verras tout ira bien maintenant... »

Les mots sortaient de ses lèvres machinalement, elle ne paraissait même pas savoir qu’elle parlait. Un pas de plus, et elle posait sa main sur celle du garçon, pétrifié d’étonnement, et baissait l’arme vers le sol.

Deux bras encerclèrent le torse maigre et le caissier, qui avait réussi sa manœuvre plaquait le gamin au sol.

Mme Tarpin se précipita :

« Ne lui faites pas de mal !! Mon Guillaume !!! Ne lui faites pas de mal !!

- Vous le connaissez ? questionna le caissier en plantant un genou vengeur dans le dos du garçon qui, comprenant brutalement qu’il avait perdu, commençait à se débattre.

« C’est mon Guillaume ... mon Guillaume ... » balbutia la pauvre femme puis lentement elle plia les genoux et tomba sans connaissance. Les deux caissières se précipitèrent vers elle, lui tapotant les mains et s’exclamant :

« Mme Tarpin !! Mme Tarpin !! ça va ?? Réveillez-vous, c’est fini ! Comme vous avez été courageuse ... Qui aurait cru ça de vous, si timide, si tranquille ... »

Pendant ce temps, le garçon, revenu de sa stupeur, vociférait :

« Mais j’la connais pas, moi, c’te vioque !! j’la connais pas, et mon nom c’est François, pas Guillaume !... »

D’un coup de tête bien appliqué dans le nez du caissier il lui fit lâcher prise, se précipita vers la porte et disparut.

On transporta Mme Tarpin à l’hôpital. Comme elle reprenait peu à peu ses esprits dans l’ambulance qui l’emmenait, elle demanda d’une voix faible au directeur qui l’avait accompagnée :

« Que s’est-il passé ?

-Tout va bien, Mme Tarpin, vous êtes notre héroïne, vous avez permis qu’on maîtrise le braqueur. »

En quelques mots il lui raconta l’aventure qu’elle venait de vivre. Mme Tarpin écouta sans mot dire, puis un léger sourire étira ses lèvres. « Je l’ai sauvé, cette fois ! » pensa-t-elle.

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